TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IV
maintienne le règlement de ses mœurs et de ses volontés, doivent être envisagées comme l'expression, non pas d'une justice et d'une vérité universelle , mais d'une raison et d'une droiture de convention^ dont les principes varient ^ à Tégard de chaque peuple, suivant l'esprit dominant du siècle où il se fonde, et des diverses époques durant lesquelles il se perpétue; suivant les influences propres aux localités qu'il occupe ^ et les modifications accidentelles de Fatmosphère qu'il respire ; suivant la nature et l'exigence des besoins qu'il ressent, et la facilité ou la difficulté qu'il trouve à les satisfaire ; enfin , suivant la progression croissante ou décroissante de ses lumières , cercle éternel d'ordre et de chaos, dévie et de néant, où vient se résumer fatalement l'histoire de tous les empires du monde.
Ce qui distingue particulièrement la religion chrétienne, et lui imprime le caractère d'une profonde justice et d'une extrême utilité, c'est la recommandation qu'elle a faite aux hommes de concourir au maintien de l'ordre politique , par une aveugle obéissance aux lois de leur pays, et de se soumettre, sans réserve, à toute espèce de sacrifice qu'elles viendraient à leur imposer, fût-ce l'abandon même de leur sang et de leur vie.
— Le sage ne s'effarouche poinf^de ce qu'il peut y
avoir d'exorbitant , soit dans les mœnrs , soit dans les lois même de son pays. Une fois au dedans et loin de la presse, il n'abdique sans doute pas le droit déjuger librement des choses; maiS; au dehors et parmi la foule, il adopte entièrement les formes rerues : voilà pour les usages. Quant aux institutions, il sait que , bien que la société publique n'ait rien à voir dans nos pensées intimes, qui ne doivent appartenir qu'à notre conscience , nous n'en sommes pas moins tenus de mettre au service de Tintérét commun et nos actions, et nos travaux, et nos fortunes, et même, suivant Tavis et Texemple du bon et du grand Socrate, jusqu'à notre existence, lorsque nos juges quels qu'ils soient la réclament.
Ce doit être le privilège exclusif des hommes d'un rare mérite et d'une haute vertu, que de pouvoir s'affranchir quelquefois du joug de l'étiquette , et de n'être pas tenus d'observer rigoureusement tout ce que commandent les mœurs et les usages de leur
pays.
La législation d'un État est comme un bâtiment formé de pièces diveises entre elles, mais si étroitement jointes les unes aux aulres, qu'il devient impossible d'en ébranler aucune, sans mettre aussitôt en péril le corps entier de l'édifice. Il ne laisse donc