‹ Études sur Montaigne, analyse de sa philosophieChapitre 98 sur 175 · DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE XI

— La base de tout bon système d'éducation, c'est, non pas la science, mais la vertu et la sagesse. Or, il ne suffit pas qu'on nous apprenne de quels termes elles dérivent, et en combien de branches principales et accessoires elles se divisent et se subdivisent, ainsi qu'on nous découvre et qu'on nous déroule la généalogie de certaines familles : il faut qu'on nous les rende non seulement appréciables par la théorie, mais attrayantes par l'application; car, le plus sûr moyen de nous les faire bien connaître, c'est de nous faire prendre Fhabitude de les pratiquer. Une bonne institution est celle qui, s'attachant aux prescriptions de la vraie philosophie, se propose de réformer notre jugement, et de rapprocher nos mœurs des goûts simples et réglés de la nature.

Il y a peu de sciences que les philosophes de l'antiquité n'aient tenues pour plus ou moins dignes de mépris ; mais , il y en a peu aussi dont ils pensassent qu'il fût hors de propos de s'occuper, quoiqu'ils ne vissent dans cette occupation d'autre utilité que celle de pouvoir exercer leur esprit.

— Il en est de la nourriture de l'esprit comme de celle du corps , que nous ne laissons pas souvent de trouver délicate et savoureuse, bien qu'elle ne soit ni saine ni substantielle.

— Il nV a de sciences vraiment recommandables

que celles dont les principes et les effets se rattachent à rintérét vital des sociétés humaines.

— Le goût des sciences prises en général énerve le courage des nations, et détruit l'esprit militaire.

La science , eu égard aux besoids de l'homme, paraît devoir bien plutôt prendre place entre les choses propres à servir ses caprices , que tenir rang parmi les objets destinés à satisfaire les pures exigences de sa vie.

— Nous trouverions que, parmi les sciences en usage , il y en a bien peu qui ne soient hors de notre usage, si, bornant nos désirs aux strictes exigences delà nature, nous ne voulions nous adonner quà rétude des choses utiles.

— Nous sommes tous, et chacun de nous, plus riches que nous ne le pensons; mais, au lieu de nous apprendre à nous arrêter au point rigoureux de nos besoins, et à nous contenter, autant qu'elles peuvent nous suffire, de nos ressources naturelles, on nous habitue à courir après des biens d'emprunt , et Ton nous en fait embrasser plus que nous ne saurions en étreindre. Volupté, fortune et puissance, notre avidité devient extrême en toutes choses ; il n'est pas jusqu'au savoir, dont nous n'ayons un appétit insa-

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