Cf. P.-R. ch. XXI ; B. 2« part
parce que la pensée qui nous enseigne, quoi qu'en dise Pascal, et Fexistence de l'âme et celle de Dieu, et celle aussi du bien et du mal, de la vertu et du crime, de la liberté et de la responsabilité de nos actes, mêle à ces grands enseignements plus d'une erreur, et parce que la philosophie, comme toute religion, compte des écoles et des sectes différentes !
Mais au lieu de défendre la philosophie, nous préférons citer encore deux passages inédits où par mégarde Pascal traite assez bien les philosophes. Dans Funil reconnaît que tout n'était pas si corrompu et si extravagant dans la philosophie ancienne, puisqu'il s'y est rencontré un homme qu'on fait bien de lire pour se préparer à recevoir l'impression de la religion chrétienne, a Platon, pour disposer au christianisme (Msc. p. 73.). » Dans l'autre passage, pour prouver l'immatérialité de Tàme, il en appelle aux philosophes qui ont dompté leurs passions. « Immatérialité de rame. Les philosophes qui ont dompté leurs passions : quelle matière l'a pu faire (Msc. p. 393.)? d
On a souvent dit, et avec raison, que Pascal a beaucoup emprunté à Montaigne : c'est que, dans Montaigne il se retrouvait lui-même, et qu'en lui-même il retrouvait Montaigne. C'étaient là ses deux livres habituels, qui s'éclaircissaient l'un par l'autre. Voilà ce quil nous déclare luimême dans ces lignes intéressantes :
a Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi que je trouve tout ce que j'y vois (Msc. 43! .). »
Nous nous arrêtons ici, et ne citerons pas un plus grand nombre de pensées inédites qui peuvent accroître les chapitres de Port-Royal intitulés : Pensées diverses et Pensées morales. Nous passons à celles qu'avec Port-Royal encore on pourrait appeler Pensées chrétiennes. *
Ouvrons ce nouveau chapitre par la pensée qui domine toutes les autres :
a n est bon d'être lassé et fatigué par Tinutile recherche du vrai bien^ afin de tendre les bras au libérateur (Msc. p. 63 •.).!)
Pascal^ après avoir dit que Dieu nous a donné une puissance de bonheur et de malheur^ ajoute : a Vous pouve z rappliquer à Dieu ou à vous. Si à Dieu^ TËvangile est 1 a règle; si à vous, vous tiendrez la place de Dieu (Msc.
«Les vrais chrétiens obéissent aux folies; néanmoins non pas qu'ils respectent les folies, mais Tordre de Dieu qui, pour la punition des hommes^ les a asservis à ces fo* lies (Msc. p. 81.)*
a II y a peu de vrais chrétiens, je dis même pour la foi. Il y en a bien qui croient, mais par superstition ; il y en a bien qui ne croient pas, mais par libertinage. Peu sont entre deux.
a Je ne comprends pas en cela (dans la superstition) ceux qui sont dans la véritable piété de mœurs, et tous ceux qui croient par un sentiment du cœur (Msc. p. â44.).
a Ce n'est pas une chose rare qu'il faille reprendre le monde de trop de docilité : c'est un vice naturel, comme rincrédulité, et aussi pernicieux (Msc. p. \6S^.).
a Le monde ordinaire a le pouvoir de ne pas songer à ce qu'il ne veut pas songer. Ne pensez pas aux passages du Messie, disait le juif à son fils. Ainsi font les nôtres souvent : ainsi se conservent les fausses religions et la vraie même à l'égard de beaucoup de gens.
i. Cf. B. s* part, yni, 19.