V. 328 sqq. Cf. 175 sqq
LES SUPPLIANTES. — LES HERACLIDES
crainte des Argiens ne lui fera pas repousser de son territoire les enfants d'Hercule. Ce n'est pas ici Trachine, ou quelquesunes de ces petites villes de TAchaïe, d'où tu as pu, non pas assurément par de justes raisons, mais en faisant valoir, comme tout à l'heure, le nom d'Argos, chasser des suppliants assis au pied de l'autel. S'il en devait être ainsi, si un décret des Athéniens confirmait tes discours, je ne les tiendrais plus pour
libres. Mais je connais leur esprit, leur caractère : ils aimeront mieux mourir. La honte, pour les hommes généreux, compte
plus que la vie. C'est en dire assez, je m'arrête. La louange,
jf e sais, peut devenir importune, j'en ai moi-même senti le
poids*.
« . . . . Ces enfants réclament aujourd'hui de toi le prix des bienfaits de leur père; ils te conjurent de ne point les livrer,
de ne point soufirir qu'arrachés à tes dieux, ils soient rejetés
de cette terre. 11 y aurait de la honte pour toi, du déshonneur pour Athènes, à ce que des parents, malheureux, fugitifs, suppliants (hélas ! regarde-les, regarde-les!), éprouvassent cette violence. Je t'en conjure, tendant vers toi ces rameaux, par tes mains, par ton visage que je touche, ne refuse pas
d'ouvrir les bras aux enfants d'Hercule. Sois pour eux un parent, un ami, un père, un frère*, un maître même : tout vaut mieux pour eux que de tomber au pouvoir des Argiens*. »
Le chœur est ému de cette prière; Démophon ne l'est pas moins : il se rend noblement, quoi qu'il puisse lui en
coûter, à ce qu'exigent de lui la religion, les droits du
sang et de la reconnaissance, son honneur et celui d'Athènes ; il reçoit sous sa protection les Héraclides ; il congédie le héraut d'Argos. Nouvelles injonctions de
celui-ci, nouvelles menaces, vivement relevées, et desquelles résulte un de ces entretiens coupés, qui, dans les
scènes grecques comme dans la nature, succèdent vo-
2. Cf. Hom., Eiad.y VI . 429 sq. : a Hector, tu es désormais pour moi
un pt're, une mère, un frère; tu es mon époux! »; Te ren t., Indr., I, M, 295 :
Te isti virum do, amicum, tutorem, patrem.
Racine, Iphigénie en Aulide^ aclj III, se. 5 :
Elle n'a que vous seul : vous êtes en ces lieax
Son père, son époux, son asile, ses dieux.
ElRI/'lDR. II. 14
lontiers à des raisons plus continûment déduites. La dispute s'échauffe tellement que le héraut et le roi, entre lesquels le chœur s'interpose, sont tout près d'en appeler à la force, l'un pour mettre la main sur ceux qu'il réclame, Tautre pour châtier cet attentat contre le droit des eens par un attentat semblable. C'est ainsi, comme on l'a ingénieusement remarqué*, qu'Euripide corrige et explique la tradition fâcheuse qui accusait les Athéniens d'avoir
mis à mort, au mépris du droit des gens, l'envoyé d'Eurysthée^. Goprée se retire à la fin, menaçant de la guerre et
de la guerre prochaine. On apprend de lui (ce détail n'est pas jeté ici sans intention : il prépare aux événements qui vont suivre, il justifie d'avance le poète de les comprendre dans les étroites limites de son drame) qu'Eurysthée est déjà à la tête de son armée, sur les frontières de la ville d'Alcathus, c'est-à-dire de Mégare^ tout près de l'Attique, attendant le résultat de la négociation et dans le dessein, si elle échoue, d'envahir et de ravager le
pays :
« Dès qu'il saura votre outrage, il vous apparaîtra terrible, à toi et à tes citoyens, à cette terre et à ses p^oductlons^ »
On remarque ce dernier trait auquel prêtaient un intérêt
tout présent les récentes dévastations de la guerre du Pélo-
ponèse, si funestes pour le sol athénien, et par lesquelles
n'avaient pas été épargnés même ces oliviers que la tragédie
de ce temps «^ représentait cependant comme placés sous
la garde des dieux.
tin ennemi si redoutable, tout prêt à fondre sur eux, Démophon, et les vieillards de Marathon, au nom du peuple athénien, le bravent courageusement, soutenus par
l.H. Weil, de Trag(P.diarum Grxcarum cum rébus puhlicis con-
junctinne, p. 7 sq.