QUATRIÈME PARTIE, CHAPITRE lïl
de retraite et d'isoleraenl : Tàme du sage est comme un sanctuaire où ne sauraient pénétrer les folles agitations de la multitude, et dans le secret duquel, en toute sphère que ce soit et à toute heure quïl lui convienne, licence a-t-il de tenir, sous les auspices de la raison et de la vérité, ses chastes et fidèles conseillères, école de philosophie.
— Faisons-nous des biens que nous puissions porter avec nous en quelque lieu que le destin nous appelle. Travaillons d'abord à nous rendre sages, et nous ne saurions manquer, rien que cela, d'être toujours assez riches. Que la fortune essaie alors de nous abattre ; qu'elle nous frappe tout à coup dans nos plus chères affections ; qu'elle nous enlève en un jour nos femmes, nos enfants, et nos amis ; qu'elle réduise en cendres nos foyers, et nous oblige à fuir, comme exilés, notre patrie; qu'elle épuise, en un mot, contre nous ses traits les mieux acérés : vains efforts ! atteintes chimériques ! Nous contraignit-elle à errer jour et nuit sur les mers en furie, et à gravir, sous un ciel dévorant, les rocs les plus escarpés; nous condamnàt-elle, enfin, à ne trouver, pour tout refuge et pour tout repos à notre corps rompu et défaillant^ qu'un sol maudit de la nature et abandonné des hommeS; elle ne parviendra même pas à ébranler un seul moment notre àme, tant qu'elle n'en aura pas arraché notre bien le plus grand et le plus précieux; à savoir, la sagesse! En effet, la sagesse est un trésor qui suit
partout les âmes vigoureuses, et dont elles n'ont pas à craindre que le secours leur fasse jamais défaut ; car, il profite aussi-bien de leurs adversités que de leurs prospérités, et va sans cesse augmentant, soit par lavantage des observations que leur fournit, en toute presse du monde, le spectacle des folies et des misères humaines, soit par le bénéfice des méditations auxquelles les invite à se livrer, non seulement la plus douce et la plus suave retraite, mais encore, y fussent-elles conduites de gré ou de force, la plus âpre et la plus sauvage solitude.
Sachons prendre de bonne heure congé de tout ce qui pourrait nous empêcher d'être entièrement à nous-mêmes, et gardons-nous, pour quitter le monde , d'attendre que le monde nous quitte. Tenons-nous lieu de tout ici-bas, et n'allons pas chercher hors de nous un ami qui nous soit, au besoin, complaisant ou sévère, dont la tendresse approuve hautement tout ce qu'il peut y avoir de bon et de droit eu notre conduite, et la conscience blâme et relève hardiment toutes celles de nos actions qui lui sembleraient condamnables^ dont la raison, en un mot, prête à louer lo bien comme à régenter le mal, nous impose de telle sorte, que nous n'osions faillir sans honte en sa présence.
La solitude est surtout un droit de raison pour cer-