‹ Études sur PascalChapitre 27 sur 155 · Madem(riseUe Pôrier : 0/n ceux qwtani intéressé! par · texte numérisé non relu

Madem(riseUe Pôrier : 0/n ceux qwtani intéressé! par

un discours bien consolatif * à ceux qui ont assez de liberté d'esprit pour le concevoir au fort de la douleur. C'est que nous devons chercher la consolation à nos maux, non pas dans nous-mêmes, non pas dans les hommes^ non pas dans tout ce qui est créé, mais dans Dieu, o

Au lieu de ce simple^ touchant et imposant débuts ces Messieurs ont mis la phrase suivante, dont la vulgarité et la pesanteur ont jusqu'ici été imputées à l'auteur des Provinciales: « Quand nous sommes dans F affliction à cause de la mort de quelque personne pour qui nous avons de Vaf" feetion, ou pour quelque autre malheur qui nous arrive, nous ne devons pas chercher de la consolation dans nousmêmes, ni dans les hommes, ni dans tout oe qui est créé, mais nous devons la chercher dans Dieu seul, »

Pascal : « Ne nous afDigeons donc pas comme les païens, qui n'ont pas d'espérance : nous n'avons pas perdu mon père au moment de sa mort; nous l'avions perdu pour ainsi dire dès qu'il entr^ dans l'Église par le baptême » Port- Royal a transporté à tous les fidèles ce que Pascal dit ici de son père; mais alors que peut signifier dans la bouche de Pascal cette expression : oc Nous n'avons pas perdu les fidèles au moment de leur mort? p II fallait mettre au moins: Nous ne perdons pas les fidèles.

Pascal : a Ne considérons plus un homme comme ayant cessé de vivre, quoi que la nature suggère, mais comme commençant à vivre, comme la vérité l'assure ...... Quoi que

la nature suggère veut dire ici : quelque opinion contraire que la nature suggère. Ce n'est pas la conjonction quoique^ quamvisy mais, comme diraient les grammairiens, Tadverbe conjonctif gt<oi qucy quidvis, Port-Royal, qui n'a pas en-

i. Manuscrit de rOratoire : bien coruolani.

14Î DES PENSÉES DE PASCAL. flAPPORT — î.

tendu cette phrase^ la remplace parcelle-ci: Qiioique la nature le suggère. »

Pascal : a Pour dompter plus facilement cette horreur (l'horreur de la nature pour la mort), il faut en bien comprendre Torigine, et, pour vous le toucher en peu de mots, je suis obligé de vous dire en général quelle est la source de tous les vices et de tous les péchés. C'est ce que j'ai appris de deux très- grands et très -saints personnages. La vérité qui ouvre ce mystère est que Dieu a créé l'homme

avec deux amours » Port-Royal supprime tout cela,

et dit seulement : a Dieu a créé l'homme avec deux amours »

Pascal : a L'horreur de la mort est naturelle^ mais c'est en l'état d'innocence; la mort^ à la vérité^ est horrible^ mais c'est quand elle finit une vie toute pure. » Port-Royal: < Lhorreur de la mort est naturelle, mais c'est dans l'état d'innocence, parce qu'elle neût pu enlrer dans le paradis qu'en finissant une vie toute pure, d

Pascal: a L'âme quitte la terre et monte au ciel à l'heure de la mort, et sied à la droite au temps où Dieu l'ordonne. » Port - Royal : Et enfin l'âme quitte la terre et monte au ciel en menant une vie céleste. Ce qui fait dire à saint Paul: Couver sio nostra in cœlis est (Philip, VLl, 20)..»

Pascal : « Voilà certainement quelle est notre croyance et la foi que nous professons, et je crois qu'en voilà plus qu'il n'en faut pour aider vos consolations par mes petits efforts. Je n'entreprendrois pas de vous porter ce secours de mon propre; mais, comme ce ne sont que des répétitions de ce que j'ai appris, je le fais avec assurance, en priant Dieu de bénir ces semences et de leur donner l'accroissement; car sans lui nous ne pouvons rien faire, et les

plus saintes paroles ne prennent point en nous^ comme il Ta dit lui - même. Ce n'est pas que je souhaite que vous soyez sans ressentiment; le coup est trop sensible; il seroit même insupportable sans un secours surnaturel. Il n'est donc pas juste que nous soyons sans douleur comme des anges^ etc... » Port- Royal réduit ainsi ce passage: a II n'est pas juste que nous soyons sans ressentiment et sans douleur dans les afflicti(»is et dans les accidents fâcheux qui nous arrivent, comme des anges^ etc... d

Pascal : « La prière et les sacrifices sont un souverain remède à ses peines (les peines de leur père) ; mais j'ai appris d'un saint homme^ dans notre affliction^ qu'une des plus solides et des plus utiles charités envers les morts est de faire etc.. b Ce saint homme est probablement M. Stnçlin. Port-Royal efface cette allusion : a Une des plus solides et plus utiles charités envers les morts est, etc.... d

Voici un long et touchant passage entièrement supprimé par Port-Royal :

a Faisons-le (leur père) donc revivre devant Dieu en nous de tout notre pouvoir^ et consolons-nous en l'union de nos coeurs, dans laquelle il me semble qu'il vit encore^ et que notre réunion nous rende en quelque sorte sa présence, comme Jésus-Christ se rend présent en l'assemblée de ses fidèles.

a Je prie Dieu de former et de maintenir en nous ces sentiments, et de continuer ceux qu'il me semble qu'il me donne d'avoir pour vous et pour ma sœur plus de tendresse que jamais ; car il me semble que l'amour que nous avions pour mon père ne doit pas être perdu^ et que nous en devons faire une refusion sur nous-mêmes, et que nous devons principalement hériter de l'afiection qu'il nous portoit pour nous aimer encore plus cordialement , s'il est possible.

« Je prie Dieu de nous fortifier dans ces résolutions, et sUr cette espérance je vous conjure d'agréer que je vous donne -un avis que vous prendriez bien sans moi, mais je ne laisserai pas de le faire ; c'est qu'après avoir trouvé des sujets de consolation pour sa personne^ nous n'en venions pas à manquer pour la nôtre par les prévoyances des besoins et des utilités que nous aurions de sa présence.

« C'est moi qui y suis le plus intéressé : si je l'eusse perdu il y a six ans, je me serais perdu; et quoique je croye en avoir à présent une nécessité moins absolue, je sens qu'il m'auroit été encore nécessaire dix ans et utile toute ma vie.

« Mais nous devons espérer que Dieu, l'ayant ordonné en tel temps, en tel lieu, en telle manière, sans doute c*est le plus expédient pour sa gloire et pour notre salut. Quelque étrange que cela paroisse, je crois qu'on en doit estimer de la sorte en tous les événements , et que, quelque sinistres qu'ils nous paroissent, nous devons espérer que Dieu en tirera la source de notre joie, si nous lui en remettons la conduite.

« Nous connoissons des personnes de condition qui ont

appréhendé des morts domestiques que Dieu a peut-être

détournées à leur prière, qui ont été cause ou occasion de

. tant de misère , qu'il seroit à souhaiter qu'ils n'eussent pas

été exaucés. »

On voit qu'au moment où Pascal écrivait cette lettre^ à la fin de 1651, il n'était point encore arrivé à cet absolu retranchement des affections naturelles les plus légitimes qu'il s'est imposé dans les dernières années de sa vie^ par un excès contraire à la sagesse humaine , et même à la sagesse divine, qui a aimé aussi pendant son passage sur la terre. Ici Pascal est encore un homme, un fils, un frère.

Cette lettre^ qui peint son âme à cette époque de sa vie^ doit être intégralement restituée *.

En voyant à quel point Port-Royal Ta défigurée pour en tirer des Pensées générales sur la mort, le soupçon nous est ? enu que plusieurs des Pensées de la première édition, qui ne sont pas dans le manuscrit autographe et dont Torigine nous échappait, pourraient bien avoir été formées de la même manière, sur des lettres semblables à celles que nous venons de faire connaître d'après le manuscrit de TGhratoire et mademoiselle Périer. Or le mémoire sur Pascal, inséré dans le Recueil de pièces pour ser\'ir à l'histoire de Porl-Royal, nous apprend « qu'on a encore plusieurs lettres de M. Pascal à mademoiselle de Roannez, morte duchesse de la Feuillade, 0 et ce mémoire donne un fragment d'une de ces lettres qui commence et se termine ainsi : a Mademoiselle, il y a si peu de personnes à qui Dieu se fasse connoitre par des coups extraordinaires, qu'on doit bien profiter de ces occasions, puisqu'il ne sort du secret de la nature qui le couvre que pour exciter notre foi à le servir avec d'autant plus d'ardeur que nous le. connoissons avec plus

de certitude Rendons-lui des grâces infinies de ce que,

s'étant caché en toutes choses pour les autres, il s'est découvert en toutes choses et en tant de manières pour nous, o En ouvrant le chapitre XXVil de Port-Royal intitulé : Pensées sur les miracles, on y trouve précisément cet admirable morceau : a II y a si peu de personnes à qui Dieu se fasse

paroltre par des coups extraordinaires » et tout le reste,

comme dans la lettre à mademoiselle de Roannez publiée par le Recueil. Ceci nous'a été un trait de lumière. Nous avons recherché les autres lettres de Pascal à mademoiselle de

i. Voyez plus bas : Lettres de Pascal.

Boannazy et nous les avons rencontrées dans le manuscrit de rOratoire et dans les Mémoires de Marguerite Périer. Ce n'est point ici le lieu de faire connaître la sainte et cruelle entreprise de PortrRoyal sur cette aimable personne, qu'un zèle farouche disputa longtemps aux liens les plus légitimes de la nature et du monde, et qui, divisée avec ellemême dans ce terrible combat, finit par mourir misérablement, chargée des anathèmes de Port-Royal, repentante et désespérée d'avoir été une fille soumise et une épouse irréprochable*. Détournons les yeux de cet épisode de la vie de Pascal, au temps de sa grande conversion, plus triste encore que celui qui marqua sa conversion première, c'est4i-dire cette dénonciation portée par Pascal et quelques-uns de ses amis contre un pauvre religieux, nommé Saint-Ange, coupable de s'être permis, et encore

1. La mère de mademoiselle de Roannez voulait la marier : elle résista par les conseils de Port-Royal. Elle s'échappa de la maison maternelle et se réfngia à Port-Royal, qui la reçût et ne la rendit qu'à la force et nir une lettre de cachet, que la pauvre mère sollicita et obtint de la reine. Mademoiselle de Roannez avait inspiré un sentiment extraordinaire à une personne dont le nom ne se trouve pas dans nos manuscrits. Plus tard elle revit cette personne, et elle commençait à être touchée d'une passion si fidèle, lorsqu'une entrevue avec Taustèie abl>é Singlin la remplit de scrupules et lui rendit sa première ferveur. Tant que Pascal vécut, il la retint. Après sa mort, elle rentra encore dans le monde, et épousa M. de la Feuillade. Le mariage ne fat pas plutôt fait qu'elle se repentit de sa faut«, dit le Recueil. Le premier enfant qu'elle eut ne reçut point le baptême ; le second vint au monde tout contrefait; le troisième fut une fille naine qui mourut subitement à l'âge de dix<4ieuf ans; le quatrième a été M. de la Feuillade, mort en 1725, sans postérité. La duchesse de la Feuillade eut, après ses couches, des maladies extraordinaires qui donnèrent lieu à des opérations très-cruelles, au milieu desquelles elle mourut en 1683. Elle laissa 8,000 Uvrcs à Port-Royal pour une religieuse converse qui remplirait la place qu'elle y devait tenir elle-même. Voyez plus bas: Mademoi' ^eile de Roannez,

dans des entretiens confidentiels, quelques explications hasardées des saints mystères* • Il né faudrait même tirer de ces deux affaires qu'une leçon^ celle de la profonde imperfection de la nature humaine» presque incapable du vrai milieu en toutes choses, et se laissant sans cesse emporter de Taustérité des mœurs à un fanatisme insensé ou d'ime sage indulgence à un relâchement sans dignité. Ici nous ne devons considérer les lettres de Pascal à mademoiselle de Roannez que comme la source entièrement inconnue de la plus grande partie des Pensées qui se trouvent dans le chapitre XXVII de Port-Royal sur les Miracles et dans les Pensées chrétiennes.

Les lettres de Pascal à mademoiselle de Roannex sont au nombre de neuf; elles sont assez étendues, et elles ont fourni plus d'une trentaine de pages de l'édition de Port- Royal. Elles nous peignent Pascal^ non plus, conune en 1651 , retenant les affections naturelles au milieu des progrès d'une piété raisonnable encore; mais Pascal^ sous la discipline de l'abbé Singlin> engagé dans les sublimes petitesses de Port-Royal, charmé et s'enorgueillissant presque . des miracles de la Sainte-Épioe, s'enfonçant chaque jour davantage et précipitant les autres dans les extrémités d'une dévotion exagérée*.

Nous allons successivement parcourir ces lettres, en

1. Cette histoire est fort adoucie et môme présentée en beau par madame Périer dans la Vie de Pascal. On la peut voir avec tous ses détails atttlientiques, dans les DocmnenU inédiU sur Pascal et mr ta famille.

2. Madame Périer avait tronyé pour sa fille aînée, Jacqueline» Agée de (ïQinze ans^ xm mariage très-avantageux, et elle songeait à cet établissement. Port-Royal et Pascal s'y opposèrent en des termes vraiment incroyables, et que nous trouvons dans un fragment inédit d^me lettre de Pascal à sa sœur. Voyez plus bas: Lettre» de PascaL

marquant les passages que Port-Royal a empruntés.

Le célèbre paragrapbe des Pensées chrétiennes sur le pape, commençant ainsi : <r Le corps n'est non plus vivant sans le chef que le chef sans le corps, etc. d^ est un fragment très-court et bien décoloré de la première lettre. Rétablissons le fragment original : a Je loue de tout mon cœur le petit zèle que j'ai reconnu dans votre lettre pour Tunion avec le pape. Le corps n'est non plus vivant sans le chef que le chef sans le corps; quiconque se sépare de l'un ou de l'autre n'appartient plus à Jésus-Christ. Je ne sais s'il y a des personnes dans TÉglise plus attachées à cette unité du corps que ne le sont ceux que vous appelez notés. Nous savons que toutes les vertus^ le martyre» les austérités ; toutes les bonnes œuvres, sont inutiles hors de l'Église et de la communion du chef de rÉglise, qui est le pape. Je ne me séparerai jamais de sa communion; au moins je prie Dieu de m'en faire la grâce^ sans quoi je serois perdu pour jamais. Je vous fais une profession de foi; je ne sais pourquoi, mais je ne l'efifacerai pas... »

On a tiré de cette ménae lettre cet autre paragraphe du même chapitre : a C'est l'Église qui mérite avec Jésus- Christ^ qui en est inséparable ^ la conversion de tous ceux qui ne sont pas dans la véritable religion ( l'original : dans la vérité) ; et ce sont ensuite ces personnes converties qui secourent la mère qui les a délivrées, s» Mais ce paragraphe est amené et suivi, dans Pascal, par des réflexions sur les circonstances du temps, où percent les desseins «le Port -Royal sur mademoiselle de Roannez: «Je suis ravi de ce que vous goûtez le livre de M. de Laval (le duc de Luynes) et les méditations sur la grâce; j'en tire de grandes conséquences pour ce que je souhaite Je

mande le détail de cette condamnation qui vous avoit effrayée. Cela n*est rien du tout, Dieu merci , et c'est un miracle de ce qu'on n'y fait pas pis , puisque les ennemis de la vérité ont le pouvoir et la volonté de l'opprimer. Peut-être étes-vous de celles qui méritent que Dieu ne l'abandonne pas et ne la retire pas de la terre qui s'en est rendue si indigne, et il est assuré que vous servez l'Église par vos prières, si l'Église vous a servie par les siemtes;

car c'est l'Eglise qui mérite avec Jésus-Christ, etc Je

vois bien que vous vous intéressez pour l'Eglise; vous lui êtes bien obligée : il y a seize cents ans qu'elle gémit pour vous; il est temps de gémir pour elle et pour nous tous ensemble, et lui donner tout ce qui nous reste de vie, puisque Jésus-Christ n'a pris la sienne que pour la perdre pour elle et pour nous. »

Bossut a reproduit les deux paragraphes de l'édition de Port-Royal, sans avertir de leur origine, et il les a jetés au milieu d'autres Pensées tirées de sources différentes, et du tout il a fait le paragraphe 13 de l'article xvu.

La seconde lettre contient le morceau déjà cité sur lès miracles à l'occasion du miracle de la Sainte -Epine et de la vérification qui venait d'en être achevée. Bossut a mis en tète de ce morceau et réuni dans un même paragraphe une autre pensée de Pascal sur les miracles.

Port-Royal a tiré de la lettre troisième ces deux paragraphes : <x II faut juger de ce qui est bon ou mauvais par la volonté de Dieu Jésus-Christ a donné dans l'Evangile, pour reconnottre ceux qui ont ia foi... 0, négUgeant dans cette même lettre un autre fragment plus remarquable encore que tout le reste. C'est ici qu'on surprend, comme sur le fait, la méthode vicieuse et arbitraire de Bossut : il a réuni la pensée : « Il faut juger de ce qui est

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bon OU mauvais par la volonté de Dieu » à une antre

pensée sur les saints; et de ces deux pensées mises ensemble il a composé le § 44 de Tarticle %ni. Puis de l'autre pensée: «Jésus-Christ a donné dans TEvangile » il a fait

un paragraphe particulier. Mais ce qu'il y a de plus admirable, c'est qu'ftyant eu sous les yeux notre lettre , il a été frappé comme nous de la beauté du fragment négligé par Port-Royal, et il a publié le premier ce fragment; maïs où Ta-tril placé t non pas avec les deux autres pensées qu'il continue, mais à part, en dehors des pensées, parmi des fragments de lettres de Pascal. De deux choses Tune : Bossut maintenait ou rejetait la forme épistolaîre; s'il la rejetait, il fallait mettre ce fragment avec les deux antres parmi les Pensées; s'il la mmntenait, il fallait retirer du milieu des Pensées les deux paragraphes donnés par Port- Royal, et avec le fragment en question restituer la lettre et la pid>lier intégralement. Ce fr2^;ment commence ainsi : « Les grâces que Dieu fait en cette vie sont la mesure de la gloire qu'il prépare en l'autre, etc. d

Le beau paragraphe des Pensées chrétiennes : c On ne se détache jamais sans douleur, etc., » est la lettre iv presque tout entière.

Les deux paragraphes de Port-Royal, même chapitre : a II faut tâcher de ne s'affliger de rien... » — « Lorsque la vérité est abandonnée et persécutée... », sont extraits de la lettre v«, mais avec bien des altérations; nous n'en relève^ rons qu'une seule, qui fera juger de tontes les autres. Au lieu de cette phrase assez bonne pour le duc de Roannez et tiéme pour Amauld : a Lorsque la vérité est abandonnée it persécutée, il semble que ce soit un temps où le service qu'on rend à Dieu en le défendant lui soit bien agréable », Pascal avait dit : « Sans mentir. Dieu est bien j^ndonné;

PENSÉES QUI NE SONT PAS DANS LE MANUSCRIT. !5i

il me semble que c'est un temps où le service qu'on lui rend lui est bien agréable. » Bossut a eu le courage de maintenir la première leçon.

Le paragraphe de Port-Royal sur la vanité des austérités et de la douleur même sans la bonne disposition du coeur^ n'est autre que la vi« lettre abrégée et altérée. Pascal commençait ainsi : a Quoi qu'il puisse arriver de Taffaire***, il y en a assez, Dieu merci, de ce qui est déjà fait pour en tirer un admirable «ivantage contre les maudites maximes. Il faut que ceux qui ont quelque part en cela en rendent de grandes grâces à Dieu, et que leurs parents et amis en prient Dieu pour eux , afin qu'ils ne tombent d'un si grand bonheur et d'un si grand honneur que Dieu leur a fait. Tous les honneurs du monde n'en sont ' que l'image; celui-là seul est solide et réel; et néanmoms il est inutile sans la bonne disposition du cœur. Car ce ne sont ni les austérités du corps, etc. n

La lettre vn* a fourni les deux paragraphes : a Le passé ne nous doit point embarrasser... » — a On se corrige quelquefois mieux par la vue du mal que par l'exemple du

bien »• Mais cette dernière pensée est admirablement

préparée dans Pascal : a Je prévois, dit-il, bien des peines et pour cette personne et pour d'autres et pour moi; mais je prie Dieu, lorsque je sens que je m'engage dans ces prévoyances, de me renfermer dans mes limites; je me ramasse dans moi-même, et je trouve que je manque à faire plusieurs choses à quoi je suis obligé présentement, pour me dissiper en des pensées inutiles de l'avenir... Ce que je dis là, je le dis pour moi, et non pas pour cette personne qui a assurément plus de vertu et de méditation que moi; mats je lui représente mon défaut pour l'empêcher d'y tomber. On se corrige iquelquef ois mieux par la vue du mal, etc. »

On n'a rien tiré de la lettre viii«, mais la ix* et d.>rnière est la source de deux grands morceaux ^ l'un sur les prédictions que fournit TEcriture pour le temps présent, et Tautre sur le mérite des reliques des saints : a Le Saint- Esprit repose învisiblement dans les reliques de ceux qui sont morts ^ etc. o

Sans nous 'arrêter à signaler d'innombrables variantes que nous fournissent nos manuscrits, et qui changeraient la face du texte imprimé, il nous suffit d*avoir montré que voilà bien des pages étrangères aux Pensées, et que la critique la plus superficielle doit se faire un devoir de rétablir dans leur forme primitive, c'est-à-dire séparément et sous la forme de lettres intimes et confidentielles, écrites par Pascal à sa sœur et à la duchesse de Roannez, lettres qui , rapprochées de plusieurs autres encore inédites*, feraient paraître dans toute sa grandeur et aussi dans toute sa misère ce personnage extraordinaire, sublime mais sans mesure, ardent et extrême en tout, comme le dit la seule personne qui Tait bien connu et qui ait osé le juger, une femme de son sang et de son ordre, Jacqueline Pascal , inférieure à sa sœur Gilberte comme femme, mais presque l'égale de son frère par la puissance de l'esprit et de la passion ^.

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