Rotrou, Saint-Genest
ET l'histoire de la critique chez les grecs. 423
(jucmraent des dissertations et des censures, qui faisaient de lui un critique ingénieux et mordant.
Dans une scène de son Antiope^ scène célèbre, perpétuellement citée par les anciens, mais pour autre chose assurément que pour son caractère tragique, Amphion etZéthus disputaient ensemble sur les avantages réciproques de la musique, c'est-à-dire de la culture de l'esprit et des exercices du corps.
Çà et là se rencontre dans son théâtre la peinture satirique des sophistes et des orateurs du temps.
Mais c'est dans ses Phéniciennes^ dans son Electre^ qu'il fit véritablement office de critique, au sens littéraire de ce mot, y tournant en ridicule, y parodiant les portraits des Sept chefs et la reconnaissance des Ghoéphores, se vengeant ainsi, sur le grand poète que lui opposait la malveillance,
des attaques de ses détracteurs.
Si la critique littéraire a pu se montrer sous la forme de la parodie, de la satire, dans la tragédie des Grecs,
il ne faut pas s'étonner de la rencontrer avec ce caractère dans leur comédie. C'était un des éléments principaux de celle qu'on appelle du nom à' ancienne. Celle-ci
toute personnelle dans ses attaques, qui, ne respectant
pas les dieux mêmes de l'Etat, forcés comme les citoyens
d'entendre la plaisanterie, faisait une guerre si vive aux orateurs, aux généraux, aux philosophes, n'épargnait pas. on le conçoit, les rhéteurs, les écrivains, les poètes. Les œuvres d'Aristophane en oiïrent presque à chaque scène des témoignages.
Par exemple, il poursuit partout de ses sarcasmes les poètes dithyrambiques, no pouvant se lasser de reproduire l'image grotesque de leur style amphigourique. Le,
poëte dithyrambique Ginésias, volant, dit il, vers l'Olympe
sur ses ailes légères, allant à travers l'espace chercher
dans les nues des idées aériennes et vaporeuses, puiser à
la source d'un genre qu'il appelle nébuleux, ténébreux^ Ginésias vient des premiers demander droit de cité dans la ville des Oiseaux,
D'autres fois, ce sont les poètes comiques, ses con-
SUR LA POETIQUE D ARISTOTE
l'attention de quelques-uns des écrivains qui, de notre temps, se sont spécialement occupés de Ihistoire et de l'apprécialion du théâtre grec*. M. Egger Ta mis dans une lumière nouvelle par une exposition que la richesse de son érudition et la spécialité de son sujet lui permettaient de rendre plus complète, et sur laquelle des détails bien choisis et groupés avec art, des citations piquantes-
qu'on voudrait seulement plus nombreuses, ont répandu
beaucoup d'intérêt. Résumons, un peu d'après ses devanciers, et beaucoup d'après lui, les principaux traits de
l'histoire de la critique grecque au temps oii les critiques proprement dits n'étaient point encore venu^, où le feuilleton, pour ainsi parler, se produisait au théâtre même, encadré dans quelque belle œuvre dramatique.
Nous avons eu nous-mêmes de ces feuilletons quand Molière, dans la Critique de l'École des femmes^ dans V Impromptu de Vtrsailles, dans quelques scènes du Misaii'
tUropi'. et des Femmes savantes^ réclamait contre d'injustes censures, invojuait les vraies, les simples lois de l'art, châtiait par le ridicule le pédantisrae et l'affectation; ou bien encore, en remontant plus haut, quand Kotrou, par la bouche de l'acteur Genest^ parlant du théâtre et de ses récents auteurs, à Dioctétien, rendait un noble hommage
aux chefs-d'œuvre de Corneille :
Ces poèmes sans prix, où son illustre main D'un pinceau sans pareil a peint Tesprit romain •.
Ce qui n'est dans la tragédie de Rotrou qu'une allusion,
et une allusion bienveillante, a chez Euripide un tout autre
caractère, quelque chose de plus direct, de plus développé
et quelquefois de bien amer. Par une infraction condamnable aux vraisemblances de son art, il se permit très-fré-
tique
. Voyez particulièrement, en 1808, le Cours de littérature drama- ..^.le de W. Schlegel, leçon V« ; en 18'^3, les Éludes sur les tmgiqus grec'i, de l'auteur de cet article, livre V; en \Sib, Un Mémoire de M. Hamel, professeur de littérature ancipnne à la Faculté des lettres
de Toulouse, inséré dans le^ Mémoires de lAcadémie de cette ville,
et qui a pour titre : Sur la critique littéraire dans Aristophane. 2. Hotrou, Saint-Genest , 1, 5.
ET l'histoire de la critique chez LE6 GRECS. 423
quemment des dissertations et des censures, qui faisaient de lui un critique ingénieux et mordant.
Dans une scène de son Antiope, scène célèbre, perpétuellement citée par les anciens, mais pour autre chose assurément que pour son caractère tragique, Amphion etZéthus disputaient ensemble sur les avantages réciproques de la musique, c'est-à-dire de la culture de l'esprit et des exercices du corps.
Çà et là se rencontre dans son théâtre la peinture satirique des sophistes et des orateurs du temps.
Mais c'est dans ses Phéniciennes^ dans son Electre^ qu'il fit véritablement office de critique, au sens littéraire de ce mot, y tournant en ridicule, y parodiant les portraits des Sept chefs et la reconnaissance des Ghoéphores, se vengeant ainsi, sur le grand poète que lui opposait la malveillance, des attaques de ses détracteurs.
Si la critique littéraire a pu se montrer sous la forme de la parodie, de la satire, dans la tragédie des Grecs, il ne faut pas s'étonner de la rencontrer avec ce caractère dans leur comédie. C'était un des éléments principaux de celle qu'on appelle du nom d'ancienne. Celle-ci toute personnelle dans ses attaques, qui, ne respectant pas les dieux mêmes de l'État, forcés comme les citoyens d'entendre la plaisanterie, faisait une guerre si vive aux orateurs, aux généraux, aux philosophes, n'épargnait pas, on le conçoit, les rhéteurs, les écrivains, les poètes. Les œuvres d'Aristophane en offrent presque à chaque scène des témoignages.
Par exemple, il poursuit partout de ses sarcasmes les poètes dithyrambiques, ne pouvant se lasser de reproduire l'image grotesque de leur style amphigourique. Le, poète dithyrambique Cinésias, volant, dit il, vers l'Olympe sur ses ailes légères, allant à travers l'espace chercher dans les nues des idées aériennes et vaporeuses,^ puiser à la source d'un genre qu'il appelle nébuleux, ténébreux^ Cinésias vient des premiers demander droit de cité dans
la ville des Oiseaux,
D'autres fois, ce sont les poètes comiques, ses con-
SUR LA POÊIIQUE D ARISTOTE
frères, qu'Aristophane prend à partie; il leur reproche leurs plagiats, leurs redites, leurs éternels lieux communs de plaisanterie, leur comique vulgaire, et sans en avoir trop le droit, leur grossièreté, leur obscénité. Il
se vante d'avoir relevé, agrandi, épuré la scène comique.
Mais ce qui fait surtout les frais de cette satire littéraire, ce sont les poètes tragiques.
Et qui saurait sans moi que Colin a prêché?
a dit Boileau: sans Aristophane, nous ignorerions tout un peuple d'auteurs de tragédies dont il a traduit en ridicule les ouvrages et même la personne. Et ce n'est pas seulement à ce vulgaire qu'il en veut, c'est à ses chefs reconnus, à des poètes justement applaudis, à de grands poètes : Agathon, par exemple, dont il reprend, mais sans trop d'amertume, avec quelque mélange d'estime et
d'éloge, la poésie efleminée, l'atiéterie, la coque-Uerie ;
par exemple encore, Euripide, qu'il a poursuivi ail
inême titre que Socrate. Aristophane est du parti des
vieilles mœurs contre les nouvelles; au nom de l'antiquité il fait la guerre aux nouveautés politiques, philosophiques, littéraires. Il n'a pas tort assurément avec le démagogue Gléon, avec les sophistes qu'il a représentés sous le masque, si injustement choisi, de Socrate. De
même, malgré l'emportement de sa haine et les exagérations de ses censures, il a quelquefois raison contre Euripide, contre ses raisonnements subtils, ses fausses ma-
ximes, ses peintures séduisantes d'égarements coupables,
l'abus qu'il fait du pathéticjue, les moyens matériels par
lesquels il excite la pitié, la négligence expéditive de ses plans, la mollesse de sa poésie et de son style. Il démêle
tous ces défauts avec une singulière sagacité, les met plaisamment en relief par la raillerie, la parodie ; mais il Jie se croit pas chargé de faire valoir les beautés, qui les
compensent et les effacent ; il ne remplit qu a moitié son rôle de critique.
Dans les Acharniens' , Dicéopolis veut attendrir le 1. V. 407