‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 56 sur 175 · PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE, CHAPITRE XXVII

Cillent à ridée de combats qui ne laisseraient à leurs efforts ni trêve ni relâche.

Nous éprouvons d'autant plus de plaisir, soit à nous rencontrer parmi les hommes , soit à nous aider de leur concours dans les urgentes nécessités de la vie, que, par Tétude des hautes sciences jointe à la pratique de toutes les choses usuelles , nous avons su nous mettre en état de pouvoir, en toute occasion et pour toute espèce de besoin, nous suffire à nousmêmes.

Toute sorte de chose que ce soit; lorsqu'elle ne fait que de naître, est si faible et si ténue, qu'elle échappe sans peine à la perception de nos sens : c'est donc à ce moment surtout qu il faut avoir les yeux ouverts; car, de même qu'à raison du peu de consistance et de développement qu'elle offre à son origine, on n'en découvre point le danger, de même, quand elle est parvenue à un certain degré de force et de croissance; on n'en découvre plus le remède.

— On voit des sages d'une complexion robuste à la fois et patiente 5 qui, par les austérités et les souffrances qu'ils imposent à leur courage 9 accoutumant leur àme à secouer le joug des passions , et à défier les rigueurs de la fortune, poussent la pratique des

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pîiîs hautes vertus jusqu'à riiéroisme. Ce sont-là des modèles que nous devons admirer , mais que nous ne pouvons espérer d'atteindre; le plus sûr pour nous, âmes communes et de tout point vulnérables , c'est de fuir les occasions, sans même attendre qu'elles viennent frapper à notre porte; c'est de nous garantir de Forage bien avant qu'il éclate ; c'est, enfin, de nous dérober aux coups que nous ne saurions parer. Il est plus aisé d'éviter les tentations que de transiger avec les passions : qui parvient à se dégager autant qu'il le peut des attachements de ce monde, sans sïnquiéter des actions ni des jugements de la multitude , gagne en sécurité tout ce quïl sacrifie de stériles désirs ou de trompeuses jouissances , et ne laisse pas de mériter à quelque juste droit le nom de sage. Ce chemin n'est pas celui de la gloire , mais c'est celui du moins et du repos et du bonheur.

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