‹ Études sur PascalChapitre 141 sur 155 · Le Hs8. : dire, et an-dessas décrire^ %. Le Mss. se k p · texte numérisé non relu

Le Hs8. : dire, et an-dessas décrire^ %. Le Mss. se k p

Après avoir fait ce chemin^ cette plénitude quelquefois diminue ; et ne recevant point de secours du côté de la source, Ton décline misérablement^ et les passions ennemies se saisissent d'un cœur qu'elles déchirent en mille morceaux. Néanmoins un rayon d'espérance, si bas que Ton soit; relève aussi haut qu'on étoit auparavant. C'est quelquefois un jeu auquel les dames se plaisent; mais quelquefois en faisant semblant d*avoir compassion, elles l'ont tout de bon : que Ton est heureux quand cela arrive M

Un amour ferme et solide commence toujours par l'éloquence d'action : les yeux y ont la meilleure part. Néanmoins il faut deviner, mais bien deviner.

Quand deux personnes sont de même sentiment, elles ne devinent point, ou du moins il y en a une qui devine ce ce que veut dire l'autre, sans que cette autre l'entende ou qu'il ose l'entendre.

Quand nous aimons, nous paraissons à nous-mêmes tout autres que nous n'étions auparavant. Ainsi nous imaginons que tout le monde s'en aperçoit; cependant il n'y a rien de si faux. Mais parce que la raison a sa vue bornée par la passion, Ton ne peut s'assurer, et l'on est toujours dans la défiance.

Quand Ton aime, on se peg^suade que l'on découvriroit la passion d'un autre : ainsi l'on a peur.

Tant plus le chemin est long dans l'amour, tant plus un esprit délicat sent de plaisir.

Il y a de certains esprits à qui il faut donner longtemps des espérances, et ce sont les délicats. Il y en a d'autres qui ne peuvent pas résister longtemps aux difficultés, et ce

1. Cette exclamation ne part-elle pas du coeur, et n'exprime -t-elle rien de personnel?

sont les plus grossiers. Les premiers aiment plus longtemps et avec plus d'agrément; les autres aiment plus vite^ avec plus de liberté, et finissent bientôt.

Le premier effet de Tamour c'est d'inspirer un grand respect : l'on a de la vénération pour ce que Ton aime. H est bien juste ; on ne reconnott rien au monde de grand comme cela.

Les auteurs ne nous peuvent pas bien dire les mouvements de Tamour de leurs héros; il feudroit qulls fussent héros eux-mâmes.

L'égarement à aimer en divers endroits est aussi monstrueux que l'injustice dans Tesprit.

E^ amour, un silence vaut mieux qu'un langage. Il est bon d'être interdit : il y a. une éloquence de silence qui pénètre plus que la langue ne saurait faire. Qu'un amant persuade bien sa maltresse quand il est interdit, et que d'ailleurs il a de l'esprit! Quelque vivacité que l'on ait, il est bon, dans certaines rencontres, qu'elle s'éteigne. Tout cela se passe sans règle et sans réflexion, et quand l'esprit le Mt^ il n'y pensoit pas auparavant ; c'est par nécessité que cela arrive.

L'on adore souvent ce qui ne croit pas être adoré, et l'on ne laisse pas de lui garder une fidélité inviolable, quoiqu'il n'en sache rien : mais il faut que Tamour soit bien fin et bien pur.

Nous connoissons l'esprit des hommes, et par conséquent leurs passions, par la comparaison que nous faisons de nous-mêmes avec les autres. Je suis de l'avis de celui qui disoit que dans l'amour on oublioit sa fortune, ses parents et ses amis : les grandes amitiés vont jusques là.

Ce qui fait que Ton va si loin dans l'amour, c*est que l'on ne songe pas que l'on a besoin d'autre chose que de

ce que Ton aime. L'esprit est plein : il n'y a plus de place pour le soin ni pour Tinquiétude. La passion ne peut pas être sans excès : de là vient que Ton ne se soucie plus de ce que dit le monde^ que l'on sait déjà ne devoir pas condamner notre conduite , puisqu'elle vient de la raison. 11 y a une plénitude de passion^ il ne peut pas y avoir un commencement de réflexion.

Ce n'est point un effet de la coutume S c'est une obligation de la nature que les hommes fassent les avances pour gagner Tamitié des dames.

Cet oubli que cause l'amour et cet attachement à ce que l'on aime fait naître des qualités que Ton n'avoit pas auparavant; l'on devient magnifique sans Tavoir jamais été. Un avaricieux même qui aime devient libéral^ et il ne se souvient pas d'avoir jamais eu une habitude opposée. L'on en voit la raison en considérant qu'il y a des passions qui resserrent l'âme et qui la rendent immobile, et qu'il y en a qui l'agrandissent et la toat répandre au dehors.

L'on a ôté mal à propos le nom de raison à Tamour, et on les a opposés sans un bon fondement; car l'amour et la raison n'est qu'une même chose : c'est une précipitation de pensées qui se porte d'un côté sans bien examiner tout, mais c^est toujours une raison, et l'on ne doit et on ne peut pas souhaiter que ce soit autrement, car nous serions des machines très désagréables. N'excluons donc point la raison de l'amour, puisqu'elle en est inséparable. Les poètes n'ont donc pas de raison de nous peindre l'amour comme un aveugle. Il tàui lui ôter son bandeau et lui rendre désormais la jouissance de ses yeux.

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