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LE CYCLOPE
plus que libres, que se permettent les Satyres au sujet d'Hélène'. Je ne les rapporterai pas; j'aime mieux citer un Irait qui n'est que gai, et dans lequel on peut voir une
parodie volontaire des déclamations du poète contre les femmes. « Sexe funeste, fait-il dire à son chœur de Satyres! Plût aux dieux qu'il n'eût jamais existé.... que
pour moi seul ^ ! »
Au moment où va se conclure le marché d'Ulysse avec
Silène, on voit venir le Cyclope. Tous tremblent, et le héros lui-même parle de fuir et de se cacher; mais, lorsqu'il en comprend l'impossibilité, il fait bravement face au péril. La tragédie, d'après l'épopée, lui a prêté parlout ce genre de résolution, et nulle part il ne l'exprime plus
nobiemcat qu'ici :
a Troie aurait trop à gémir, si nous fuyions devant un seul honnnie. Que de fois mon bouclier n'a-t-il pas soutenu
TefTort d'une foule de Troyens ? S'il nous faut mourir, mourons généreusement, ou si nous sauvons notre vie, que ce soit en sauvant aussi notre gloire ^ »
Enfin arrive Polyphème, interrogeant, grondant, menaçant en maître de maison d'un service difficile. La çeur des Satyres se cache sous des facéties par lesquelles ils parviennent quelquefois à dérider leur terrible maître :
ff Le dîner est-il prêt ? — Il l'est ; fais seulement que ta mâchoire le soit aussi. — A-t-on rempli de lait les cratères ?
— Tu peux en boire, si tu le veux, tout un tonneau. — Serace du lait de brebis, du lait de vache, ou tous deux ensemble ?
— Tout ce qui te plaira: seulement ne va pas m'avaler eii même temps. — Je n'ai garde : vous me feriez mourir, gambadant, gesticulant encore dans mon estomac^. »
La plaisanterie n'est pas délicate, mais c'est une plaisanterie de Cyclope , et elle a pour nous l'avantage de nous peindre la démarche et la pantomime par lesquelles