V. 271-353. — 2. V. 419; mOuic tour, v
ESCHYLE
Tydée, qui « sonnent Tépouvante*; » c'est le frein des coursiers de rÊtéocle argien qui « souffle orgueilleusement '^ ». Ces petits détails peuvent faire comprendre quelle
hardiesse lyrique Eschyle imprime à son style dans ces morceaux mêmes qu'une analogie de mouvement et de caractère semble d'abord rapprocher de l'épopée.
Eschyle n'avait pas trop de toutes les ressources de son imagination pour animer et varier la matière uniforme et froide que lui offrait le plan de celte scène. Mais aussi, quelle vigueur de dessin, quelle vivacité de coloris dans ces portraits, dont la succession symétrique ressemble à Tordre d'une galerie ! quelle diversité frappante dans ces
figures toutes empreintes d'un même sentiment, la fureur
guerrière! qu'ils s'y détachent surtout, en traits caractérisiiques, et cet impatient Tydée qui, arrêté sur les bords de l'Ismène par les retarJements du devin, Taccuse de flatter lâchement la mort et le combat, s'éctie comme le dragon sifflant aux rayons du soleil, s'agite comme le coursier dont le souffle et les tressaillements hâtent le signal de la trompette*; et cet orgueilleux Gapanée, qui, dans son audace, n'a rien d'un mortel, qui veut renverser Thèbes malgré les dieux, sans se plus soucier du courroux de Jupiter tombant sur la terre en traits enflammés, de ses éclairs et de ses foudres, que des chaleurs du midi*; et ce Parthénopée, enfant viril, au visage paré des grâces du premier âge, mais au farouche regard, mais à Tâme cruelle''; et cet Amphiaraus, sage vieillard valeureux guerrier, résolu à mourir avec honneur pour une cause qu'il déteste ^ Que dire enfin de la richesse d'invention qui brille dans tous ces emblèmes % toutes
7. Un contemporain dEschyle, Pindare {Pyth., VIII, 64) en prêtait
de semblables aux fils des sept chefs, aux Épigones. Il introduisait
dans son ode Amphiarau?, qui s'écriait prophétiquement : a Je distingue.... je vois près des portes de Tlièbes, au premier rang des combattants, Alcméon, dont le bras agite le dragon tacheté peint sut
son bouclier.... » Les sept chefs ont aussi des boucliers ornés de figures emblématiques dan.s les Plimicienncs d'Euripide ( '. 1J03 squ'.J.
LES SEPT CHEFS
ces devises de guerre, antérieurs de tant de siècles aux ingénieux symboles de notre chevalerie; de la souplesse, de
Il promptitude d'esprit avec lesquelles le général thébaîn les explique à son avantage, et, selon le penchant superstitieux de ces temps reculés, les tourne en présages funestes contre ses ennemis?
On rtncoDlre dans ses réponses une idée et un tour dont les historiens latins, Tite Live, Tacite, et je crois aussi Quinte-Gurce, ont orné, sans doute par rencontre acci- (lentt'lle plutôt que par goiit d'imitation, leurs harangues militaires*. «Une riche armure n'a rien qui m'effraye s'écrie Étcocle. Des emblèmes ne font point de blessures. Que peuvent ces aigrettes, cet airain sonore, sans la
lance*? »
Quelque élincelante de beautés poétiques que soit cette scène, nous ne pouvons nous défendre^ accoulumrs que nous sommes à la vive allure de notre drame, de la trouver bien longue. Euripide * déjà, nous le verrons ailleurs*, en jugeait comme nous. Ce n'est pas cependant, comme il est visible, sans une raison dramatique qu'Eschyle Ta ainsi prolongée. Par tous ces développements lyriques et épiques il a voulu préparer l'explosion subite, inattendue, terrible, de Péléraent tragique que recelait son œuvre. Ainsi, quand
les nuages se sont lentement amoncelés, éclate tout à coup
la foudre.
L'espion a nommé, comme septième assaillant, Poly-
SeulemcRt le poète, faisant remarquer (v. 751), en critique reu respuciueux pour Eschyle, l'inconvenance d'un pareil détail descriptif au moment le plus pressant de l'action, Ta différé jusqu'au récit qui la
termine. Macrobe (V. 18) nous a conservé un passage de la tragédie de Meléagrc, par le même Euripide, où, parmi les héros rassemblés pour Ja fameuse chasse de Calydon, Télamon est représenté avec un aigle d or sur son bouclier. Dans le tome II pag:^ 438, des Mémoires de i Académie des Inscriptions et Bclles-Leitrcs, Fiaguier, jaloux de trou-
ver consacrée par les u âges de la plus haute aiiti(iuité une des fonc-
lions principales de sa compagnie, a peut-être accor )é aux emblèmes
guerriers, aux devises des spt chefs argiens et de leurs antagonistes ineDains, qu'il commente ingénieusement, dont il explique assez subtilement la diversité chez Eschyle et chez Euripide , un caractère trop historique. ^
1. Tit. Liv., X,39; Tac, Agric, xxii.- 2. V. 383-5. à. Phœniss.j 751 sq. — 4. Liv. II, ch. vi.
ESCHYLE. — 13
ESCHYLE
nice; à rinstant Étéocle se désigne pour son adversaire, emporté, malgré les rcprésenlations, les prières du
chœur, par sa haine impie, et se disant, se croyant peutêtre poussé par les imprécations paternelles et une irrésistible puissance. Ce poste, que son âme dénaturée eût choisi, il aime à croire que le destin le lui a fait échoir
en gardant^ au fond de son urne, les noms maudits des deux frères. Il faut citer l'admirable peinture de ce sombre
fatalisme qu'un âge barbare mêlait à ses passions féroces,
et dont la tragédie primitive fit le principal ressort du
drame.
l'espion.
Pour le septième chef, celui qui marche contre la septième
porte et qui, il faut bien le dire, n'est au Ire que votre frère, de
quelles fortunes il nous menace! Franchir nos tours, entrer en
roi dans cette ville, y faire retentir l'hymne de la victoire, et puis vous chercher et vous combattre, vous immoler, quand il devrait lui-même périr, ou, sMl faut que vous viviez, vous qui lui avez ravi l'honneur, vous flétrir à votre tour d'un exil déshonorant, voilà ses vœux ! il les proclame, il ose en prendre à témoin les dieux qui présidèrent à votre commune naissance, les dieux de la terre paternelle. Sur son bouclier, d'un travail récent et habile, se voient deux figures : l'une, ciselée en or, est celle d'un guerrier ; l'autre représente une femme qui le
conduit maje^ueiisement par la main. « Je suis la Justice, lui
fait dire l'inscription ; je ramènerai cet homme ; il rentrera dans sa patrie, dans la maison de ses pères.... »
ÉTÉOCLE
0 race que les dieux égarent, que les dieux détestent ! race déplorable d'OEdipe ! malheureux! maintenant s'accomplit la malédiction de notre père. Mais ce n'est pas le temps de pleurer ni de gémir; il ne faut pas par mon exemple donner naissance à d'importunes lamentations.... 0 Polynice! On saura bientôt ce que produiront tes emblèmes ; si elles te feront rentrer dans Thèbes, ces lettres d'or que le métal bouillant a tracées sur ton bouclier avec ton insolence. Peut-être; si celte fille de Jupiter, cette vierge céleste, la Justice, était pour quelque chose dans
tes œuvres et dans tes pensées. Mais jamais, ni quand tu t'é-
chappas des ténèbres du sein maternel *, ni dans ton enfance,
ni dans ta jeunesse, ni depuis que la barbe s'est épaissie sur ton menton, la Justice ne daigna t'honorer d'un regard ; et je