‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 59 sur 175 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

DU JUSTE ET DE l' INJUSTE.

Quelque bonne qu'une action soit en elle-même , elle ne peut être juste, quant à celui qui la fait, que lorsqu'il s'y porte volontairement : la grâce et Tlionneur d'une action résultent , non seulement de ce qu'elle est bonne, mais encore de ce qu elle est libre.

L'égalité tient par tous les points à Téquité, dont elle est à la fois le premier principe et la dernière conséquence.

Il est des règles de justice, dont nous ne pouvons nous affranchir, pour Tintérêt même de la cause la plus sainte et la plus légitime , sans blesser les lois de la raison, sans dépasser les bornes du devoir, sans transformer notre zèle en esprit de désordre et de sédition.

Toutes choses ne sont pas loisibles à un homme de bien, et Futilité publique ne peut requérir du plus ferme courage , qu'au préjudice de ses droits privés et au mépris des premiers devoirs de la nature , il frappe sans pitié, durant le combat, un père^ un hôte ou un ami , que les caprices de la fortune auront jeté dans la mêlée, parmi ceux du parti contraire. C'est ainsi que Fentendait Épaminondas , cet homme grand par excellence, qui, loin de permettre qu'on disposât de la vie d'un ennemi vaincu, voulait même que^ lorsqu'il s'agissait de délivrer son pays du joug de la servitude ; on fît conscience d'en immoler l'oppresseur, avant qu'il eût été soumis aux formes régulières de la justice.

Il n'y a point de pire injustice que celle que sanctionne la loi, et que consacre le magistrat au nom et sous Fautorité de la justice.

Rien de moins juste et de moins tolérable que la corruption tenue en honneur, par mesure d'ordre et de nécessité.

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