‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 76 sur 893 · Macrob., Sat., II · texte numérisé non relu

Macrob., Sat., II

DE LA TIUOÉDIE GRECQUE

dont Lucien raconte, avec sa grâce ordinaire, la plaisante

histoire*, représenta de même, plus qu'au naturel, la folie d'Ajax. On le vit tout à coup déchirer les vêtements du batteur de mesure, troublé, à Timprovistc, dans l'exercice de ses modestes fondions, arracher la flûle du

musicien étonné et la briser sur la tête d'Ulysse, encore

tout orgueilleux de sa victoire , puis , s'élançant dans l'orcheslre, aller s'asseoir entre deux graves consulaires,

peu charmés de celte incartade tragique, et qui craignaient fort d'être traités par le terrible acteur comme dans la pièce de Sophocle Ajax porte- fouet traite les troupeaux de l'armée. La tragédie grecque, on le voit, retrouvait quelquefois chez les pantomimes de nouveaux

Sénèques.

Sortons du théâtre, et arrêtons-nous, en passant, dans celte société nouvelle, qui analhématisait en lui tous les désordres du monde ancien, dont il était le commun réceptacle. Là encore nous rencontrons la tragédie grecque et Euripide, dont Apollinaire d'Alexandrie^, dont Grégoire de Nazianze, ou l'auteur quel qu'il soit de cette

Passion du Christ qui nous est venue sous son nom, dérobaient les formes, les vers même, pour les tourner, avec un zèle ingénieux , à la louange des croyances proscrites, en dépit, dit-on, de la jalouse intolérance de Julien, qui en interdisait l'étude aux chrétiens. Ainsi plus dune.

fois se bâtirent, avec les débris des temples du paganisme, les églises de la religion naissante. Dans l'ouvrage attribué à Grégoire de Nazianze, Hécube , Andromaque, Médée même, prêtent l'expression de leurs douleurs maternelles à la douleur inouïe de la mère d'un Dieu fait

homme, qui, taudis que son fils succombe comme les

hommes à la mort, succombe elle-même, malgré sa foi,

à la douleur humaine. La tragédie grecque pouvait fournir aux pieux larcins du saint auteur des traits mieux en rapport avec le caractère d'un tel sujet, dans le drame

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1. De Sallat., Lxxxni.— 2. Sozom., V, 18, etc. cr. FaLiic, Bibliolh. rjrœc , t. II, p. 2S5, Hurles.

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HISTOIRE GÉNÉRALE

Subhme de Prométhée, où TertulHen apercevait une image

confuse du mystère de la rédemption'. Au reste, l'industrie d'un poëte ërudit, qui assemble laborieusement

les pièces au moins profanes, parfois païennes, de son canton chrétien, les préoccupations d'un théologien, jaoux d expliquer le dogme autant que d'intéresser à l'histoire de son merveilleux établissement, beaucoup d'incoherenoes, de contradictions, de longueurs et de redites souvent textuelles, refroidissent cet ouvrage, dans lequel cependant 1 écrivain se maintient, en plus d'un endroit assez heureusement, au niveau du pathétique d'Euripide! et, chose plus difficile, de celui des B'^ritures. Gs n'est point un drame que cette Passion; c'est un dialogue con • Unn, sans entr actes, sans divisions d'aucune espèce, où les journées se succèdent, où la scène se déplace, sans quon en avertisse, parle seul travail de l'imagination du lecteur». Il en était ainsi dans un autre drame, ou plutôt dans un autre ouvrage de forme dramatique, composé, non pas sur un sujet du Nouveau, mais de l'Ancien Testament, non pas par un chrétien, mais par un juif, à une

époque fort antérieure, puisque quelques-uns des fragments qui nous en restent ont été transcrits, avant Eu-

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