‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 158 sur 175 · Î2 ÉTUDES SUR MONTAIGNE · texte numérisé non relu

Î2 ÉTUDES SUR MONTAIGNE

inutiles; celui-là, pour étendue et pour exceptionnelle même qu'en soit la vigueur et la puissance, ne saurait enfanter, s'il n'est soumis à aucun principe certain, ni appliqué à aucun intérêt sérieux, que de folles et stériles rêveries. L'àme qui s'aventure sans règle et sans but dans les sentiers obscurs et sinueux de la vie, il peutlui arriver qu'elle coure tout d'abord à sa perte; car, c'est n'être, dit-on, en aucun lieu, que d'être partout ; et il serait aussi vrai de dire qu'être partout, ce n'est rien moins que d'être au milieu de toutes sortes d'écueils et de dangers.

C'est se montrer, non pas Tami; et moins encore le maître, mais bien l'esclave et l'ennemi de soi-même; c'est , non pas vivre mais tout au plus exister, que de s'enchaîner pour toujours à un seul et même train de vie, et de ne pouvoir au besoin se déprendre de ses habitudes. La vie est un mouvement sans règle et sans repos, de toute forme comme de toute nature; d'où il suit que les plus fortes âmes sont celles qui, ayant le plus de flexibilité, savent le mieux se plier à la perpétuelle inconstance des choses humaines.

Rien n'est plus propre à exercer l'esprit, à fortifier le corps, et, en un mot, à façonner de tout point la vie, que les voyages.

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