V. 268 sq
*i. V. 111 sq.
LE CYCLOPE
étrangers tombés entre ses mains ne peuvent être, comme le prétend Silène, que des voleurs, car il veut les manger. En vain, répondant à ses questions et^ cherchant à l'intéresser, les malheureux lui disent qu'ils sont des Grecs qui reviennent de la guerre de Troie*- il ne leur en sait aucun gré, et dans cette expédition entreprise pour une femme, et une femme coupable, il trouve contre eux un nouveau grief. Ainsi, chez le fabuliste, raisonne le loup, pour mettre l'agneau dans son tort, et le manger en sûreté de conscience.
C'est merveille de voir, je suis obligé de le redire sans cesse, comme s'entrelacent habilement, dans cette petite pièce', les émotions diverses de la comédie et de la tragédie. Le poëte fait, pour quelques instants, diversion à la o-aieté, par la noble et touchante prière d'Ulysse*. Polyphème est fils de Neptune, à qui les Grecs ont élevé des temples sur tous les rivages ; il habite une contrée qu on peut regarder comme grecque; qu'il ait pitié de compatriotes assez éprouvés par le malheur ; qu'il respecte des suppliants, qu'il protège des hôtes; qu'il craigne par un acte impie, d'off'enser les dieux! On ne peut parler plus - éloquemment; mais c'est de l'éloquence en pure perte. Silène, persistant dans son rôle de complaisant, conseille au Gyclope, quand il mangera Ulysse, de le manger tout entier, sans oublier sa langue qui fera de lui un orateur, et comme s'il l'était déjà devenu, Polyphème, reprenant un à un les arguments d'Ulysse, s'applique à les retuter dans un discours suivi où le mépris des lois divines et humaines est érigé par l'ogre sophiste en système de sagesse pratique, en philosophie, en religion. Il semble qu'ici encore Euripide se soit fait son propre parodiste, et (jue parmi les formes de la tragédie dont il offrait une copie bouffonne, il n'ait pas voulu oublier les thèses contradictoires de morale subtile, de hasardeuse théologie, dont on lui reprochait l'abus. Il faut citer ce discours de
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