MemorabiL, III
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE. 149
deux d'entre eux, à Parrhasius et au statuaire G'iton. Il était naturel qu'ils cherchassent des sujets d'exercice,
des occasions de lutte, dans les personnages, les situations déjà rendus par les poêles tragiques, et popularisés par les succès du théâtre. De là cette statue d'Aristonidas, qui, en mémoire de VAlhamas d'Eschyle, ou
d'un des deux Athamas de Sophocle *, peut-être aussi de
l'ouvrage d'Euripide , auquel l'épouse d'Athamas , la plaintive Ino^^ avait donné son nom, voulant représenter, chez le terrible roi d'Orchomène, le repentir qui succède à la fureur, après qu'il a précipité son
fils Léarque , s'avisa d'un moyen qui semble assez étranger au caractère, aux procédés de son art, et mêla ensemble Tairain et le fer, afin que la rouille de l'un, sortant à travers le lui.^ant de l'autre, exprimat la rougeur de la honte ^ De là tant d'autres reproductions en airain, en marbre, par le pinceau surtout, des scènes les plus connues du théâtre tragique (on en trouvera la mention fréquente chez Pausanias,
Pline et autres ; il serait long et fatigant d'entrer ici dans ce détail), jusqu'à l'époque où Jules César acheta si
chèrement, pour en orner le temple de Vénus Grénitrix *, deux morceaux fameux d'un grand artiste du temps, de Timomaque de Byzance, son Ajax, sa Médée. Timomaque avait encore fait un Onsle, une Iphigcnie en Tauride^ qui n'étaient pas d'un moindre prix^ Les épigrammes de l'Anthologie grecque, piquantes archives, bien souvent, du génie dramatique des sculpteurs et des peintres de l'antiquité, font ressortir, dans ces ouvrages d'un
émule de Sophocle et plus encore d'Euripide, Texquise vérité de l'expression, et d'une expression qui ne s'attaque pas seulement à une passion, mais, avec une hardiesse nouvelle, entreprend de rendre le combat de deux passions contraires". Parmi ces innombrables statues
1. Voyez Attius, Af/ia*n., Fraiçm. — 2. Hor., ad Piso;?., 123. — 3. Plin., llist. nat., XXXIV, 40. — 4. Plin., Hist. nat., VII, 39; XXXV, 9, 40. — h. Id., ibid., XXXV, /.O. Cf. Plutarch., deAnd.popt. — 6. Anthol,
IV, 6, 8,9. Cf. Auson., Epùjr, cx.\ix. cxxx. Voyez plus luiii, liv. 111,
ch. i; liv. IV, ch. IV.
ti
IIISTOIRG GÉNÉRALE
DE LA TRAGÉDIE GRECQUE
dont Ja victoire avait depuis longtemps rerapli les temples, les basiliques, les portiques et les places de Rome, dont les rapines des proconsuls ou le luxe éclairé de
quelques amateurs avaient formé dans cette ville de riches galeries, il s'en trouva sans doute bon nombre qui interprétaient aux Romains, mieux encore que les traductions, les imitations de leurs poètes, les chefs-d'œuvre delà tragédie grecque. Nous connaissons par Properce*
et par Ovide 2, par les scoliastes d'Horace et de Perse',
la magnifique décoration de la place oij, en Tan de Rome 726, Auguste avait consacré le temple d'Apollon Palatin. Des portiques l'entouraient, formés de colonnes en marbre de Numidie. Devant les colonnes étaient les statues équestres des cinquante fils d'Égyplus ; dans leurs
intervalles les statues pédestres des cinquante filles de Danaûs, et, auprès d'elles, leur barbare père, Tépée à la
main, les nombreux personnages de cette trilogie d'Eschyle que nous représente aujourd'hui sa tragédie des
Suppliantes^. Pline, qui parle assez fréquemment de la
collection rassemblée pir Asinius Pollion, nous dit qu'on
y voyait, parmi d'autres morceaux précieux, un groupe
immense d'un seul bloc, apporté de Rhodes. Apollonius et Tauriscus, qui en étaient les auteurs, y avaient reproduit le dénoûment de VAntiope d'Euripide, Zélhus et Amphion attachant Tennemie, la persécutrice de leur mère, Dircé, à un taureau furieux ^ C'est ce même monument qui, trouvé sous Paul III, dans les thermes d'Antonin, a passé du palais des Farnèses ses restaurateurs,
desquels il a pris son nom de Taureau Farnèse, dans
le musée de Naples. A d'autres ariistes de Rhodes, Agésandre, Poly 'ore, Athécodore, était dû aussi ce groupe
de Laocoon et de ses enfants, ornement du palwis de Titus, dans les ruines duquel on Ta retrouvé, au temps
de Jules II, avec de tels transports d'enthousiasme, et que les vicissitudes de la guerre ont fait voyager, pour sa