DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE IV
pect qu'il se doit à liii-méiiie, et de laisser croire qu'il ne se tait ; qu'afin de se ménager Toccasion de mieux observer. De combien de gens de peu de valeur cet expédient n'a-t-il pas servi la fortune, en leur tenant lieu de prudence et de capacité? Les rois mêmes ne sont-ils pas les premiers à se laisser prendre à ce piège? Emplois , charges et dignités, que de fois n'en ont-ils pa« revêtu la sottise au préjudice du talent, par ignorance de ce fait, que celle-là tenait à ruse et celui-ci à réserve de se taire? Qui s'aviserait d'ailleurs d'en blâmer les rois , quand , loin de pouvoir apprécier individuellement cette foule de personnes, dont le service de FÉtat réclame le concours, ils se voient si souvent réduits à ne fonder leur choix que sur les plus légères conjectures? Et, s'il arrive que la Toix du peuple désigne à leur suffrage des hommes , qui n'ont d'autre titre à cette préférence que le succès de quelque grande, mais unique affaire, quel témoignage plus incertain encore d'un solide et et incontestable mérite? On ne s'aperçoit que trop aisément , au train dont marchent les choses du monde , que la fortune , comme pour se jouer de la présomption humaine, prend plaisir à fouler aux pieds les droits du génie et de la vertu, et que, secondant, au rebours même de leurs conseils et de leurs desseins , les imprudents et les malhabiles , elle les fait heureux dans l'impuissance où elle se trouve de les faire sages.