‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 830 sur 893 · De Finih., V · texte numérisé non relu

De Finih., V

JUGEMENTS DES CRITIQUES

en foule Taspect de cette ville, où, selon son ingénieuse

expression, on ne peut faire un pas sans marcher sur un

souvenir; chacun parle de préférence des lieux qui l'attirent le plus : les philosophes, de ces ombrages vénérables

SOUS lesquels avait erré Platon, et après lui Speusippe, Xénocrate, Polémon ; les orateurs, de cette tribune qui

vit Démosthène luttant contre Eschine, de cette mer dont il haranguait les flots, de ce rivage illustré parle tombeau de Périclès. Quintus^ le frère de jGicéron, qui s'était un peu occupé de tragédies, qui connaissait les tragii|ues

grecs, les citait, les louait volontiers^ prend à son tour la

parole, et l'on peut croinî que Gicéron est de moitié dans les sentiments qu'il lui prête:

« En venant ici, dit-U, je me sentais attiré vers ce bourg de Golone, que Sophocle habita ; j'y croyais voir encore ce grand poëte, pour qui j'ai tant d'admiration et tant d'amour ; mon imagination remontait encore plus haut vers les temps anciens, et se représentait OEdipe, arrivant dans ces mêmes heiix. et demandant à safdle,envers de la plus douce harmonie, quelle est la contrée où il est parvenu. C'était, je le sais bien, une vaine illusion, mais elle n'a pas laissé de m'émouvoir^ »

Quel sentiment vif et passionné, quel éloge charmant de

cette vérité exquise des (Irecs, qui transforme presque

leurs fictions en réalités historûiues !

On ne peut attendre des modernes, dont iejugement est

presque toujours altéré par des habitudes étrangères à l'antiquité, une intelligence si pure du génie dramatique

des Grecs; il faut aujourd'hui, pour le sentir dignement, se

transporter par le double effortdu savoir et de l'imagination au sein d'un civilisation depuis longtemps disparue de la terre, se faire, pour ainsi dire, le contemporain des siècles passés.

"Les connaissances ne manquaient certainement pas aux

premiers critiques qui entreprirent de nous faire connaître

par de laborieux et savants ouvrages, dignes assurémentde

beaucoup de reconnaissance etd'estime, en les éditant, les interprétant, les traduisant sans relâche, les chefs-d'œuvre

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