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SUR LA POÉTIQUE U ARISTO'IR
.... Il s'en faut bien que la tragédie nous renvoie chagrins et mal satisfaits, la comédie tout à fait contents et de belle humeur ; car, si nous apportons à la tragédie quelque sujet de tristesse qui nous soit propre, la compassion en détourne Telfet ailleurs, et nous sommes heureux de répandre pour les mauxd'autrui les larmes que nous gardions pour lesnôtres. La comédie, au contraire, nous faisant laisser notre mélancolie à la porte, nous la rend lorsque nous sortons. Il ne s'agit
donc que du temps que nous employons au spectacle, et que
nous ne saunons mieux employer qu'à la pitié....
M. Egger ne se borne pas, dans son analyse raisonnée des principes de la Poétique^ à rapprocher Aristote de luimême, très-souvent il le rapproche de Platon, et il surprend entre les doctrines de l'illustre maître et celles de l'illustre disciple, si divergentes qu'elles soient, ou qu'elles paraissent, des ressemblances inattendues. Ainsi, le poëtc d'Aristote *, qui n'imite pas la réalité même, mais le général, le vraisemblable, le possible, qui n'a pas son modèle hors de lui et le trouve par conséquent dans sa propre pensée, lui paraît à peu près le même que le poète de
Platon, lequel réalise un type accompli du beau résidant au fond de son âme : « Ce n'était pas la peine, dit-il à ce sujet, de proscrire si sévèrement les idées de Platon, pour être sitôt ramené, par une irrésistible logique, à les rétablir presque sans changement dans la haute région de l'art. »
Une épreuve à laquelle M. Egger soumet fréquemment les principes d'Aristote, c'est de les confronter avec les données de l'histoire littéraire, que le philosophe paraît leur
avoir quelquefois trop systématiquement, trop arbitrairement accommodées ; avec les monuments de la littérature, dont il a la prétention de les tirer, et auxquels cependant ils ne s'appliquent pas toujours bien exactement. Les divers genres de la poésie se sont-ils succédé chez les Grecs absolument selon l'ordre symétrique qu'il suppose ? Est-ce
bien, comme il ne paraît point en douter, Homère qui a
donné, dans le MargUès, le modèle de cette imitation du
mauvais d'où devait résulter la comédie? Homère, d'autre 1. Poét. IX, I.
ET l'histoire de LA CRITIQUE CHEZ LES GRECS. 413
part, est-il bien le poète épique savant, réfléchi qu'il se ligure? ne diffère t-il de ceux qui l'ont suivi que par une plus profonde intelligence du but et des moyens de son art, une habileté plus consommée, ou bien était-il placé dans des conditions tout autres, dans une situation particulière, aujourd'hui mieux comprise, qui ne permet plus
de confondre, avec les épopées naïves des premiers âges,
les épopées artificielles d'une civilisation plus polie ? Les chefs-d'œuvre d'Eschyle, de Sophocle, d'Euripide, sont-ils tous bien conformes aux règles imposées par la Poétique à la tragédie ; et pour Texplication entière du théâtre grec suffit-il d'un traité oii il n'est question ni de cette forme primitive, désignée parles noms de tétralogie, de trilogie, qui donnait à la tragédie des dimensions, une allure analogues à celles de l'épopée; ni de la comédie, autrement que par une simple définition; ni enfin de ce drame singulier qui, par rintervention de l'antique chœur des satyres, ramenait les représentations dramatiques à l'esprit
bachique de leur origine, et auquel le mélange du sérieux
et du bouffon a fait donner dans l'antiquité le nom de tragédie en belle humeur, nai^ouaoL TpaYwôia*? Toutes ces questions, et d'autres qui s'y rattachent, M. Egger les traite, soit dans son texte, soit dans ses notes ^, d'une manière savante, judicieuse, quelquefois élevée, et avec une louable indépendance de jugement.
C'étaient aussi les mérites d'une thèse' présentée il y