Voir Élite des monuments céramographiques , t. î, p
fier le mythe original et primitif, souvent énoncé en quelques mots, à y ajouter des détails, de nouvelles personnifications, des épisodes, de même Tart, en prenant des développements, ajoutait de nouveaux traits aux conceptions symboliques; ces traits n'altéraient guère le système religieux, éminemment large et élastique ; l'art savait, comme la poésie, y introduire des personnages secondaires , acolytes et suivants, portant toujours des noms ayant quelque affinité avec le mythe original ^ En décrivant les peintm'es de Polygnote, dans la Lesché de Delphes, Pausanias ^ dit à plusieurs reprises que le grand peintre de Thasos avait introduit dans sa composition plusieurs personnages dont les noms ne se trouvent mentionnés dans aucun poëme, dans aucun récit mythologique, et avaient été inventés et forgés par lui. Telle était la liberté dont usaient les artistes anciens et dont à chaque pas on retrouve la trace sur les vases peints. Jusqu'à ce jour, on n'a pas fait assez attention à cette liberté d'invention, qui est un des traits les plus caractéristiques de l'art grec ; mon savant et regretté ami Charles Lenormant a insisté tout particulièrement sur cette pratique de libre amplification qui est exposée avec tous les développements nécessaires dans un remarquable mémoire encore inédit sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la Lesché de Delphes.
Dans tous les sujets peints sur les vases d'ancien style, on ne recherche pas la beauté des formes. Tout y est empreint d'un caractère de roideur et de sévérité qui n'est pourtant pas sans grandeur. Les personnages que la poésie a idéalisés comme types de beauté ne répondent guère à l'idée qu'on a pu s'en former. Achille par exemple est un homme vigoureux et barbu comme les autres héros, et ne différant d'eux en rien; les femmes sont toujours complètement vêtues, et dans les peintures les plus soignées leur costume est d'une grande richesse. Les hoplites sont pesamment armés, les archers qui les accompagnent ont le costume des Scythes ', les auriges sont vêtus de tuniques talaires, l'image de l'âme est figurée tantôt sous la forme d'un oiseau à tète humaine, tantôt sous celle d'un petit génie ou d'un petit guerrier avec des ailes.
i . Voir un article très-intéressant de M. Adrien de Longpérier, dans VAtkenœum français, 4853, p. 333 et suiv., et l'article du même savant sur Junon Anihéa, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de France, t. XX, p. 165 et suiv.