Éditeur d'Eschyle et d'Euripide en 1794, etc
10. Éditeur d'Kschyle et d'Euripide en 179.^, 1797, etc. Lo^ travaux de Blomfield sur Kschyle, d'Elmsley sur Sophocle et Euripide, de Monk sur Euripide, sont de ce siècle, et datent de 181 1 et années suivantes.
SUR LA TRAGEDIE GRECQUE
à d s controverses passionnées sur la supériorité ou des anciens ou des modernes, pour qu'il leur soit resté le loisir de
chercherdanslesproductionsdes tragiques grecs autre chose que des arguments à l'appui de leurs thèses contradictoires.
Je ne vois pas qu'il ait été aucunement parlé de cesbelles œuvres, au dix-huitième siècle, dans les Essais de Tomple sur les anciens et les modernes, sur la poésie, de Hume sur la tragédie ; qu'il en soit beaucoup question dans le Traité de la poésie dramatique, publié par Dryden, en 1667*. dans le Spectateur d'Addison qui commença à paraître en 1 7 11 ^. Et
véritablement, quant aces derniers, l'esprit qui les porta, l'un à dissiper follement, pendant tant d'années, les trésors
de sa brillante poésie, dans ces pièces d'un genre bâtard, romanesques jusqu'à l'invraisemblance, comme trop souvent celles des Espagnols, galantes jusqu'à la fadeur, comme trop longtemps les nôtres, et qualifiées pompeusement d'héroïques ; l'autre à défigurer systématiquement,
par une imitation outrée de notre galanterie tragique, Taustère sujet de Gaton; cet esprit n'était pas de nature à leur faire rechercher, goûter les purs modèles de la Grèce, à leur en communiquer la parfaite intelligence.
Chose singulière ! le grand, le vrai génie dramatique,
qu'offusquèrent passagèrement ces productions d'un art factice, mais qui, reparu plus brillant, illumine seul
aujourd'hui la scène tragiquo de Londres, ce génie inculte, dont ks Grecs étaient ignorés, et qui semble si
différent d'eux, se trouve précisément celui qui les a le
plus vivement rappelés au souvenir, à l'attention do la
critique anglaise, qui les lui aie mieux expliqués. Quand
elle a cherché dans toute la suite de l'histoire littéraire un poète qu'elle pût mettre à côté do son Shakspearc,
pour l'énergie, la hardiesse, la grandeur, le merveilleux,
1. A la fin de 1607 ou au commencement de 16G8, selon Waller Scoît, Vie de John Dryden. L'auteur revit avec un soin particulier son ouvrage et le réimprima en 1684. M. Villemain en a donné une fort intéressante analyse dans son Tableau du xviW siècle, V^ leçon.
2. Dans le 41' numéro du Spectateur, il est fait sur \ Electre deSopiiocle quelques lemarques traduites par M. Villemain, ibid.,\i'' leçon, et par M. Mézières, Enctjciopédie moraley ou choix des Essais du Spectateur,du Babillard el du Tuteur. Paris, 1826, t. I, p. 153.
JUGEMENTS DES CRITfOUES
lUui a fallu remonter jusqu'au vieilEschylc, et ic rapprochement de deux hommes de génie, séparés par la distance de tant de siècles et la complète dissemblance des genres, lui a fourni le sujet d'intéressants parallèles. J'en
ai donné des exemples* auxquels on pourrait sans doute
ajoutera II y aurait à faire, je le pense, dans les ouvrages des critiques anglais, au dix-septième et surtout au dixhuitième siècle ^ dans les préfaces et les notes des traducteurs assez nombreux qui, en Angleterre, se sont appliqués à reproduire Eschyle, Sophocle, Euripide*, une assez ample récolte d'observations ingénieuses sur certaines beautés, certains défauts, certains passages remarquables à divers titres des tragiques grecs. Mais y trouverait-on du caractère de .ces poètes et de leur art une expression plus complètement satisfaisante, plus dégagée de tout préjugé moderne, plus strictement conforme à la réalité antique, que chez les critiques italiens et français de la même époque? J'en doute fort, je le répète, et ne suis point rassuré à cet égard parce que je lis dans les leçons que le judicieux et sage Blair a répétées à l'université d'Edimbourg, pendant vingt-quatre ans, de 1759 à 1783, époque à laquelle il les fit enfin imprimer. Blair se forme de la tragédie une idée générale, abstraite,
1. Voyez t. I, p. 233, 236. Cf. p. 228, 303. sq., 343, sq., 3C0, 3G4.
2. Un fort bon parallèle des deux poètes a été tracé, à propos de Macbeth, par Cumbcrland, dans le 6G« numéro de ÏObservoteur.
3 Par exemple, dans les Éléments de critique de lord Kaimes (voy. ch. xxni),dans VEssai sur le génie et les écrits de Pope par Warton (voyez édition de Londres, 1756, t. F, p. 75, 164, 362; II, 162); dans le Commentaire sur l'Art poétique d'Horace, par Hurd, 1776 (passim); «ans les Essais de morale et de littérature, par Knox, 1779 (voyez
t. I, p. 181 sqq.). Plus près de nous, on pourrait consulter les Commentaires sur le savoir classique, par Urquhart 1802, et Tes nombreuses revues anglaises, comme la iîerwe d'Edimbourg, vol. xlvii, xlix.
4. Les trois tragiques grecs ont été traduits par Potter en 1777 , 1781, 1788; Sophocle l'a été par Adams en 1729, par Franklin en 1768. Dans une des éditions de Touvrage de ce dernier, celle de 1766, se
trouve une dissertation sur la tragédie des anciens. Le Lexicon hihliographicum d HofTmann, auquel j ai dé, à renvoyé, mentionne un assez grand nombre de traductions partielles, faites en Angleterre, jusqu'à nos jours, d'Eschyle, et surtout de Sophocle et d'Euripide. Le crayon de Flaxmann, qui a si énergiquement interprété Homère et Dante, a rendu le même service à Eschyle en 1795.
SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE. 3R3
entièrement indépendante des diversités qu'apporte àl'art
la différence des temps et des lieux; il en exclut le mer-
vcilleux comnrie manquant de vraisemblance, la fatalité comme immorale, le chœur parce qu'il lui semble d'une
intervention peu naturelle et gênante, c'est-à-dire qu'il ne
laisse presque rien subsister de ce qui constituait la tragédie grecque. Gomment s'étonner que, tout en célébrant les grands poètes, ses représentants, il les caractérise
d'une manière si vague?
L'Allemagne, cette patrie savante de tant d'excellents
éditeurs, d'excellents commentateurs des chefs-d'œuvre
tragiques de la Grèce, cette patrie des Ganter*, des Valke-
nacr^ des Schûtz', des Erfurdt*,des God. Hcrmann% des Matthiae%des Dindorf, et de tant d'autres ^ a dû, dans
la seconde moitié du dix-huitième siècle, à des circonstances qui lui sont propres, les jugements les plus libres, les plus vrais, qu'on ciit encore portés, chez les modernes, sur ces antiques monuments. Elle voulait sortir
de l'ornière où la retenait depuis des années l'imitation
servile de la France ; elle préludait par la critique à la
création d'une littérature, s'il était possible, plus originale; elle fut naturellement amenée à jeter sur les tragédies des Grecs un regard plus dégagé des préoccupations particulières qui en avaient rendu ailleurs l'intelligence difiicile, à ne les rapporter qu'à leur règle, les lois générales de l'art, à leur modèle, les traits universels de la nature humaine, les mœurs de la société grecque. Une autre cause, et puissante, contribua à la pousser dans cette bonne voie. Les arts de la Grèce se tiennent de si près, et
forment entre eux une chaîne si étroite, qu'on ne peut en
éclairer un seul sans que les autres ne brillent à l'instant