‹ Études sur les vases peintsChapitre 35 sur 72 · Hist. naL, XXXY · texte numérisé non relu

Hist. naL, XXXY

5S COLLECTIOiN CAMPANA.

les mouvements sont violents et forcés; ce qui manque surtout à ces sortes de compositions, c'est la grâce et le naturel, mais on y trouve beaucoup de naïveté. Et cependant, malgré toutes les imperfections qu'on peut signaler dans ces peintures, on est obligé de reconnaître une certaine habileté et un art qui tend à se développer. Tout n'y est pas maladresse ou ignorance ; il y a nombre de choses qui tiennent à des types reçus et de convention, consacrés par l'usage. Souvent dans ces peintures, surtout dans celles du iv® siècle, on s'aperçoit que la recherche et l'affectation de l'archaïsme cachent une main habile et exercée.

Les compositions ne sont guère variées et n'annoncent pas d'efforts d'esprit ; les figures sont rangées la plupart du temps les unes à la suite des autres, comme dans les bas-reliefs de style archaïque ; les poses sont presque toujours les mêmes, et dans le plus grand nombre des tableaux on a cherché à former des groupes qui se répondent et se balancent et où le parallélisme est poussé jusqu'à l'exagération, tant pour les poses que pour les gestes. Les processions de divinités, les scènes de combat, les chasses, les courses, sont traitées avec cette monotonie. Les groupes sont composés de deux ou de trois figures au plus, et de chaque côté se montrent des personnages d'un ordre secondaire qui sont plus ou moins nombreux, suivant l'espace qu'on tient à décorer. Mais, comme je l'ai déjà dit, les vases faits avec soin annoncent des procédés habiles et perfectionnés. Ainsi on peignait autour d'une coupe, sur les bords extérieurs d'un deinos, autour d'un couvercle d'amphore, de petits groupes de guerriers qui s'arment ou qui combattent; chaque figure, malgré sa petitesse, est achevée jusque dans ses moindres détails, les traits sont gravés avec une grande précision et une grande netteté, et les couleurs de retouche appliquées avec sûreté. Il en est de même, dans les grandes figures, des dessins et des broderies des vêtements, des détails des armures, des attributs, des ustensiles, des ornements, des écailles de poisson dans les figures de divinités maiînes. Malgré ce soin minutieux et exagéré, on ne peut souvent se refuser à reconnaître dans certaines de ces peintures une vigueur de dessin remarquable.

Naturellement il n'est question ici que des vases fabriqués avec soin. Car dans la masse immense de vases à peintures noires disséminés sur tous les points de l'Europe, il en est une quantité qui ne sont que des poteries décorées par des artistes peu habiles, et dans l'antiquité ces sortes de produits ne pouvaient être que des objets d'un prix des plus modiques. Mais le nombre des beaux vases est si considérable, qu'il est facile de se faire une idée des traits caractéristiques de ces peintures et de porter un jugement certain sur leur mérite.

Si maiiitenaat nous jetons un coup d*œil sur les sujets traités par les céramographes qui excellaient dans les peintures noires, nous y trouvons des réunions de divinités, des processions, soit que les personnages marchent à pied, soit qu'ils s'avancent dans des chars. On rencontre souvent les divinités delphiques, Apollon, Diane et Latone ; mais les représentations bachiques dominent et très-souvent sont reproduites au revers d'autres sujets. D'habitude Bacchus paraît au centre, toujours barbu, vêtu d'une tunique talaire et tenant ou le canthare ou le rhyton et un cep de vigne ; souvent le dieu est accompagné d'Ariadne; des satyres, des silènes et des ménades l'entourent en dansant, en faisant de la musique et en se livrant à une joie immodérée et qui souvent dégénère en licence. Quelquefois à ces scènes bachiques se rattache le retour de Vulcain à l'Olympe, pompe burlesque et qui naturellement rentre dans les sujets où Bacchus joue le rôle principal. Ensuite on trouve les gigantomachies ou combats des géants contre les dieux de l'Olympe. Les géants sont constamment figurés sous la forme de guerriers armés de pied en cap ou hoplites. Et quant aux divinités, assez souvent les attributs caractéristiques manquent, et sans le secours des inscriptions on ne saurait quelquefois les reconnaître, à l'exception de Minerve, qui est toujours armée du casque et de l'égide. Un des sujets en faveur auprès des céramographes est la naissance de Minerve. Telle était grande l'influence d'Athènes sur les arts, que partout dans l'antiquité on recherchait à retracer et à multiplier des sujets empruntés à la religion et aux usages de l'Attique. L'assemblée des dieux qui assistent à la naissance de la fille de Jupiter est plus ou moins nombreuse, d'après l'espace, encore une fois, dont pouvait disposer l'artiste. Les divinités de la mer, autres que Neptune, sont la plupart du temps représentées avec la partie supérieure du corps de forme humaine, et le bas terminé par une large queue de poisson, couverte d'écaillés et garnie de nageoires.

Dans les mythes héroïques, c'est surtout la série des travaux d'Hercule qui y est la plus nombreuse. La lutte avec le lion est la plus fréquemment reproduite; viennent ensuite le taureau, le sanglier, Cerbère, Géryon, les Amazones; on rencontre beaucoup moins souvent le jardin des Hespérides, la biche , l'hydre, les oiseaux de Stymphale. D'autres sujets fournis par le mythe d'Hercule, si fécond en épisodes, sont traités

sur les vases à figures noires, par exemple, les luttes avec Antée, Triton, Achéloûs, Cycnus, Eurytus, les Centaures, le géant Alcyonée; on rencontre le fils d'Alcmëne punissant les Cercopes, ou se baignant dans les eaux thermales qu'il a découvertes. Une des représentations les plus fréquentes est la dispute pour la possession du trépied qu'Hercule veut enlever à Apollon. On trouve aussi le héros se reposant de ses fatigues, prenant part aux festins, jouant de la cithare, offrant un sacrifice aux dieux et enfin conduit à TOlyrape par Minerve, sa protectrice. Ce qui distingue Hercule, c'est la peau de lion, quoique quelquefois il n'ait pas cet attribut ; la plupart du temps il est armé de la massue, mais on le rencontre également portant un arc et des flèches ou une épée.

Après Hercule, ce sont les faits de la guerre de Troie qui ont fourni de nombreux sujets aux céramographes. On voit l'enlèvement de Thétis, le petit Achille porté par son père au centaure Chiron, le jugement de Paris, le départ d'Achille, les héros jouant aux dés, Achille et Hémithéa, Achille et Télèphe , les adieux d'Hector et d' Andromaque, la mort de Troïlus, le combat d'Hector et de Diomède, le corps d'Hector traîné dans la poussière, Priam implorant Achille, le combat d'Achille et de Memnon, l'Aurore pleurant la mort de son fils ou emportant son corps, le combat d'Achille et de Penthésilée, le combat autour du corps d'Achille, Ajax portant Achille mort sur ses épaules, le meurtre d'Astyanax, Ajax et Cassandre, le sacrifice de Polyxène, la fuite d'Énée, la querelle des Atrides, Ulysse passant devant les Sirènes, Ulysse chez Polyphème, etc.

Les scènes empruntées à la Thébaïde sont OEdipe et le sphinx, le départ d'Amphiaraûs, Tydée et Ismène.

Le bélier ressuscité par Médée et les filles de Pélias sont des compositions tk*ées des mythes ou des poèmes relatifs aux Argonautes.

Les mythes attiques sont figurés très-souvent, et un des héros le plus fréquemment représenté est Thésée luttant avec le Minotaure ou quelquefois avec le taureau de Crète, Triptolème et son cortège, etc.

On a également reproduit très souvent le mythe de Persée et des Gorgones, la chasse de Calydon. Des représentations beaucoup plus rares sont la lutte de Pelée et d' Atalante, le supplice de Prométhée, Sisyphe, etc.

Europe enlevée par le taureau ne se distingue guère des bacchantes. En général, le caractère individuel manque, et souvent des sujets identiques pour la forme extérieure, sans la moindre modification dans les poses ou même dans les détails, reçoivent des dénominations différentes K De là ces nombreuses scènes de combat, ces luttes entre deux

1. Voir ma Lettre à M. Otto Jahn sur les représentations d* Adonis, dans les Annales de l'Institut archéologique j t. XYIT, p. 441.

guerriers, souvent sur le corps d'un troisième qui est tombé*; ces guerriers qui s'arment ou qui s'apprêtent à partir'; ces enlèvements de femmes par des guerriers ' ; ces captives qu'on emmène * ; ces prisonniers qu'on conduit enchaînés ', etc. Toutes ces scènes sont vagues et indéterminées et souvent ne diffèrent les unes des autres que par le nombre des pereonnages qui y prennent part. Aussi hésite-t-on souvent sur les noms qu'il convient de donner aux personnages de ces sujets d'une banalité des plus vulgaires, et plusieurs savants se refusent même à reconnaître dans ces sortes de compositions des sujets mythologiques. Cependant tel ne saurait être mon avis , car des inscriptions tracées dans le champ de peintures d'un caractère banal donnent quelquefois la ■clef de l'énigme, et par conséquent on aurait tort d'écarter toute intention mythologique. Il arrive que dans des compositions bien déterminées ou voit des personnages qui ne semblent être que des spectateurs sans liaison plus ou moins directe avec le sujet; on les a comparés aux chœurs dans les représentations scéniques, mais sans trop de raison, ce me semble. Les exigences de l'espace que l'artiste avait à décorer ont surtout motivé ces adjonctions, et l'on peut trouver plusieurs sujets où un nombre indéterminé d'assistants ou de personnages d'un ordre secondaire ne change rien à la conception primitive et symbolique. Je citerai entre autres la lutte de Thésée et du Minotaure, où l'on voit figurer les jeunes gens et les jeunes filles destinés à servir de pâture au monstre, la chasse de Calydon, où le groupe se réduit quelquefois à Méléagre et au sanglier, tandis qu'un nombre plus ou moins considérable de héros peut prendre part à la chasse, sans parler des archers, personnages d'un rang évidemment inférieur, des chiens , des arbres et d'autres détails accessoires qui étendent la composition, l'enrichissent et la complètent, sans en modifier ou changer le caractère. La naissance de Minerve est encore une de ces scènes où l'artiste peut admettre un plus ou moins grand nombre de dieux et même de héros de l'Attique®. Le retour de Vulcain à l'Olympe est également un de ces sujets qui se prêtent à ces extensions, sans changer le moins du monde l'idée religieuse, le cortège obligé des silènes, des satyres et des ménades, pouvant s'augmenter ou se réduire, selon la volonté de l'artiste. Comme la poésie tendait sans cesse à ampli-

\. Achille, Memnon et Antiloque.

t. Achille prenant congé de Lycomède; les Myrmidons qui s'arment.

3. Hélène enlevée par Thésée; Briséis enlevée par ordre d'Agamemnon.

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