‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 795 sur 893 · Ibid., 240 sqq., 304 sq., 313 sq · texte numérisé non relu

Ibid., 240 sqq., 304 sq., 313 sq

5, V. 476 sqq. C'est un héroïque dévouement au sort de ses compa-

LE CYCLOPE

Quand Ulysse a communiqué son dessein aux Satyres,

ils ont, dans leur enthousiasme irréfléchi, dont ils pourro»it plus tard se repentir, obtenu qu'il leur serait permis

d'y prendre part. Maintenant, toujours pleins d'une généreuse ardeur, ils se disputent à qui mettra le premier la main à l'arme vengeresse. Le Gyclope cependant fait retentir la caverne des accents de sa joie brutale, de ses chants grossiers et discordants ; et le chœur donne de loin à cet ignorant comme une leçon ^ de poésie bachique, en chantant lui-même le vin, l'amour, et quel amour ! Il y a ici des traits par lesquels sont compromises de plus

en plus la gravité, l'honnêteté d'Euripide, et dont la licence prépare aux monstrueuses obscénités de la scène

suivante.

Celte scène ramène Polyphème, tout appesanti par son

odieux repas et se comparant lui-même à un bâtiment de transport qui fléchit sous sa charge^, la tête déjà toute troublée par les vapeurs du vin. Il vient, en chancelant, faire sa partie dans le joyeux concert^. Les paroles par lesquelles on salue son entrée, annoncent obscurément la catastrophe qui s'apprête; il y est question du flambeau

déjà allumé pour la nouvelle épouse, de la guirlande aux vives couleurs dont va se parer son front*. Ces équivoques sinistres et menaçantes ne sont pas rares dans la tragédie grecque, et, sans qu'il soit besoin d'en chercher plus loin des exemples, chacun se rappelle de quel ton,

gnons, dont il ne veut pas se séparer, qui fait rentrer l'Ulysse d'Euripide dins l'antre du Cyclope. On a quelquefois vu une allusion à ruiysse de quelque autre drame satyrique dans ce mot de Galon l'ancien à Polybe, rapporté par Plutarque ( Vit. Cat.maj., c. ix) : Le Sénat ayant consenti, non sans peine, au retour des exilés d'Achaïc dans leur patrie, Polybe voulait se présenter de nouveau devant cette assemblée pour en obtenir leur rétablissement dans leurs ancien'^ honneurs. Caton qu'il sondait à ce sujf^t. lui répondit en riant: « U me semble,

Polybe, qu'échappé comme Ulysse de l'antre du Gyclope, vous voulez y rentrer, pour prendre votre chapeau et votre ceinture, que vous y avez oubliés. »

Page 1