‹ Études sur les vases peintsChapitre 64 sur 72 · Journal des savants^ mars · texte numérisé non relu

Journal des savants^ mars

rinscription Bepevixin; BatnkiGrrf^ç oya^r,; Tu/7);, et doit avoir été fait vers l'an 239 ou 238 avant I.-C. L'autre est enrichi de l'image de la reine Cléopâtre Séléné, 0eai K^eoicarpat oyaô/îi Tuj^yji, femme de Ptolémée Soter II. Ce dernier vase, qui a fait partie de la collection Temple, est conservé au Musée britannique, et a été publié par M. François Lenor> mant ^. II porte sa date avec lui, comme l'a fait remarquer le jeune et savant archéologue; il a dû être fait entre les années 107 et 117 avant l'ère chrétienne.

Ces deux curieux vases, fabriqués à plus d'un siècle d'intervalle, ont une grande importance au point de vue de l'art comme à celui de la paléographie, et peuvent donner une idée de la céramique grécoégyptienne.

Nous avons vu que les couleurs vives et éclatantes, ainsi que l'or, venaient rivaliser pour relever les teintes primitives, le rouge et le noir. A l'époque du grand développement des arts , on savait mettre de l'harmonie entre ces couleurs ; mais, quand arriva le moment de la décadence, on employa la couleur blancbe avec profusion ; on y joignit le i:ouge foncé, le bleu , le vert, le jaune clair. Le goût pour la richesse de décoration avait introduit les costumes orientaux qui , mêlés aux costumes helléniques, produisaient des contrastes heureux. Ce même penchant pour le luxe se manifeste dans la grande dimension des vases qu'on surcharge de figures et d'ornements, parmi lesquels on retrouve Içs zones d'animaux. Ces dernières productions de la céramographie rappellent les vases anciens, où le même goût pour le nombre des figures et pour le luxe des ornements se manifeste également. Mais quelle différence entre cet art grave et sérieux et ces dessins où la négligence du peintre trahit son inhabileté et ôte à la composition ce charme naïf qu'on trouve dans les peintures plus anciennes ! Il y a une grande inégalité dans les peintures de l'époque de la décadence, car à côté de vases peints avec la dernière négligence, on retrouve encore des compositions dans lesquelles l'intelligence et une certaine habileté ont su conserver leur place. Le déclin de l'art n'est pas arrivé tout d'un coup; on y observe des phases

f . Revue archéologique, avril 4863, pi. vu et p. 259 et suiv.

diverses; il y a eu des peintres qui ont su conserver les bonnes traditions, comme il y a eu des artistes d'un talent très-médiocre qui ont poussé la négligence à ses dernières limites. C'est ce qui arrive dans tous les siècles , à toutes les époques où l'art vient à déchoir. Jusqu'à la disparition complète de la céramographie , on a conservé une certaine grâce, une certaine élégance dans les compositions, même les plus vulgaires. Je ne parle pas, bien entendu, des vases d'un travail tout à fait grossier qui se trouvent dans toutes les localités où il y a eu des fabriques de vases peints, ou des imitations étrangères à l'art grec, dont j'aurai occasion de parler plus tard.

On ne peut que suivre difficilement les progrès de la décadence ; il est plus facile d'indiquer la marche ascendante et progressive de l'art que de signaler les effets successifs de la décadence, et d'ailleurs il serait peu intéressant de citer des exemples particuliers.

Les vases de la fabrique de Sant'Agata de'Goti, de Ruvo, d'Armento, et en général les vases de l'Apulie et de la Lucanie sont regardés comme les types de l'art à son déclin. Cependant on rencontre encore de trèsbeaux vases à Sant'Agata de'Goti et à Armento; les plus remarquables ont la forme de l'oxybaphon et du cratère.

Je mets ici sous les yeux du lecteur un magnifique oxybaphon du Musée Napoléon III, sur les peintures duquel j'ai publié, en 1850, une étude spéciale ^ On y voit Oresie réfugié à l'autel d'Apollon à Delphes. Le héros est assis, le dos appuyé contre Vo7np/ialos} il tient de la main droite le glaive nu, tout dégouttant du sang de sa mère. Derrière le meurtrier apparaît Apollon debout sur les marches de l'autel. Lé dieu est vêtu d'un riche manteau, et de la main droite étendue tient par une des pattes de derrière un pelil cochon (opôayopicxoç) , animal employé dans les cérémonies expiatoires, et qu'il semble agiter au-dessus de la tête du parricide, comme pour en répandre le sang purificateur sur son corps. De la main gauche, il porte un rameau de laurier. Diancy en costume de chasseresse, et armée de deux javelots, se tient debout derrière son frère, au bas des marches de l'autel. De l'autre côté, à

I. Annales ffe rfnst. arrh. t. XIX, p. 413 el suiv. — Monuments inédits. ». IV.

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gauche, sur un plan plus élevé, paraissent deux /''uriW endormies; une troisième, vue à rai-corps , sort de terre au bas du tableau. Devant les Furie* endormies se présente l'ombre de Clylemnestre qui vient tirer de leur sommeil les déesses infernales et leur ordonne , comme dans les Euménidei d'Eschyle, de tourmenter le coupable. Un vuile, ainsi que cela

se voit ordinairement dans les représentations des ombres , recouvre la tôte de l'épouse d'Agamemnon.

Cette belle composition révèle encore toutes les qualités de l'art (lurement helléniques.

Mais ce n'est pas seulement dans les tombeaux de l'Italie méridionale qu'on rencontre les vases de la décadence. On en trouve dans t'Atliqiie,

à Paniicapée, à Bérénice, en Sicile, à Noia, même en Élruric, quoique cette dernière contrée ait fourni moins de vases de cette période que les autres localités.

Gomme je Tai déjà dit, le plus grand nombre des vases de la décadence ont été fabriqués dans l'Apulie et dans la Lucauie. 11 y en a de trèsgrande proportion; à ces grands vases, on a donné avec raison le nom (le vases de luxe et d*ornement. L'exagération de la proportion nuit souvent à l'élégance delà forme. A cette exagération dans les proportions s* ajoute celle des oraements; les anses ont des volutes, des nœuds, des rotules, des enroulements de toute espèce. Des mascarons peints, quelquefois dorés, sont appliqués aux volutes; des bas-reliefs enrichissent le col.

Les grandes surfaces étaient remplies par le peintre, et, ainsi que dans les vases d'ancien style à figures noires, on cherchait à couvrir et à orner toutes les parties du vase; on semblait n'être préoccupé que d'une seule chose, d'une seule pensée : celle de multiplier les figures et les ornements, sans chercher à faire des compositions tranquilles et harmonisées, comme nous en offrent les vases du cinquième et du quatrième siècle. Le progrès dans le dessin, l'adresse acquise font rechercher toutes sortes de poses, on ne se borne plus à retracer des figures de profil, l'emploi des tètes de face et de trois quarts devient fréquent; on ne recule pas devant les difficultés des raccourcis. Par là, on arrive à produire des compositions vastes, riches, pittoresques; le talent n'y fait pas défaut; mais souvent, à côté de figures bien comprises, bien exécutées, on en voit d'autres d'un dessin médiocre, et se groupant assez mal avec celles qui sont auprès. Bref, on découvre dans ces sortes de peintures une grande adresse à s'approprier certaines figures, certains groupes, à rendre des détails d'une manière fidèle; mais on ne reconnaît nulle indépendance ni* dans l'exécution, ni dans la composition. On sent trop qu'on n'a sous les yeux que des imitations plus ou moins heureuse-

ment réussies.

Dans le plus grand nombre des cas, on a partagé les grandes surfaces en plusieurs zones qui contiennent chacune une composition indépendante; quelquefois ces compositions ont des relations entre elles et sont des épisodes d'un même fait; quelquefois aussi, elles n'ont pas le moindre rapport les unes avec les autres. Dans les peintures de la décadence, où les plans ne sont pas séparés par des lignes bien arrêtées, où les figures se promènent les unes au-dessus des autres, sans aucune idée des règles de la perspective , on reconnaît cependant qu'on a eu l'intention de faire divers plans. Assez fréquemment les lignes poinlillées qui courent dans le champ et séparent les rangées et les groupes

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sont employées pour indiquer les inégalités du terrain. Quelquefois les personnages figurés dans le plan supérieur ne sont représentés qu'en buste, comme s*ils se trouvaient derrière une colline ; par suite de cette disposition, ces personnages ne semblent être que des spectateurs de la scène qui se passe dans les registres inférieurs de la composition.

Le désir de décorer un grand espace avec le plus de luxe possible fit recourir à une foule de moyens et de procédés qui rappellent les vases îrancien style. On chercha d'abord à étendre les compositions et à y faire entrer un grand nombre de personnages d'un ordre secondaire et souvent inutiles ou complètement étrangers au sujet ; et, pour remplir les espaces vides, on sema dans le champ des rosaces, des fleurons, des plantes, une sphère, un flabellum, un tympanum, une ciste, un vase, et mille autres accessoires. L'édicule, d'assez grande proportion, qui forme le centre d'un nombre considérable de ces sortes de peintures, facilitait la disposition des figures placées autour; ce point central une fois trouvé et adopté, soit dans les sujets d'un sens funèbre, soit dans les sujets mythologiques, il ne s'agissait plus que de grouper autour, et dans des plans superposés, les personnages qui devaient entrer en scène. Cet arrangement s'exécutait avec plus ou moins d'habileté, et dépendait du goût de l'artiste et des modèles dont il se servait* Les zones d'animaux reparaissent, et souvent on y voit des poissons. Les ornements, empruntés au règne végétal, couvrent toutes les parties du vase laissées libres, et enveloppent, comme d'un réseau, les compositions k figures; autour de grandes palmettes s'enroulent et s'entrelacent de mille façons des tiges de végétaux aquatiques ou de branches de lierre qui couvrent le col , souvent le pied, et grimpent le long des anses. Ces enroulements de branches et de tiges, au milieu desquels s'épanouissent des fleurs, affectent la plupart du temps l'aspect le plus gracieux, quoique souvent, à vrai dire, il y ait profusion et surcharge d'ornements. Des têtes de femnie, des génies ailés sortent du milieu des fleurs ou de la tige d'une plante, des Victoires planent dans l'espace, et, dans ces sortes d'ornements, on reconnaît déjà les types des figures ailées, si souvent reproduites dans les peintures murales des temps postérieurs.

Cette multiplicité d'accessoires amena l'emploi de plus en plus fréquent de couleurs variées. A la- couleur blanche on associa le jaune, dont on se sert le plus souvent pour faire ressortir les détails. Puis on se servit de toutes sortes d'autres couleurs, je l'ai déjà dit, le rouge,, le brun, le vert, le bleu : toutes ces couleurs sont appliquées à plat, et à part quelques parties blanches modelées par l'application du jaune et du brun, on n'a que rarement essayé d'ombrer le dessin.

Quoique dans ces peintures de l'âge de la décadence, on rencontre encore les mêmes procédés artistiques des vases de la belle époque , la différence entre ces deux arts n'en est que plus grande. Dans Tancienne école règne une liberté complète ; les artistes céramographes prennent part au grand développement qui se manifeste partout autour d'eux, ils ont sous les yeux d'excellents modèles; au contraire, dans les temps postérieurs , les artistes ne travaillent plus que par routine , ils copient sans goût, souvent sans intelligence; ils suivent des sentiers battus, et n'oseraient s'en écarter. Satisfaits d'avoir produit un certain effet par la grandeur extraordinaire des vases, la richesse de l'ornementation, la profusion des détails, on sent qu'ils n'ont pas l'amour de leur art, qu'ils ne recherchent pas la beauté des formes, qu'ils ne s'attachent pas à exprimer les sentiments, les passions; ils se contentent de peu, ne font pas d'efforts pour s'élever, et on dirait qu'ils ont horreur de tout ce qui est peine, contrainte ou recherche. Et cependant le dessin est facile et annonce une grande habitude, sinon de l'habileté; les mouvements des personnages sont naturels et animés ; l'expression du visage a parfois du caractère ; mais à côté de tout cela, il y a une négligence et un abandon qui annoncent le déclin le plus complet. On comprend que l'art, devenu un métier, a commencé par donner les signes de la décadence et de la dégénérescence. Mais, au milieu de cet abandon, de ce laisser-aller, on retrouve encore quelques traces de l'art ancien , et si on jette un coup d'œil sur les sujets qu'on a voulu représenter, on se trouve de suite ramené sur le terrain hellénique.

XLH.

Les vases de l'époque de la décadence sont décorés, si on les prend dans leur ensemble, de compositions beaucoup moins variées que les vases du beau style ou du style sévère à figures rouges sur fond noir, ou du style ancien à figures noires sur fond rouge. Les sujets préférés sont les bacchanales, les sujets mystiques et les sujets funéraires. On ne saurait que difficilement se faire une idée delà quantité prodigieuse de vases de cette espèce, qu'on a retirés des hypogées de la Grande-Grèce. Ici, ce n'est plus le Bacchus barbu des anciens peintres; éternellement jeune, le dieu est accompagné de satyres et de ménades. En général, les compo-

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sillons n'annoncent ni efforts de génie, ni efforts d'invention : toujours des satyres, ou isolés, ou groupés avec des ménades, des enfants ailés ayant les formes efféminées de l'hermaphrodite. Souvent ces sortes de sujets bachiques se rapprochent tant des sujets mystiques, qu'on sent que ce sont les mômes données « les mêmes idées qui les ont inspirés. Quant à ces derniers , les sujets mystiques, ils sont excessivement nombreux, et ces compositions énigmatiques ont jusqu'à ce jour fait le désespoir de ceux qui ont cherché à les interpréter. On ne peut nier, toutefois, le sens mystique de ces sortes de compositions; mais jusqu'ici, à très peu d'exceptions près, les tentatives faites pour leur trouver une explication satisfaisante ont complètement échoué, et ressusciter les vaines conjectures de Bœttiger etdeMillin serait renouveler un système de rêveries sans fondement'. Il vaut donc mieux s'abstenir, avouer son ignoi'ance et se contenter, pour le moment du moins, de ce que nous révèlent des compositions d'un sens plus clair où des noms accompagnent les figures. Les représentations des divinités et des héros d'Eleusis d'une part, les^ sujets allégoriques de l'autre, semblent soulever un pan du voile qui nous cache le sens et l'intention de ces nombreuses peintures mystiques. Je répéterai donc ici les sages réHexions d'un savant illustre, de feu 'Charles Lenormant * qui, au sujet des doctrines d'Eleusis, dit : « Entre la confiance vague et' l'optimisme de Sainte-Croix d'un côté, et la négation absolue et impossible de M. Lobeck de l'autre, Villoison * a tracé, trop rapidement sans doute, mais avec un coup d'œil pénétrant et sûr , la seule voie que l'on puisse suivre sans s'égarer. »

Dans les peintures d'un sens funéraire , on voit souvent l'héroon ou l'édicule soutenu par des colonnes d'ordre ionique, et au centre l'image du défunt, parfois avec les attributs de sa profession. Souvent aussi,

4. En réfutant les erreurs du système suivi par Bœttiger et Millin [voyez plii^ haut, p. SO) j*ai eu tort d*ajottter qu'il n'y a rien de moins prouvé que les rapports des vases peints avec les mystères, II suffit de se souvenir, pour faire tomber celle proposition, des nombreux vases où Ton voit Triptolème et les divinités d'Eleusis, et en particulier du fameux vase Poniatoweiki, aujourd'hui au Musée du Vatican. Millin, Vases peitUs, t. IL pi. xxxi et suiv. — Élite des mofi. ceramogr,, t. III, pi. lxiii. — M. Éd. Gîerhard vient de publier dans les Mémoires de l'Académie de berlin, trois Mémoires des plus intéressants et des plus remarquables sous le titre de : (Jber den Bilderkreis von Eleusis y Berlin 4863-4865, in-4®, où tous les monuments relatifs aux mystères d'Eleusis sont examinés et passés en revue.

2. Mémoire sur les peintures que Polygnote avait exécutées dans la Lesché de Delphes^ p. 439.

3. De triplici theologia mystetiisque velerum commentatio, dans Sainte-Croix, Recherches sur les mystères, première édition, p. 221-338.

comme sur les lécythus de fabrique athénienne, c'est une stèle ornée de bandelettes qui occupe le centre de la composition. De chaque côté, des éphëbes et des jeunes filles apportent des offrandes, consistant en fleurs, raisins, couronnes, bandelettes, rameaux, corbeilles, vases, miroirs, etc.

XLHI.

Les dieux sont souvent représentés assis sur des cerfs, des griffons, des panthères, des boucs et des cygnes ; d'autres fois ils sont placés dans des chars traînés par des animaux; Vénus a même un attelage d'Amours; quelquefois, Bacchus et sa compagne Âriadne ou Libéra sont également placés dans un char tiré par des Amours ou des Génies ailés. Dans les combats des dieux contre les géants, ce n'est plus une lutte entre des êtres de même espèce, de même nature : c'est la force sauvage et brutale qui cherche k s'imposer à la majesté divine. Les sujets amoureux dominent; c'est l'enlèvement d'Europe, Jupiter et Égine, Neptune et Amymone, Vénus et Adonis. On rencontre aussi le meurtre d'Argus, le lever du Soleil, etc. ^

Les représentations les plus remarquables se rapportent aux tourments des enfers. Le palais de Pluton et de Proserpine forme le point central; auprès figurent les trois juges infernaux ; puis on voit Tantale, Sisyphe, Ixion, les Danaîdes, Mégare avec ses enfants, Orphée qui vient redemander Eurydice, Hercule qui emmène Cerbère *, etc. L'enlèvement de Proserpine est également représenté sur les vases de ce style *.

Parmi les mythes héroïques, ce sont les combats contre les Amazones et les Centaures qu'on a reproduits le plus souvent. Les artistes grecs se plaisaient à traiter ces sortes de sujets, qui offrent des contrastes heureux, et dans l'arrangement desquels on pouvait varier la disposition des groupes d'une infinité de manières. Les travaux d'Hercule ne sont pas représentés aussi souvent que sur les vases d'ancien style ou de l'époque du style sévère. C'est le jardin des Hespérides, la punition de Busiris, les aventures avec Hésione, avec Omphale, le mariage avec Hébé, qu'on voit

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