‹ Études sur PascalChapitre 46 sur 155 · IbUL · texte numérisé non relu

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avec une dialectique vive et lamiaeuse, une malice tempe* lée par la grftoe, et en genne toutes les qualités parve-* nues à leur perfection dans les Provinciales. Pascal ne voulait pas renoncer à son arme accoutumée dans la défense du christianisme , et notre manuscrit contient pluâeurs projets de lettres, et même de correspondance suivie.

Le P. Desmolets a publié un de ces passages précieux : « Une lettre d'exhortation à un ami pour le porter à chercher. Et il répondra : mais à quoi me servira de ch^t;her? rien ne me parott. Et lui répondre : Ne désespérez pas. Et il me répondra qu'il seroit heureux de trouver quelque lumière; mais que, selon cette religion même, quand il croîroit, cela ne lui serviroit à rien, et qu'ainsi il aime autant ne point chercher. Et à cela lui répondre : La machine. B

On ne voit pas d'abord ce que signifie cette expression. Les lignes suivantes l'éclaircissent :

Page 25. a Lettre qui marque l'utilité des preuves par la machine, b

Ibid. «Ordre. Après la lettre qu'on doit chercher Dieu, faire la lettre d'ôter les obstacles, qui est le discours de la machine, de préparer la machine, de chercher par la raison, b

Ici la machine est opposée à la réflexion, à la raison^ et désigne certaines habitudes ^ certaines pratiques qui ont leur force persuasive et disposent à croire. Au xvn« siècle, par machine se disoit pour machinalement M»* de Lafayette à M^ de Sévigné : Je ne mange que par machine. Pour bien entendre ces passages, il les faut rapprocher de celui que nous avons donné plus haut' : « Que voulez-vous

i. Préface de la seconde édition, p. 63, et Rapp., p. 285 et 2S6.

mi PLAN DE PASCAL. ttt

donc que je fasse? -— Prendre de l'eair bénite, faire dire des messes, etc. Naturelleinent cela vous abêtira. »

Ibid. «La fiH eei différente de la preuve; Tune est hur maine, l'autre est un don de Dieu. Justus exJléUvMK C'est de cette foi, que Dieu lui-même met dans le conir, dont la preuve est souvent Finstrument, tldes ex auditu, mais cette foi est dans le coeur et fait dire : Non scio, mais credo.»

Page S9. « Lettre pour porter à chercher Dieu, b

« Et puis le fftire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatiques, qui travaillent celui qui les recherche.»

Page 35. « Dans la lettre de Tinjustice peut venir la pbusantme des ahiés qui ont tout : mon ami, vous êtes né de cecêté de la montagne; il est donc juste que vot^ aîné ait tout. »

a Pourquoi me tuez-vous?... »

Page ÂSl. «Une lettre de la folie et de la science hu^ maine et de la philosophie. »

« Cette lettre avant le divertissement, b

Voilà les traces les plus manifestes d'un dessem bien ai^ rêté par Pascal d'introduire plus d'une fois la forme' épisr tolaire dans la grande composition qu'il méditait. Nous in^ clinons aussi à penser qu'il voulait y placer des dialogues: voici du moins ce que nous trouvons écrit de sa main^ p. 29»

« Ordre par dialogues, b

«Que dois -je faire? Je ne vois partout qu'obscurités. Grdrai-je que je ne suis rien? croirai- je que je suis Dieu?B >

Viennent ensuite, séparées les unes des autres par d'as^ sez grands intervalles, des lignes quelquefois inachevées. Toutes choses changent et se soccèdentB

Stt DES PENSÉES DE PASCAL. RAPPORT -IIL

« Vous VOUS trompée; H y a... »

« Eh quoi ! ne ditofr^ous pat vouMttème que le ciel et les oiaeaax prouvent Dieu*! Nob^ Et notie rdigion ne nous le dii-de pas? Non; car encore que cela est vrai en un MM pour quelques âmes à qui Dieu donne cette lumière^ néanmoins cela est faux à Tégard de la plupart.» U faut aussi se rappeler Fespèce de dialogue qui est au milieu du morceau sur la règle des paris appliquée à la question de Texistence de Dieu.*— • Vous aves deux choses à perdre... -p* Oui, il faut gager; mais je gage peut-être trop. — Voyons... Vous dites... «>-* Oui, mais j'ai les mains liées..* — Naturellement cela vous fera croire et vous abêtira. <— Mais c^est ce que je crains. — Et pourquoi?... 01 ce discours me transporte...'-- 8i ce discours vous plaît... a

Ces indices nombreux et que nous aurions pu multiplier, prouvent incontestablement que Fouvrage auquel Pascal avait consacré les dernières années de sa vie, s'il eût pu être achevé, n'eût pas été seulement un admirable écrit âiéolog^que et philosophique, mais un ehef-d'cauvre d'art, où l'homme qui avait le plus réfléchi k la manière de persuader ainait déployé toutes les ressources de l'expérience et du talent, la dialectique et le pathétique, l'ironie, la vâiémence et la grftce, parlé tous les langages, essayé toutes les formes pour attirer l'ftme humaine par tous ses cAtés vers l'aile assuré que lui ouvre le clûîstianisme. D'un pareil monument il ne nous reste que des débris, ou plutôt des matériaux souvent informes, mais où brille encore de loin en loin l'écbiir du génie. Becudllir et fiure connaître ces matériaux dans Fétat où ils nous scmt parr venus est une tftdie pieuse que nous avons commencée, et k laquelle nous convions quelque jeune ami des lettres. Exoriare alibis fil nous sufBia de lui avoir montré et

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