Sic. Il y a uu mot omis dans la copie, durée^ douceur
plus heureux, si Ton n'étoit point obligé de changer de pensée ; mais il n'y a point de remède.
Le plaisir d'aimer, sans l'oser dire, a ses peines, mais aussi il a ses douceurs. Dans quel transport n'est-on point de former toutes ses actions dans la vue de plaire à une personne que Ton estime infiniment! L'on s'étudie tous les jours pour trouver le moyen de se découvrir, et Ton y emploie autant de temps que si Ton devoit entretenir celle que Ton aime. Les yeux s'allument et s'éteignent dans un même moment; et quoique Ton ne voie pas manifestement que celle qui cause tout ce désordre y prenne garde, Ton a néanmoins la satisfaction de sentir tous ces remuements pour une personne qui le mérite si bien. L'on voudroit avoir cent langues pour le faire connottre : car comme Ton ne peut pas se servir de la parole. Ton est obligé de se réduire à réioquence d'action.
Jusques là on a toujours de la joie, et l'on est dans une assez grande occupation ; ainsi l'on est heureux. Car le secret d'enketenir toujours une passion, c'est de ne pas laisser naître aucun vuide dans l'esprit, en l'obligeant de s'appliquer sans cesse à ce qui le touche si agréablement. Mais quand il est dans l'état que je viens de dire*, il n'y peut pas durer longtemps, à cause qu'étant seul acteur dans une passion où il en faut nécessairement deux, il est difficile qu'il n'épuise bientôt tous les mouvements dont il est agité.
Quoique ce soit une même passion, il faut de la nouveauté; l'esprit s'y platt, et qui sait ' la procurer sait se faire aimer.