partie, m', iv*, ix', xxxv", xuir leçons
4. Ch. X et XI. Il m'a éié donné de m'étehdre davantage sur ce livre dans deux articles du Journal des Savants, cahiers d'août 1859. n 453d'avril 1860. p. 230. a •>.
SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE
poètes lyriques, célébré et traduit, avec une vivacité d'émotion, une éloquence que les années n'avaient pas refroidies, Eschyle, Sophocle et Euripide.
De tels exemples ne pouvaient être perdus pour ses collègues, ses successeurs, restés ses disciples. Aussi ont-ils t'ait bien souvent intervenir la tragédie grecque dans leurs leçons et dans leurs livres. Sa place est particulièrement considérable, nos Études l'ont plus d'une fois rappelé, dans le Cours de littérature dramatique, où M. Saint- Marc Girardin, d'abord avec sa vive parole, depuis avec son style si naturellement spirituel et élégant, en littérateur instruit et judicieux, comme aussi en moraliste, a rapproché les théâtres anciens et modernes au point de
vue spécial de l'usage des passions dans le drame*. Dans
les volumes, malheureusement posthumes, où en 1863, en 1864 encore, J. J. Ampère continuait de retracer, avec tant d'intérêt, l'Histoire romaine à Rome, il n'a pu faire le long inventaire des œuvres de l'art grec rassemblées
dans l'ancienne Rome, et passées depuis en partie dans les musées et les cabinets des modernes, sans les expliquer, comme il lui convenait, savamment, ingénieusement, par des souvenirs le plus souvent empruntés à la
tragédie grecque.
L'action heureuse qu'a exercée, depuis le commencement du siècle, on vient de le voir et j'ai été heureux de le montrer, sur nos constants progrès dans l'intelligence ou philologique ou littéraire de la poésie tragique des Grecs, notre enseignement public ^ se continue sans relâche,'et dans l'Université et au dehors, par l'émulation
1 . Cour^ de littérature dramatique ou De Vusage des passions dans ie drame, 4 vol. in-12, I843-I86O. .
2. On a rappelé ailleurs la part qu'y ont prise, en 1823 M. Fnurtpl par la publication de la Lettre de Manzoni sur l umle de temps et de
lieu daks la tragédie (voyez notre l. II, p. 279); en 1834, M D. Nisard
par un intéressant chapitre de ses Etudes de mœurs etde critiques sur iesmëtes latins delà décadence (voyez notre t. II, p. lo4); M. Kgger, enfin, non-seulement, coname M. Rossignol, au Collège de France par son cours de littérature grecque à la Faculté des lettres, mai^ en IbiO, par sa traduction de le. Poétique d'Aristote, par son Ewai|ur/hts«02re de la critique chex les Grecs (voyez plus haut, p. 324, âi^, 6ld etc.},
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JUGEMENTS DES CRITIQUES
de maîtres habiles, d'hommes de lettres distingués, à en
multiplier les éditions*, les traductions, les commentai-
res^ Chez tous paraît diversement ce même sentiment de
1. On doit citer, dans Ja Bibliothèque grecque de MM. F, Didot, en 1824. 1843, celles de Sophocle et d'Euripide auxquelles la collaboraLion de M. L. Benlœw, le grand travail de crilique et d'interprélation de M. Th. Fix ont ajouté beaucoup deprix; et parmi les éililijns partielles incessamment publiées, dans l'intérêt des études, par nos librairies Classiques, pariiculièremeni celles de M. Guigniaut.los plus anciennes en date, de MM. Ph. Lebas, Berger, Stiéveiiart, Benlœw^ Delzons, Marie, etc. J'ai eu plus d'une lois l'occasion d'y renvoyer mes lecteurs.
De 1858 à la présente année 181)6, M. H. Weil, prolesseur de littérature ancienne à la Faculté des lettres de Besançon, donné à l'Universilé de France par la docte Allemagne, a fait paraître dans son ancienne
patrie un Eschyle, aujourd'hui à peu près complet, dont le texte esl
établi avec beaucoup de science et de sagacité critique. Une étude approfondie de son auteur Ta conduit quelquefois à des vues nouvelles,
dignes d'une très sérieuse attention. Voyez, avec ses préfaces et ses
potes latines, deux dissertations ainsi inlilulées: ReslihUion d'u^chœur d^Eschyle; De la composition symétrique du dialogue dans les tragédies d'Eschyle [Journal général de l'instruciion publique, 1859, n» 50 p. 397; 1860, n- 21, 25, 26, p 186, 194,201). Il y avait préludé en 1849 par un aperçu sur Eschyle et les origines de la tragédie grecque ; en 1845, par une thèse latine dont il sera question plusloin.
2. J'ai rapporté, t. I, p. 268 sqq., 289 sq.i.; II, 84, 303 sq. 321 sq., 32o siq. , quelques passages des traductions en veis qu'avaient entreprises, après Legouvé (voyez notre t. I, p. 273), après M. J. V. Le
Clerc (voyez noire 1. 11, p. 81, sqq. et le Journal des Déhais, à^i 23 juillet 1842), deux professeurs très-regrettables : M. Anceau, dont à ne reste que de courts fragments j M. Puech, qui nous a laissé deux tragédies eniièrement traduites, lesChoéphores, le Prométhée d'E<chyle,
Paris, 1836, 1838, et se préparait, quand s'est interrompu son travail'
à publier les Sept Chefs. Depuis on est entré en foule dans cette voie J'ai cité en leur lieu, t. I, p. 198, 273, 351 ; H, 4, 94, 201. 262, 272. 293, 305, 329, 340; III, 61, 316, 330, 375.; IV, 475 les traductions envers, complètes d'Eschyle, par M. S. T. G. Biard, en 1837; par M. F. Robin, en 1846; de Sophocle, par M. V. Faguet, en 1848; par M. F, Robin, en 1850; par M. Th. Guillard en 1852; les traductions partielles toujours en vers, soit de morceaux choisis d'Eschyle, par M. H. Terrasson, Génin du tlicdtre grec primitif, 1817; des trois tragiques grecs, vàT U. mgne, Anthologie dramatique du théâtre grec, 1846; soit de certains chefi-d'œuvre entiers d'Eschvle, de Sonhocle
pide par M. L. Halévy, la Grèce tragique, 1846-1861 : enfin beaucoup d'essais isolés dont il serait trop long de reproduire ici les titres Une exception doit être faite pour VOreslie de M. P. Mesnard, 1863;"pour VŒdipe roi de M. J. Lacroix, porté sur la scène française en 1858, ainsi qu'en 1863 VÉlectre de M. L. Halévy; enfin pour'le Cyclope de M. J. Autran, 1863. Quant aux versions en prose, on doit citer surtout et je n'ai pas négligé de le faire dans l'occasion, avec les nombreux
SUR LA TKAGÊDIE GRECQUE. 3^7
rantîquîté, désormais plus libre, plus vrai, qui préside à
CCS sortes de travaux.
Plusieurs causes ont contribué à affranchir ainsi notre
morceaux traduits d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide, dans un ouvrage réimprime en 183F,, sous ce titre : De la r)oesie primitive et de la poésie tragique des Grecs, par M. Kabre dolivet, les traductions d'Eschyle par MM. Pierron, 1841, Ad. Bou.Uet, 1805; de Sophocle, d'Euripide, par M. Artaud, 1827, 184>: de Sophocle par M. Bellaguet, 1845-, des deux Œdipe, de VAntigone, par M. Boyer 1842, 1843 essais qui faisaient espérer une bonne traduction complète ; de VŒdipe rof, par M. Croizet; de VIphigcnie à Aulis par M Poitier etc Je rappellerai à part des traductions de VŒ>hpe a Colone et des
Perses publiées à Orléans. Elles ont servi, k 29 juillet 18o7 , le 7 mai
1862, de livret, pour ainsi dire, aux intéressantes représentations OU , comme précédemment le PUiloctèle (voyez noire t. H, p. 149) 1 Œdipe
à Colone ^i les J>mr5, Meur tour, et dans le texte ancien et avec
"accompagnement moderne d3s beaux chœurs de Mende!ssohn , ont ^té récités Chantés, joues, non sans une émotion intelligente et sans un art naïf, par les é4ves du petit séminaire d'Orléans, dpvant leur lirne pasteur, si zélé pour le maintien des fortes études et si gracieusèmenl empressé à faire partager aux amis des lettres le plaisir de cesfèles classiques. Je ne négligera, pas .le rappeler fpisod|quemcnt, nue quelques jours avant une de ces représentations le 7 juillet l8o7, le Piufu.v d'Aristophane, représenté de môme, avec beaucoup de verve, parles élèves du petit séminaire de Caris, avait offert, par avance, comme ia petite pièce de ce noble et savant spectacle.
m me soit permis de comprendre sous l'expression çénérale de commentaires des dissertations nombreuse s et diverses présentées comme
thèses À nos Facullcs des lettre^. Jai bien souvent trouvé et même
cheiché l'occasion de les signaler;, l'intérêt de mes lecieu.s. Onaimera
peut-être à en repasser ICI la liste, par ordre de dates. Sur les chœurs des tragédies grecques, parA. J.Ducasau, Pan , 1813.
at' r &c^es'!^E!ïile,desI^^^^^^^ Sophocle.d^Euri. vide deCrêbillon,eldeVOrestede Voltam, parAnce^u, Pans 1817 ^ ê:^Zendernippolytc d^Euripide, de l\Hippolyte de Seneque et de la Phpdre de Racine, par Lecouturier, Pans, lel».
Lrera^ed^^V^cQue considérée dans quelques-uns Je ses rapports aicc la traqéd'ie française, i^a^rL.Fen^èvc, Pans 1829.
Dissertation sur k drame que les Grecs appelaient satynque, par
Rossignol, Paris 1830.
De/a tragédie <7rfc(?u?, par Raison, Dijon, 1831.
Analyse critique de la Poétique d'Aristotc, par Th. H. Martin, Pa-
'^'tl^:\^L^i:!s^^^tl^ "^^^^^^^JSS'orecque, par
'^^I;,^ colnl^ del'lpkigènie à Aulis d:E.^ide et dcVIpkigcnie en AuUde de Racine, par Si^'uy, Toulouse 1838
Du théâtre traqiqùedes Grecs, considère sous le rapport de la philosophie dramatique, par Maignien, Lyon, 1839.
Étude tur Sophocle, par de La Chapelle, Caen, l«4i.
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JUGEMENTS OES CRITIQUES
jugement. Les formes de la tragédie française, usées par
la médiocrité, ont fini par nous paraître moins strictement
obligatoires. La connaissance, de plus en plus répandue
des divers théâtres modernes a accoutumé notre goût à ce qui jusque-là le blessait. Enfin les entreprises aventureu-
De Euripidis Medea, par G. Caboche, Paris, 1844 H!^\v[ff%t^rmb^^'^^^'^ "^""^ ''^^'"* putiicts conjunctione, par
Exameji des Poétiques d'Arùtote, d'Horace et de BoileOM, par A. iNisard, Pans, 184d. '^
Du merveilleux dans la tragédie grecque, i^îiv E. Roux. Paris, 1846.
DeSophocleœ dichoms proprietate, cum vEschyli Euripidis que dicendi génère comparata, par L. Benlœw Paris 1847
De Euripidis vita et fahulis, par Lapaume, Dijon. 1850
Paris ^fsôl *"'^*''*'^ ^* comica in tragœdiis Euripidis par E. Moncourt,
Etudes sur Eschyle, par P. L. Enault, Caen, 1851. De Aristophane Euripidis c^^^^ par F. Blanchet. Paris, 1«55. Parallèle d un épisode de l'ancienne poésie indienne avec des poèmes de l antiquité c/assique, par A. DitftndY^ Paris 1856
3[orale d'Euripide, par L. Mai^'nien, Paris, 1856 Le poète L Attius, Etude sur la tragédie latine pendant la République, par G. Boissier, Paris, 1856. ^
De varia Ulyssis apud veteres poetas persona, par Em. Gebhart, 1860. Deiambtco versu;utrum m grœcarum tragœdiarum diverbiis lam^
bicus versus cum modulatwne et ad tibias cantatussit, an nuda reci- 1862'*^' "'*^ ''^''^''"'^ concentu, sit pronuntiatus, par A. Ed. Chaignet,
Némésis et la jalousie des Dieux, par Ed. Tournier, 1863
A cette liste j'ajouterai d'aiiires disserlations qui n'y anparliennent pas comme thèses, qui se sont produites hors de notre uL versilé e même hors de France, mais dans notre langue • ^niversiie, ei
isfr'^^'* ^^'^'^"^ ^^ ^^ ^^^yédie de Rhésus, par Th. Borel, Genève, LoSfmr'^"''^'^"''""^'^"'"''"'' ^'Euripide, par Fr. Capelie,
^l^ll^l^^l^"" f^^^^'^^ ^^^^^ par Fr. R. Cambouliu,
nf. %^,^;^^J^ 9r^-'^ Pp'ncipibus, par M. Viangali, Paris, 1855.
trnnJ iTr "^^ ^""P^f^'^, ^ propos de la représentation de cette tragédie à Orléans, par Ch. Lenormanl, 1855 (extrait du Correspon-
^mde sur Euripide, i^^vk. Baron (voyez ses œuvres, Bruxelles,
Cette récapitulation serait incomplète si je n'y comorenais les chapitres substantiels consacrés à la tragédie grecq^ue par M T P erron dans son Histoire de la liltérature gtecquef Paris, I8b0 ^^^^rioil
SUR LA TRAGÉDIE GRECQUE
SCS de nos auteurs dramatiques pour obtenir à tout prix
du nouveau,n'en fût-il plus au monde, nous ont enlevé nos
derniers scrupules. Nous nous sommes trouvés, un certain jour, en présence des tragiques grecs, dégagés de tout préjugé d'école, de toute prévention nationale, disposés à
accepter docilement leur poétique et leurs sujets, à ne demander à leurs œuvres que les émotions universelles de la terreur, de la pitié, de l'admiration, que le plaisir de contempler, SOUS le costume grec, les traits de la nature humaine. Il y a des voyageurs qui ne sortent de leur pays
que pour le retrouver partout, qui se cherchent avec curiosité chez les étrangers, s'admirent complaisamment dans
ceux qui leur ressemblent, et sont, au retour, aussi avancés qu'avant dêtre partis. Nos critiques avaient trop longtemps voyagé de même dans les littératures étrangères et
dans celles de l'antiquité. Nous nous sommes à la fin
gardés de leurs itinéraires ; nous avons évité soigneusement leurs traces, et, pour notre instruction, pour notre
plaisir, cherché de préférence ce qui s'éloignait davantage de nos idées, de nos habitudes, étudié ces diversités de
goût et de manière que produit nécessairement la différence des temps et des lieux. Nous ne nous sommes plus étonnés que les anciens, dont la religion, dont les institutions politiques et civiles, dont les usages, dont les mœurs ne ressemblaient guère aux nôtres, ne nous fussent pas
entièrement semblables dans ce qui est, par tout pays et
à toutes les époques, l'expression vivante de la civilisation, dans la littérature et dans les arts. Nous ne les avons plus condamnés légèrement d'après les théories de nos
critiques, et même d'après les chefs-d'œuvre de nos poètes ; et comme l'on s'était moqué avec raison de ces superstitieux adorateurs de l'antiquité qui, vivant en Grecs et en Romains, au milieu de la société moderne, paraissaient seuls ne rien comprendre au génie nouveau des Corneille et des Racine, à la naissante merveille du Cidet
d'Andromaque, nous avons craint de porter, par une frivolité fort voisine de leur pédantisme, au théâtre de l'antique Athènes les préjugés d'un Parisien, les axiomes
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d'un habitué du Lycée ou de rorchestre des Français.
Jamais nous ne nous étions trouvés dans de si favorables dispositions pour comprendre et goûter la tragédie grecque, et jamais cette tragédie, qui créa autrefois notre art dramatique, n'avait pu lui être si utile. Ce qu'il avait dans l'origine, et ce que lui ont retiré par degrés la recherche d'une régularité trop exacte, d'une dignité trop
sévère, d'un effet trop souvent acheté par le sacrifice de la vérité, enfin cette foule de règles conventionnelles dans lesquelles l'ont emprisonné et mis à la gène les faiseurs de poétiques ; ce qu'il a depuis poursuivi, mais follement, dans des routes perdues, au delà des limites de la raison et du goût, une liberté sans extravagance, un nature] sans bassesse, de Tintérêt sans ressorts factices et forc'S, la tragédie grecque, mieux que d'autres modèles d'une autorité moins sûre, pourrait le lui restituer. On ne sait pas, disait Hésiode aux hommes du vieux temps, avec son
lai; gage poétiquement proverbial, ce qu'il y a de richesse dans les plantes les plus viles, dans la mauve et dans l'asphodèle* ; et nous, nous en sommes venus à ignorer quels trésors de beautés, d'émotions dramatiques se trouvent encore dans ce qu'on croit épuisé et vulgaire, les affections générales de l'âme, les relations ordinaires de la société, un ordre simple et. naturel d'aventures ; combien, au contraire, sont indigentes ces sources où l'on puise à l'envi, les complications romanesques, les accidents étranges, les mœurs de fantaisie, les passions, les caractères
d'exception, les monstruosités morales, ce qui n'est point l'homme, ce qui n'est point la vie, ce qui n'appartient ni à la nature, ni à l'histoire. Les tragiques grecs, qui nous ont tant appris, peuvent nous apprendre cela encore; c'est une des leçons qu'ils nous gardent, et que l'auteur de ces Eludes voudrait avoir fait sortir de leurs œuvres.