TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE IV
pas cVy avoir une grande différence de celui qui se conforme aux lois et aux coutumes de son pays, avec celui qui entreprend, au contraire^ de les censurer et de les réformer. En effet, Tun peut se justifier à bon droit de sa soumission, en alléguant son incompétence même en de pareilles matières, outre l'exemple dont tout homme de bien se croit tenu envers la commune, sous le rapport de ce qui touche essentiellement Tordre et le maintien de la chose publique; d'où il suit que, quoi qu'il fasse de fâcheux, en obéissant à ce principe, on est contraint de le lui imputer; non pas à malice, mais tout au plus à malheur. Pour ce qui est de l'autre , il s'impose assurément une bien rude tâche ; car, celui-là qui se mêle de choisir et de changer, s'attribue , par ce fait même , le droit de juger; d'où il résulte qu'il lui faut, sous peine d'être taxé d'ambition et de témérité, se faire fort de voir, non seulement le mal certain de ce qu'il rejette, mais encore le bien réel et manifeste de ce qu'il introduit.
Législateurs ou moralistes, c'est la chose la plus ordinaire que, parmi ceux qui s'occupent à régler les devoirs généraux ou particuliers des hommes , il se rencontre, dans un seul et même personnage; deux individus diamétralement opposés : l'un, chez qui la vanité fait taire la raison , quand le rôle qu'il s'est donné de diriger nos actions publiques ou pi ivées , le représente à ses propres yeux comme imposant à la
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multitude les rêveries de son imagination ; Tautre, chez qui la raison parle à son tour plus haut que la vanité, dès que, se retrouvant face à face avec lui-même, il soumet à Texamen de sa conscience des lois ou des préceptes^ dont elle se voit contrainte d'avouer que la rigueur excède la portée de nos forces, et, partant, la mesure de notre obéissance. En effet , telle est la destinée de certaines institutions, au fond desquelles Tamour-propre de leurs auteurs croyait avoir déposé le germe de la perfectibilité humaine, que ceux-là qui les formulaient sous 1 empire de cette conviction, ne se sentent; à considérer T usage quïls pourraient en faire pour eux-mêmes, ni plus capables ni plus désireux de les suivre , que le commun des hommes, en vue desquels ils avaient entrepris de les formuler. Triste infirmité de notre condition , que cette fausse lumière des plus hautes comme des plus basses intelligenceS; qui leur fait voir le mieux là où souvent est le pire, et ne leur permet de reconnaître le pire qu'aux fâcheux résultats qu'elles en obtiennent, en ressayant à titre même de ce qu'elles tenaient pour le mieux! Mais, aussi-bien, que servent aux hommes, dont la vie est une action matérielle, imparfaite et déréglée, que leur servent, contre la licence qui les porte sans cesse au-delà de ce qui leur est loisible et permis, ces pointes si élevées de la politique et de la philosophie, où nulle créature humaine ne saurait s'asseoir et moins encore se maintenir, que leur servent-elles, si ce n'est que le monde n'en va pas moins commu-