Ibid
Chose admirable ! dans Port-Royal, Saini-Cyran excepté, les plus rigides n'ont pas été les hommes, mais les femmes, non pas les ecclésiastiques, mais les laïques, non pasNicolç et Amauld, mais Domat et Pascal. Dans l'affaire capitale du formulaire*, les femmes, Jacqueline à leur tête, étaient d'avis de tout braver plutôt que de signer le contraire de ce qui leur paraissait la vérité. Elles ne signèrent que par déférence pour ceux qui gouvernaient Port-Royal, et Jacqueline succomba, trois mois après la fatale signature, sous les scrupules et les angoisses de sa conscience. Dans une assemblée qui se tint chez Pascal, celui-ci proposa de résister ^. La grâce janséniste lui était devenue la vérité tout entière, le premier et le dernier mot du christianisme. Pour elle, il fut d'avis de tout hasarder^ même Port-Royal. Mais il n'y allait pas seulement de Port-Royal , il y allait de la discipline ecclésiastique et de Tunité de l'église. Pascal et sa sœur ne reculèrent pas devant cette extrémité. Cette
i. Le récit de cette aifaire est partout. Nous en avons rappelé les traita' principaux dans Jacqueline Pascal, et dans V Appendice n« 8, Documents inédits sur Domat.
2. Remettons sous les yeux du lecteur cette scène où se peint Tâme de Pascal. Jacqueline Pascal, ch. IV, p. 81 A : a La majorité des assistants, entraînée par Nicole et Amauld, se prononça pour la signature. Ce que voyant, M. Pascal . qui aimait la vérité par-dessus toutes choses^ et qui, malgré sa faiblesse, avait parlé très vivement pour mieux faire sentir ce qu'il sentait lui-môme, en fut si pénétré de douleur, qu'il se trouva mal et perdit la parole et la connaissance. Tout le monde en fut surpris et s'empressa pour le faire revenir. Ensuite, ces messieurs se retirèrent; il ne resta que M. de Roannez, M. Domat et M. Périer le fils. Quand M. Pascal fut tout à fait remis, M. Périer lui ayant demandé ce qui avait causé son accident : Quand j'ai vu toutes ces personnes-là, lui dit-il, que je regarde comme ceux à qui Dieu a fait connaître la vérité , et qui doivent en être les défenscui-s, s'ébranler, je vous avoue que j'ai été si saisi de douleur que je n'ai pu la soutenir» et il a falla succomber. »
jeuDe femme^ qui n'avait pas trente-six ans, osa dire à un prêtre, à un docteur, à M. Ârnauld, avec une hauteur et une véhémence dignes de son frère ou de Démosthènes: a Je ne puis plus dissimuler la douleur qui me perce jusqu'au fond du cœur de voir que les seules personnes à qui il semblait que Dieu eût confié sa vérité , lui soient si infidèles que de n'avoir pas le courage de s'exposer à souffrir, quand ce devrait être la mort, pour la confesser hautement... Je sais bien qu'on dit que ce n'est pas à des filles de défendre la vérité, quoiqu'on pût dire, par nne telle rencontre du temps et du renversement où nous sommes, que puisque les évêques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d'évêques. Mais si ce n'est pas à nous de défendre (a vérité, c'est à nous à mourir pour
la venté Que craignons- nous! Le bannissement pour
les séculiers, la dispersion pour les religieuses, la saisie du temporel, la prison, et la mort, si vous voulez? Mais n'estce pas notre gloire, et ne doit-ce pas être notre joie? Renonçons à TÉvangile, ou suivons les maximes de l'Évangile, et estimons -nous heureux de souffrir quelque chose pour la justice. Mais peut-être on nous retranchera de l'église? Mais qui ne sait que personne n'en peut être retranché malgré soi, et que, l'esprit de Jésus-Christ étant le seul qui unit les membres à lui et entre eux, nous pouvons bien être privés des marques, mais non jamais de l'effet de cette union, tant que nous conserverons la charité \ D Et sur ce fondement, Pascal et sa sœur proposaient de tenir ferme, et s'il le fallait de désobéir à l'autorité canonique des évêques et du saint -siège; parti violent qui eût séparé ouvertement Port-Royal de TégUse catholique, et