Elémmts de Littérature, art. Poétique
SDR LA TRAGÉDIE GRECQUE
on rapportait à cette poétique mal comprise, et souvent
faussée par des interprétations arbitraires, toutes les \ roductions du théâtre ancien ; toujours elles lui étaient jugées conformes, lors même que, pour parvenir à cette conclusion arrêtée d'avance, il fallait en dénaturer le caractère, en altérer les proportions; une critique barbare les
torturait sans pitié , pour les ramener toutes , malgré
leur diversité, à ce modèle uniforme qu'elle avait créé, véritable instrument de supplice qui rappelle le lit de Procuste.
Tel fut, sauf les exceptions rares et incomplètes que
peuvent offrir çà et là les ouvrages d'estimables interprètes d'Aristote, par exemple de Gastelvetro*, de Daniel Heinsius% de Gérard Jean Vossius^ de d'Aubignac\ de Rapin*, de Dacier^ l'esprit qu'on apporta longtemps à l'étude de l'antiquité, et qui se perpétua chez les littérateurs jusque dans ces jours de gloire que les chefsd'œuvre de Corneille et de Racine firent enfin luire sur notre théâtre. A l'apparition de ces modèles nouveaux, les esprits se sentirent tout à coup délivrés des chaînes
que leur avait imposées le pédantisme; l'autorité despotique qu'exerçaient au nom d'Aristote ses commentateurs,
tomba tout à coup d'elle-même; il se fit même contre ces tvrans du bon goût, tant ancien que moderne, une sorte de réaction violente, assez semblable à celles qui se remarquent dans les révolutions politiques. A l'intolérance
de l'érudition succéda brusquement celle do l'ignorance :
on insulta cette antiquité si longtemps encensée ; comme on ne la connaissait assez généralement que sous les fausses images qu'en avaient données de fanatiques inter-^ prêtes, on put d'assez boipe fol, et avec quelque appa-