TROISIEME PARTIE, CHAPITRE XÏV
service de son prince , que de le voir prostituer sa vie à des occupations lâches et stériles, et ne prendre nul souci de la fortune de ceux-là mêmes qui exposent leur existence pour Fintérét de sa conservation.
C'est, de la part d'un souverain, la preuve d'une sagesse et d'une habileté peu communes , que de savoir , à l'exemple de l'empereur Charles - Quint , résigner, en temps utile, à des mains plus capables, un sceptre dont le fardeau commence à devenir trop pesant pour les siennes ; car, telle est la pesanteur d'un sceptre, qu'il menace d'accabler et de déshonorer celui qui le porte , du moment où le génie et la gloire viennent à cesser d'en maintenir Téquilibre.
Il est, en mainte occasion, bien pénible et bien hasardeux de dépendre d'un autre. Nous sommes déjà, la plupart du temps, si peu assurés de nousmêmes.
— A parler sans feinte, c'est assez souvent un extrême malheur que celui d'être dans la sujétion d'un maître , dont rien ne saurait garantir la bienveillance, puisque cela dépend toujours de sa seule fantaisie, qu'il se montre ou bon ou méchant. Mais, avoir à la fois plusieurs maîtres , c'est autant que d'avoir autant de fois à être extrêmement malheureux. Est. de la B^^ .
C'est un fait assurément bien incompréhensible , que le prestige qui s'attache à la souveraineté personnelle et absolue : pouvoir toutes choses contre tous, par rétrange raison qu'on est un seul! Étonnante fiction, mais, il le faut avouer, concession plus surprenante encore, qu'un seul, et souvent le plus nul et le plus méprisable de tous, acquière, parce que tous y consentent, le merveilleux privilège de valoir autant et même plus que tous ! Est, de la B(e .
Il y a, — pour ne parler que des mauvais princes, — trois sortes de tyrans : les premiers tiennent la puissance de rélection du peuple; les seconds Tacquièrent par la force des armes ; les derniers la reçoivent en succession de leurs ancêtres. Ainsi, les moyens sont divers de parvenir au trône, mais la manière de régner est pour ainsi dire la même : les rois élus traitent les peuples comme des taureaux sauvages qu'ils auraient pris pour les dompter ; les rois conquérants disposent des nations comme d'une proie dont ils se sont rendus maîtres ; les rois par droit de naissance en usent avec leurs sujets, comme ils agiraient avec des esclaves naturels. Il existe donc entre ces trois espèces de tyrans quelque différence ; mais, pour le choix, on n'en voit point. Est. de laBie,