TROISIÈME PARTIE, CHAPITRE XV
ne Teùt reçue des mains de Dieu même , comme un bénéfice de nature? Est, de laBî^,
— Si nous vivions selon les droits que nous tenons de la nature, et conformément aux leçons qu'elle nous donne, nous aurions à cœur d'obéir à nos parents, de suivre les lois de la raison^ mais de n être esclaves de personne. L'obéissance : nous l'observons envers les auteurs de nos jours comme un instinct que nous trouvons en nous, et que nous aimons à suivre non moins pour nous peut-être que pour euxmêmes. La raison : qu'elle naisse ou non avec nous, encore est-il qu'elle semble provenir de quelque semence que la nature a déposée en notre àme^ et qui , fécondée par Téducation et entretenue par l'habitude, germe, grandit, et fructifie en vertu, à moins qu'étouffée par le vice qui survient quelquefois et lui fait obstacle,, elle ne languisse dès-lors et n'avorte. Mais, l'esclavage ! La nature ne nous a-l-elle pas tous jetés dans le même moule et tous formés sur le même modèle, afin que nous puissions nous mirer en quelque sorte et nous reconnaître tous les uns dans les autres? Ne nous a-t-elle pas donné à tous toute la terre pour demeure^ comme une bonne mère qui ne veut ni établir de distinction, ni exciter de jalousie entre ses enfants qui sont tous frères? Que si, néanmoins, dans la distribution de ses biens, il lui a convenu de pourvoir plus largement les uns que les autres des avantages du corps et de Tesprit, est-ce à dire qu'elle ait
prétendu en faire comme des armes remises aux mains des plus forts, pour qu'ils eussent la volonté même de s'en servir au préjudice des plus faibles? Ah! croyons bien plutôt qu'elle n'en a usé ainsi que dans le dessein de resserrer les nœuds de Tamour fraternel, en obligeant les forts à prêter leur appui aux faibles, et les faibles à recevoir Tassistance des forts. Il ne faut donc point douter que la nature ne nous ait tous faits libres, puisqu'elle nous a tous faits compagnons ; car, il est peu vraisemblable qu'elle nous ait d'abord tous mis en compagnie, et qu'elle ait ensuite consenti que nul d'entre nous pût être un jour réduit en servitude. Est, de la B'^.
— L'amour de la liberté n'échauffe pas en partie notre àme, et ne soutient pas à demi notre bras. Mettez aux prises deux armées également formidables et par le nombre et par la discipline, et faites-les combattre, Tune pour défendre sa liberté, l'autre pour la lui ravir : de quel côté penserez-vous que doive se montrer le plus de confiance et à la fois se déployer le plus de courage; de quel côté vos vœux aussi-bien que vos conjectures feront-ils nécessairement incliner la victoire, sinon de celui-là même ou pas un coup ne se donne, qu'il ne soit porté à la servitude? Est, de la B''.
— Les hommes se montrent unanimes pour envier les choses qui peuvent assurer leur bien-être, une