‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 717 sur 893 · Beck, hlmsley, Prévost · texte numérisé non relu

Beck, hlmsley, Prévost

qu\in combat singulier mette fin à la guerre, s'empressent de faire couler du sein de victimes humaines le sang qui doit rendre les dieux propices. Les uns montent sur leurs chars; les autres se pressent dans les ran^s, couverts de leurs boucliers. Le chef des Athéniens adresse à son armée des p iroles dignes d'un brave : « O mes concitoyens, la terre qui vous nourrit, qui « VOUS a engendrés, c'est maintenant qu'il faut lui porter secours. » Le chef ennemi, de son côté, suppliait ses alliés de ne pas laisser outrager Argos, outrager Mycènes. Lorsque eut retenti réclatant signal de la trompette lyrrhénienne, que le

combat fut engagé, avec quel bruit pensez-vous que retentirent les boucliers qui se heurtaient, les cris de joie ou de détresse.' D'abord le choc de l'armée argienne nous rompit; puis ils reculèrent à leur tour : longtemps, pied contre pied, homme contre homme», on combattit avec acharnement. Beaucoup tombaient

et, de part et d'autre, se faisaient entendre ces exhortations :

« 0 VOUS qui ensemencez les champs d'Athènes, les champs « d'Argos, ne repousserez-vous pas la honte de votre patrie?» Eiifin, à grand'peine, après beaucoup d'edorts et de fatigues, nous avons mis en fuite l'armée des Argiens. Le vieil lolas cependant, voyant Hyllus s'élancer à la poursuite de l'ennemi,

étendit vers lui la main, et le pria de le recevoir sur son char;

ensuite, prenant les rênes, il poussa vers Eurysthée. Ce qui suivit, d'autres me l'ont raconté'*; j'avais vu moi-même tout le reste. Gomme ils passaient près du bourg de Pallène, consacré à la divine Minerve, lolas aperçut le char d'Euryslhée, et s'adressant à Hébé et à Jupiter, il les pria de permettre qu'il rajeunît pour un seul jour, afin de tirer vengeance de ses ennemis. Vous allez entendre une merveille. Deux astres parurent au-dessus du char, aussitôt enveloppé d'une sombre nuit. C'étaient, ont pensé les plus sages, ton iils et la déesse Hébé. Quand lolas sortit du nuage, il fit paraître la vigueur de ses jeunes années. Il atteignit, près des rochers de Sciron, les

coursiers d'Eurysthée, s'en empara, chargea leur maître de chaînes, et s'en revint avec le plus glorieux butin, un général

prisonnier^ cet homme au sort iusque-là si prospère. Par sa

l. V.831 sq. Cf. Hom., lliad., Xlil, 130 sqq.; Virg., vCn , X, 3GI :

Concurrunt: haeret pede pes, densusque viro vir.

2 V 84'> sq. Ces mois désignent la partie merveilleuse du récit; il semble, selon une judicieuse remarque (voyez E. Houx, Dumervealeux dans là tragédie grecque, 1846, p. 125), que le poêle veuille en decU -

ner la responsabilité. • - ^ • • , c. .i '«

3. Se'on d'autres traditions, que n'a pas suivies Euripide, Eurysthée

fut tué près des rochers de Sciron; Apollodore (Bibhoth., II. 8) dit

par Hyllus; Pmdare (tylh., IX, 79 sqq.), Pausanias Utt xuv),

par lolas. Voyez encore Hherecyd., apud Antonin. Libéral., 3^; bliab. \I1I, etc.

LE? SUPPLIANTES. — LES HERACLTDES

disgrâce il semble adresser à tous les mortels cette grande leçon', qu'il faut se garder de croire au bonheur de celui qu'on n'a pas vu mort. La fortune n'a qu'un jour*. >

A ce récit succèdent, de la part d'Alcmène, les témoignages d'une vive joie, de la part du chœur, de religieuses actions de grâces. Bientôt un messager, un de ceux peutêtre qui ont déjà été introduits sur la scène, probablement le dernier, amène à la mère d'Hercule le captif annoncé tout à l'heure, Eurysthée. C'est un spectacle frappant que celui de cet homme qui a tant abusé de sa

puissance, tombé entre les mains du plus faible de ses ennemis :'du plus faible et du plus impitoyable; Euripide,

qui s'est complu quelquefois, par ce penchant de nooraliste satirique que nous remarquions en lui, à réunir chez un même personnage, avec l'extrême caducité, l'ardeur, la frénésie de la^vengeance , a peint plus qu'il

n'aurait fallu peut-être, d'après cette idée, son Alcmène.

Sans doute il pouvait s'autoriser de la tradition qui attribuait à cette femme irritée, envers la dépouille d'Eurysthée, d'atroces raffinements de cruauté ^ Mais la suivre

en cela trop fidèlement, c'était s'exposer, ce qui lui est arrivé à manquer l'intérêt. On ne peut nier que cette dernière scène ne nous refroidisse singulièrement pour les Héraclides. Quand Alcmène accable Eurysthée de ses invectives, qu'elle prend plaisir à lui annoncer sa mort prochaine, qu'elle s'obstine à le faire périr malgré les réclamations des Athéniens dont l'humaine législation protégeait les vaincus épargnés sur le champ de bataille,

qu'elle a recours pour sortir d'embarras à cette abominable subtilité , que ce qu'elle veut c'est sa vie, mais qu'elle rendra son corps à ceux qui le redemanderont; qu'enfin, par une contradiction si choquante que pour l'expliquer on a eu recours quelquefois * à la supposition

1 Sur cette maxime, souvent répétée par les tragiques grecs, voyez t. li, p. 65 sq.; 196 sq.; 111,15.

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