prologue avec celui de Viphigénie en Aulide'? par une
raison bien simple ; c'est que la pièce ne pouvait s'en passer. De même qu'au début de ÏAjax^ Minerve seule
pouvait faire connaître ce qu'elle savait seule, par quel
égarement d'esprit avait été abusé le héros, de même ici on ne pouvait apprendre que de Bacchus que, sous une forme mortelle, sous les traits et l'apparence d'un ministre
du dieu, c'était le dieu lui-même qui paraissait.
A cette confidence s'en ajoutent beaucoup d'autres que
je dois aussi redire.
Ayant quitté la Lydie, la Phrygie, où se sont élevées
ses premières années ^ il a parcouru successivement, pour y établir son culte, la Perse, la Bactriane, la Médie,
l'Arabie, l'Asie Mineure enfin, avec sa population mêlée de Barbares et de Grecs : il entre pour la première fois dans une ville grecque, celle de Thèbes. Mais sa divinité n'y est pas reconnue, tout au contraire. Les sœurs mêmes de sa mère, lesiilles de Gadmus, Agave, Autonoé, Ino,
prétendent que Sémélé, par le conseil de son père, a imputé au maître des dieux le crime d'un simple mortel, et
que ce mensonge sacrilège a été justement puni par un
coup de foudre. Leur fils, et leur neveu, Penthée, à qui Gadmus, accablé d'ans, a remis le gouvernement de
Thèbes, n'est pas plus disposé à recevoir comme dieu celui qu'il croit aussi le fils d'un mortel, à l'admettre au partage des honneurs divins, des libations, des sacrifices.
Bacchus annonce le dessein de se venger de tous ces mépris et sans retard. Déjà, remplies par lui d'une fureur
étrange, les trois filles de Cadmus, et avec elles toutes
les femmes nubiles de Thèbes, ont quitté, en habit de