‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 134 sur 175 · TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE Vlï · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE Vlï

— Le seul et unique fruit que soient en droit d'attendre de leur ambition ceux qui donnent le branle au renversement d'un État, lorsqu'il n'arrive pas qu'ils se trouvent des premiers absorbés dans sa ruine, c'est, le plus ordinairement, d'avoir battu et troublé Teau pour le profit d'autres pécheurs.

Il n'y a souvent pas moins de générosité , en ce qui regarde les mutations de la chose publique , à ne rien faire, qu'à se livrer au hasard de bien ou de mal faire , à savoir se modérer et s'abstenir^ qu'à se mettre, à tout événement que ce puisse être, en devoir d'agir.

— Il faut assurément s'aimer et se priser bien audelà de ce qu'il est permis de le faire, pour ne craindre pas d'établir ses opinions au prix de tous les maux qu'on sait être la suite naturelle d'une révolution d'État. En effet, quel danger si pressant offrent donc quelques imperfections plus ou moins contestables, que, pour les combattre et pour les anéantir, il s'agisse de troubler une paix publique, et d'appeler sur son pays l'oubli des devoirs, la corruption des mœurS; l'anéantissement de tout frein et de toute loi, le déchaînement de toutes les fureurs et de tous les attentats, l'envahissement enfin de tant de fléaux, cortège monstrueux et inévitable des guerres civiles? Et, de quelque grande, de quelque utile fin qu'on

cherche d'ailleurs à se prévalons pour justifier son entreprise, n'est-ce pas engager bien avant son honneur, n'est-ce pas mettre à découvert la pire espèce de tous les vices, c'est-à-dire le culte égoïste, Tidolàtrie exclusive de soi-même, que de connaître et de prévoir tous ces malheurs et toutes ces infamies, et de ne rougir point de fonder sur de pareils désastres le triomphe de ses opinions , en dépit de toutes les révoltes et de toutes les clameiu^s de sa con-

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