‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 818 sur 893 · I. POPt.^ VI · texte numérisé non relu

I. POPt.^ VI

1. Ainsi paraît se montrer Aristote, lorsqu'il dit, Poet., iv, 2: « Maintenant la tragédie a-t-elle pris toutes les formes qu'elle peut prendre (est-elle parfaite), soit en elle-même, soit p;ir rapport aux spectateurs? C'est une autre question. » (Trad. de M. Kgger.)

JUGEMENTS DES CRITIQUES

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qu'il ne peut guère leur être dans ce dessein d'une plus grande utilité que ne leur serait, pour étudier le génie d'une langue particulière, un traité de grammaire gêné raie. Ils n'y trouveront rien, par exemple , sur cette croyance à la fatalité, inspiration intime de la tragédie

grecque, qui la fit presque tout ce qu'elle fut aux trois

Rges principaux de son histoire; rien, par conséquent, ou peu de chose sur ce merveilleux que la fatalité ne cessa d'y amener, qui y occupa toujours une place si considérable ; rien encore sur les passions diverses qui y disputaient à la fatalité la conduite de l'action: quant à la forme même, dont Aristote semble s'être plus préoccupé que du fond, son livre ne leur dira rien non plus de ce qui, dans les premiers temps, a dû la modifier sensiblement, la réunion de trois pièces distinctes dans l'unité complexe de la trilogie*. Mais si les mêmes passions

inspiraient toujours les poètes, la trilogie avait depuis longtemps passé; la fatalité elle-même s'était par degrés

efTacée du drame. Aristote ne portait son attention que sur ce qui était indépendant des combinaisons, des opinions passagères; il cherchait le général, l'universel, ce"

cadre tragique propre à recevoir en tous lieux, en tout temps, tous les sujets.

J'oserai dire, ou répéter, que dans ce cadre ne trouvent point leur place un certain nombre de tragédies grecques, regardées cependant, sans contestation, comme des chefsd'œuvre. Il en est, en eft'et, tout le monde les nommerait, qui ne sont nullement conformes à ces règles trop absolues, trop exclusives : que la tragédie ne doit représenter ni des personnages vertueux qui d'heureux deviennent malheureux, ni des personnages criminels qui passent du bonheur au malheur; que la fable ne doit pas être double, c'est-à dire mener à deux dénoûments contraires, un pour les bons, un pour les méchants ; qu'elle ne doit pas sc'

1. Peut-être cependant ya-t-il des allusions aux trilogies d'EschyJp dans C( Ttains passa^rts des chapitres iv, v et xviî de la Porliqur.

M. Egger n'est pas éloip:né de le croire. Vcye/, son livre, déjà cité, au* pages 207 sqq., 359, 418, 455.

SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE

terminer heureusement, sous peine d'être renvoyée à K comédie ; que les mœurs exprimées par le poëte doivent être bonnes, et par là on entend d'une bonté morale*. La tragédie grecque offre certainement des infortunes imméritées, comme celles d'Iphigénie, de Polyxèiie, d'Hécube;

des crimes couronnés par le succès ou atteints par le châtiment, comme celui de Glytemnestre et d'Égisthe, d'une part dans Y Agamemnon, de l'autre dans les Choéphores,

dans VÉlcclre; des dénoûments complexes, où contraste le

triomphe des bons avec la ruine des méchants, comme dans celte même tragédie à'Eteclre; des conclusions heureuses, comme à la fin du Philoctète, àeVAlceste, der7on,desdeux IphÎQémc; des caractères d'une grande perversité, comme est le caractère, je ne dirai pas du Ménélas d'Euripide, blâmé par Aristote, mais du Gréon de Sophocle. On le

voit, l'auteur de la Poétique, parti de la tragédie grecque, s'est éloigné quelquefois beaucoup de son point de

départ ^

Aristophane et Aristote ne furent pas, il s'en faut, les

seuls représentants de cette critique qui s'exerçait, chez les Grecs, sur les compositions de leurs tragiques, d'abord au théâtre même, dans la comédie, ensuite dans des ouvrages d'intention et de formes plus didactiques. Autour, à la suite du premier, se rangent les poètes de l'ancienne, de la moyenne et même de la nouvelle comédie, dont bien peu se sont interdit la censure de leurs rivaux de gloire, les poètes tragiques. Au second se rattache cette longue succession de littérateurs, qui, dans le monde grec, en Grèce, à Alexandrie, à Pergame, firent de l'art dramatique, de l'histoire de la scène et particulièrement de ce qui concernait la tragédie d'Athènes, l'objet de leurs recherches et de leurs études.

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