‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 815 sur 893 · Voyez la Mélanippe, fragni. xxii ; Athen. Deipn.j XIV · texte numérisé non relu

Voyez la Mélanippe, fragni. xxii ; Athen. Deipn.j XIV

322 JUGEMENTS DES CRITIQUES

pas, dHmiter le poète qu'il dénigrait*)-, mais qui en rc- Tanche est fort habile à découvrir les défauts, et sait les placer dans le jour le plus divertissant et le plus comique. Yeut-il se moquer de ces lambeaux, de ces haillons, dont Euripide habillait d'ordinaire ses héros, pour a,iouter par cet appareil de misère à l'émotion naturelle que devait inspirer le tableau de leur infortune, il introduit, je Fai dit ailleurs\ on me pardonnera de me répéter, « un pauvre homme, accusé devant le peuple, et qui, cherchant L moyens de toucher son juge , imagine d'ail r trouver le peintre des douleurs de Télèphe, et de lui emprunter quelque pièce bien déchirée, bien lamentable, de cette friperie dramatique, tant de fois reproduite aux yeux des Athéniens, et qui n'a pas encore lassé leur sensibilité . >> Yeut-il peindre le fol engouement des générations nouvelles pour leur poète favori, Euripide, qu'elles n'admirent pas toujours par ses meilleurs côtés, il fait raconter à Strepsiade, dans les Nuées \ comment est venue sa

querelle avec son fils Phidippide. Il lui a demandé de

chanter, à la fin du repas, quelque chose de Simonide ! « Vieille coutume ridicule! Méchant poète! a réplique le jeune homme peu respectueux pour les usages et la littérature du temps passé. — Eh binl a repris le père, quelque chose d'Eschyle. — Méchant poète encore, dur, ampoulé, bruyant! - Quelque chose donc de plus moderne. — Ahl bien volontiers. » Et le jeune homme a chanté des vers du poète aimé de la jeunesse, du poète à la mode, des vers d'Euripide, sur un ince^e ! Veut-il montrer qu'Euripide a rabaissé l'art tragique, il rapproche de nouveau dans un même cadre'' et le poète qui amena,

par ses exemples, les peintures de la comédie nouvelle et

fut comme le précurseur de Ménandre , et le subhme

1. E0pmi5api(Ttoçav(!:a,v, a dit de lui plaisamment, au rapport du scol a^te de Platon, son rival et ennemi Cratmus Voyez, avec les frag- SenSd'A?istopha^e, éd. F.Didol, 1838, p. ^^l^^if''%'^'\^^^^ cuvantes, 1), Meineke, Fragm. corn. Grœc, 1839, 1. 1, p. .^4, II, ii5.

^ 3 Acharn., 409- W3. - 4. V. 1339 sqq. -^ h Ran., passim. Voyez notre 1. 1, p. 70 sq., 94 sqq., 207 sqq.

SUR L.\ TRAGEDIE GRECQUE

créateur du théâtre, qui osa y faire paraître les dieux et

les Titans, et dont on a pu dire avec vérité qu'il semble

se contraindre, lorsqu'il ne peint que des hommes*. Le

contraste est saillant, et Aristophane le fait encore ressortir par l'intarissable gaieté qui anime son parallèle;

à la grandeur souvent démesurée d'Eschyle, à son emphase , à son obscurité, à ses locutions hardies et inusitées, à ses grands mots qui s'élèvent, dit-il, comme des tours du milieu de son style, il oppose plaisamment la morale quelquefois corruptrice d'Euripide , les grâces un

peu efféminées, les faiblesses, les langueurs de sa composition et de sa poésie. Ainsi se trouvent caractérisés, avec

un goût exquis, sous les formes les plus bouffonnes et

les plus folles en apparence, deux des grands poètes tragiques qu'a possédés la Grèce. Quant à Sophocle, il ne paraît point sur cette scène satirique où sont traduits ses illustres rivaux; son nom seul y est rappelé avec des éloges que ne restreint aucune censure; la prééminence qu'Aristophane semble par là lui accorder , et que lui

confirment tous les bons juges, est le dernier trait de ce

tableau plein de vérité comme d'enjouement, auquel applaudirent les Athéniens, qui y retrouvaient l'expression de leurs propres sentiments, et où La Harpe, qui avait

d'Athènes et de sa littérature une connaissance certainement bien superficielle, n'a voulu voir que maladresse et

mauvaise foi^.

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