‹ Études sur les tragiques grecs [microform]Chapitre 839 sur 893 · Ibid.. art. Art dramatv^ue · texte numérisé non relu

Ibid.. art. Art dramatv^ue

^.Discours aux Welches, 1764. Voyez, surces aUaquessi Iréquenles et si vives de Voltaire contre le théâtre tragique des Grecs, nos htudes, t. I, p. 251 : II, 15y sqq. ; III, 2, 73, 212, 215, etc. Voyez aussi sur les

('•crits de quelques-uns de ses dé<"enseurs ou de ses adversaires, dans celte querelle, de Dumolard , de Gaillard, du duc deLauraguais, notre t. I, p. 296, 373 , .^^„

4 Voyer. le Discours en vers prononce en 1 <32 , avant la représentation ù'Ériphyle ; r£pîtredéclicatoired' Greffe à la duchesse du Maine,

en 1750: quelques notes de son Commentaire sur Corneille, en 176^. 5. M. de Barante, Discours prononcé dans une séance publique de

l'Académie française le 5 janvier 1843, pour la réception de l'auteur

du présent livre* Voyez encore son Tableau de la littérature française ou dix-huitième siècle j publié je crois, en 1809, et depuis souvent

réimprimé.

SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE

ment sur les circonstances qui avaient dû, selon les épo- \ ques, agir nécessairement sur les peuples, les hommes, 1 les mœurs, les lois et les œuvres de l'esprit. Reconnaissant avec orgueil la marche progressive de la civilisation, ' il appliqua à tout cette loi de perfectionnement. Chaque année, chaque pas, avait dû, selon lui, amener une supériorité du lendemain sur la veille, non-seulement dans les sciences qui recueillent des faits pour en expliquer la cause, mais aussi dans la poésie, les beaux-ai ts et le langage, c'est-à-dire dans la région du sentiment et de l'imagination. »

Un écrivain célèbre, fondateur du grand monument scientifique et littéraire qui devait glorifier la civilisation moderne, un autre qui prêta à l'entreprise un zélé concours, Diderot et Marmontel, distingués tous deux dans la critique par des aperçus ingénieux, nouveaux, d'une hardiesse souvent aventureuse, auraient été disposés à plus de justice pour la tragédie grecque. Malheureusement ils la connaissaient peu et n'y touchèrent que par rencontre, en passant. Ce qu'ils en ont dit toutefois mérite un souvenir.

Diderot eût souhaité à notre scène un langage plus familier et plus véhément, plus de mouvement, plus de spectacle. La réforme dont il concevait l'idée eûthriséle joug, gênant pour la passion, de ce que les poétiques reçues appelaient la décence, les bienséances; elle eût, dans l'intérêt d'une expression qui lui semblait froide si elle n'était frénétique et désordonnée, substitué aux longues tirades les

courtes et vives répliques, plus souvent encore les apostrophes, les exclamations sans suite, le silence même ; elle eût fait une très-forte part à la pantomime, à ce que nous nommons aujourd'hui la mise en scène. Ce que sa théorie avait d'exagéré, de faux, parut bien manifestement par ses draines ; ce qu'elle contenait de vrai, par quelques passages des écrits destinés à les annoncer, à les soutenir, par ceux notamment où il loua chez les tragiques grecs, plus qu'il n'était alors d'usage, la simplicité de l'intrigue et du dialogue, la naïveté de l'accent, le naturel hardi, l'effet frap-

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356 JUGEMENTS DES CRITIQUES

pant des tableaux. De bonne heure, en 1748, dans un

ouvrage auquel on ne peut renvoyer, mais dont, heureusement, Lessing * a extrait quelques bonnes pages de critique, il avait avoué une préférence pour la manière des

Grecs qui dut blesser chez plus d'un poëte, d'un littérateur, la conviction, en ce temps si arrêtée, de notre incontestable, de notre complète supériorité. Plus tard, en 1757,

en 1759, dans les Entretiens sur le Fils naturel, dans le

traité de la Poésie dramatii[ue publié avec le Père de famille, il revint à un parallèle si délicat, et exalta, non sans cette éloquence de l'enthousiasme qu'il cherchait constamment et rencontrait quel([uefois, certaines beautés tout à

fait antiques du théâtre grec. J'ai cité ^ la vive ])einturo

qu'il a retracée des grands spectacles offerts par la tragédie

des Euménides ; on peut y joindre plus d'une chaleureuse

analyse du Philoctèle, pièce qu'il semble avoir atïectionnée et à laquelle il revient sans cesse. Il est fâcheux qu'il n en

ait point analysé, ni peut-être connu d'autres. Quelles

heureuses inspirations eût trouvées dans ces modèles de vérité passionnée le critique, je ne dis pas Fauteur

dr?inati(|uc qu'a si bien inspiré Térence ^ ! Une chose

encoî5 f^rt regrettable, c'est que tant de délicates appréciations, de vues ingénieuses, soient comme perdues

dans des ouvrages où l'on n'est guère tenté aujourd'hui

d'aller les chercher, desquelles écartent une continuelle

et fastidieuse apologie des drames de l'auteur, le décousu, la fantaisie qu'il affecte, l'emploi dans lequel il

se complaît de cadres romanesques qui ont perdu to'\t intérêt \

1. Dramalurqic, art. sur le Père de famille. ■ 2. T. I, p. 372 sq.

3. Diderut avait |ironiisàM. Suard, pour ses Far /d''.v littéraires,

un article qui se faisait atlen(Jie. M. Suard inipatientt; lui cnvoio iin matin son dotiiesti<iue, avec l'ordre de ne pas revenir sans rnrJicle

proniis. Il faut bien fiue Diderot s'exécute : il se met à son bureau ot y écrit tout d'une haleine, avec une verve encore animée pir la mauvaise humeur, un excellent morcoau sur Térence. Vnyiz VariétésUt-

téraires, édit. de 1804, t. in,p. 387 et suiv.

4. Dans deux articles du Journal des Débats (15 et 19 janvier 1858), que \cs Qiuvres complètes de ÏAu[eur oni reproduits en 185') (t. il,

p. 184), H. Rigault, rendant compte, avec autant dtsprit fpie de Lien-

SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE. 357

Ces défauts ne sont point ceux du livre plus fiancheinent, plus sévèrement, plus exclusivement didactique dans

lequel Marmontel, en 1787, reproduisit, fort améliorées,

les idées qu'il avait exposées sur la littérature, en 1763,

clans sa Poétique fran(;aise, de 1751 à 1772 dans l'Encyclopédie. Je ne sais jusqu'à quel point était fondé le repioche que La Harpe lui a fait* de ne point savoir le grec, jusqu'à quel point ce reproche était bien placé dans la bouche de La Harpe. Quoi qu'il en soit, plusieurs articles de ses Éléments de littérature^ contiennent, par malheur en trop petit nombre encore, sur l'art tragique des Grecs, sur quelques-uns des caractères particuliers qui le distinguent,

vérité naïve des sentiments*, {'amiliarité noble du langage,

veillance, de ces Etudes, et s'arrêtant, particulièrement, à la préi^onte revue, y réclamait une place, à côté de Diderot, pour Grimm, qu'il ca-

racténsail ainsi : • .... Français desprit et Allemand de naissance.... élève (l'Krne^ti, qui a{)plii|uait à la critique littéraire une inslruction classique et une liberté de goût puisées en Allemagne, avec une (inesse de tour et une clarté de style empruntées à la France. » «Grimm, njoutait-il, défemlait Homère contre Fontenelle, La Motte et l'abbé l'ernsson, et le défendait par les bonnes raisons, en vantant dans V Iliade

ce eue le dix-liuitième siècle y tournait en dérision, la naïveté des caractères et la simplicité des mœurs. Gnmm proclamait o sublimes » VAlceste d'Euripide et les beautés les plus antiques de Sophocle. Au

milieu de l'enlhousiasme excité par Y An acharsiSj Gnmm, aussi calme

que nous le sommes aujourd'hui, le définit une œuvre intéressante^sans vues originales, sans imaginalion , « où les resse;iiblances d'Athè-

nes et de Paris sont si pro iigieuses qu'on les pourrait croire inventées

par l'auteur, si l'auteur inventait quelque cho^e.» et où le héros scythe,

le jeune Anacharsis, n'est qu'un docte abbé français, membre de l'Académie des inscriptions ^Correspondance littéraire, 15 janvier 1758, 15 déc*^mbre 1704, et mai 1789). Cette avance prise par Grimm sur ses contemporains, celte impartialité de goût et cette clairvoyance, font

de ce Parisien allemand un précurseur du govltdu dix-neuvième siccle,

un des premiers vengeurs de l'antiquité méconnue.... « Je ne pouvais mieux combler que par cette citation d'H. Rigault la lacune qu'il m'a signalée, heureux en même temps de rendre hommage à sa mémoire, toujours si précieuse et si chère.

î. V.)yez particulièrement les articles Convenance, DJnoûment^

Épopée,' Exposition, Familier, Narration, Style.

3. Jeciteraiici cett»^ phrase de rarlicie Convenance, comme complément de ce que jai rap; crié et dit moi-même (t. III, p. 1 sqq. 31 sqq.) sur un point souvent controversé : « Je suis même persuadé qu'Iphigé-

nie, allante! la mort d'un pas chancelant, avec la répugnance naturelle à son sexe et à son âge, comme daus Euripide, eût fait verser encore plus de larmes.... »

JUGEMENTS DES CRITIQUES

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simplicité, grandeur, intérêt des expositions*, des vues

aussi justes que peu communes à cette époque, qui n'ont

pas influé le moins du monde, on l'a pu voir par ses Hé-

raclides *, sur la pratique de Marmontel lui-même, et

dont il eût été à souhaiter que, dans la théorie, l'auteur du Lycée profitât davantage.

Les décisions tranchantes échappées à Voltaire dans quelques moments de mauvaise humeur furent religieusement recueillies par La Harpe, qui en fit le texte d'un Essai sur les tragiques grecs, publié par lui en \ 11^, dans

une édition complète de ses œuvres. Cet essai, il le reproduisit vers 1786 dans ses leçons au Lycée, en 1799 dans

le livre oii il les réunit sous le titrs de Lycée ou Cours de

littérature ancienne et moderne. La préface de son Philoc-

tète en 1781, son commentaire de Racine composé en 1795 et 1796, et imprimé après sa mort, seulement en 1807, le

commentaire de Voltaire, qu'on a extrait de ses notes' et publié en 1814, en offrirent comme le complément. Les jugements de La Harpe sur les tragiques grecs ont exercé et exercent encore sur la manière dont on les juge dans le monde une trop fâcheuse influence, pour que je ne

doive pas m'arrêter ici à faire ressortir tout ce qu'ils ont

selon moi, de léger, d'erronné. Ce sera répondre, implicitement, à beaucoup de détracteurs de la tragédie grecque ;ce sera résumer quelques-unes des vues générales auxquelles peuvent se rattacher les nombreux et longs

développements contenus dans ces Études.

Je commence par rendre hommage aux qualités éminentes qui distinguent la critique de La Harpe. Personne n'estime, plus que je ne le fais, le bon sens qu'il porte dans l'examen des compositions littéraires; bon sers sévère

et incorruptible, que ne peuvent séduire' tous les agréments du bel esprit, tous les prestiges du faux goût, auquel ne se dérobe aucun vice de pensée ou de style aucun

1. Marmontel donne de ces belles expo>ilions des exemples au'il prend non-seulement chez Sophocle, mais encore chez Eschyle auquel La Harpe a fort mal à propos refusé un tel genre de mérite. '

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