Œdip. Col.j V. 630 sqq. Voyez notre t. II, p. 228 sq
LES SUPPLIANTES. — LES HERACLIDES
la justice de leur cause et le sentiment de leur indépendance méconnue. lolas, d'autre part, remercie les hommes généreux qui hasardent tant pour les nohles mais malheureux enfants d'Hercule. Ses paroles fort touchantes étaient accompagnées d'un jeu de scène qui ne l'était pas
moins, et qu'à l'ordinaire elles nous retracent. Elles offraient en outre, je m imagine, une allusion, avidement saisie, à quelque grief d'Athènes contre les descendants de ceux auxquels elle s'était montrée autrefois si secourable.
« , . . . Approchez, mes enfants, et donnez-leur la main ; lis ne la repousseront point. Ce sont vos vrais amis, nous en avons fait Texpérience. Si jamais vous revenez dans votre patrie el qu'il vous soit donné d'habiter la maison de votre père, de rentrer en possession de ses honneurs, regardez-les toujours
comme vos sauveurs et vos amis. Pleins du souvenir de leurs bienfaits, que jamais il ne vous arrive de vous armer de la
lance contre cette terre, cette ville ; qu'elles vous soient, au
contraire, chères entre toutes. Ils méritent votre respectueuse
reconnaissance ceux qui n'ont pas hésité à se faire de tels ennemis pour nous défendre, nous qu'ils voyaient cependant errants et sans ressource; qui ne nous ont pas livrés, qui ne nous ont pas repoussés de leur territoire. Ah ! je t'exalterai par mes louanges, que je vive, que je meure. Oui, quand je serai mort, ô cher fils de Thésée, m'approchant de ton père, je réjouirai son cœur en lui contant toutceci, avec quelle générosité lu as reçu, secouru les enfants d'Hercule, comme tu sais soutenir dans la Grèce la gloire paternelle. Tu es de bien noble
race et ne te montres point inférieur au héros de qui tu es né,
comme si peu savent faire; car combien en est-il oui ne soient
pires que leurs pères ' ? »
On reproche à Euripide, non sans raison, l'abus des moralités, et des moralités satiriques. Il est juste cependant de reconnaître qu'il excelle à les amener. Avec quel naturel arrive, comme entraînée par le mouvement de la passion, celle qu'il emprunte à Homère et place à la fin de cette tirade! Il y en avait, au commencement, du
même genre, sur l'avantage de devoir le jour à de bons
et nobles parents, la sagesse de s'unir par le mariage à 1. V. 306-327. Cf. Hom., Odyss., II, 276 sq.
d'honorables familles, la folie de condamner d'avance, par d'indignes alliances, ses enfants à rougir*, qu'introduisait à peu près aussi naturellement celte réflexion
d'Iolas, que c'est à l'illustre mémoire d'Hercule que sa
famille doit de trouver des protecteurs. Peut-être les inclinations épigrammatiques du poëte paraissaient-elles davantage lorsque le chœur, remontrant à Démophon combien l'occasion était pressante, faisait surtout valoir cette raison, que le héraut d'Eurysthée, dans son rapport à son maître, ne manquerait pas de grossir beaucoup de choses, ses injures, ses dangers, comme d'ordinaire font les hérauts ^.
Démophon n'a pas besoin qu'on le rappelle à ses devoirs de roi. Il montre un louable empressement à s'en
acquitter. Il va, dit-il, faire observer par des éclaircurs
les mouvements de son ennemi pour n'en pas être prévenu, rassembler, disposer l'armée athénienne, sacrifier aux dieux, et enfin consulter les devins. Dans la mention de cette dernière circonstance se trouve encore, il importe de le remarquer, une préparation habile à un des principaux incidents du drame. lolas, invité par le roi à se retirer avec les jeunes suppliants dans son palais, préfère rester près de l'autel jusqu'à ce que Tévénement ait
décidé de leur sort: nouvelle adresse du poëte, mais celte
fois assez maladroite, car elle est trop visible, pour retenir sur la scène un personnage dont la continuelle présence
est nécessaire à l'action. Quoi qu'il en soit, lolas exprime une pleine confiance dans la protection des dieux d'Athènes qu'il continuera d'implorer. Le même sentiment anime quelques strophes remplies de récriminations menaçantes contre la violence du roi d'Argos, contre l'insolence de son héraut, et par lesquelles le chœur termine
vivement ce que Ton a longtemps appelé le premier acte
de la tragédie. Cet intermède lyrique est, comme ceux
qui viennent ensuite, d'une brièveté inusitée, et l'on a fait