‹ Études sur PascalChapitre 5 sur 155 · LA PHILOSOPHIE DE PASCAL BT DB PORT-ROYAL · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE DE PASCAL BT DB PORT-ROYAL

PHÉFACB DE LA PRBVIÈBB âDITIOH.

Nous publions de nouveau^ sans y rien changer, le Rapport sur la nécessité d'une nouvelle édition des Pensées de Pascal, que nous avons lu cette année à TAcadémie française^ et qui a paru successivement dans le Journal des Savan^j^ avril-novembre, 1843.

Bossut^ dans l'édition de 1779, avertit bien que le chapitre sur Montaigne et Epictète et celui sur la condition des grands sont tirés, l'un d^un entretien entre Pascal et Sacy^ rapporté par Fontaine dans ses Mémoires, Tautre de discours adressés par Pascal au jeune duc de Roannez et publiés assez tard par Nicole. Mais ces deux morceaux exceptés^ il n'y a pas un éditeur, il n'y a paa^un critique qui se soit avisé de soupçonner que le texte reçu des Pensées ne fût pas le texte authentique de Pascal; tandis qu'aujourd'hui, après notre travail, il reste péremptoirement démon-

s DES PENSÉES DE PASCAL.

tré, que^ comparé au manuscrit autographe conservé à la bibliothèque du Roi^ ce texte^ jusqu'ici en possession d*une admiration religieuse^ n'est rien moins qu'une infidélité continuelle. En effets toutes les infidélités qu'il est possible de concevoir s'y roncontrenti omissions, suppositions, altérations.

Les omissions les plus fortes viennent de Port -Royal dans la première édition de 1670, et elles ont leur source dans deux motifs très- légitimes, i» Gomme nous l'avons dit bien des fois S le loyal respect de la paix récemment imposée aux jésuites et aux jansénistes par le pape et par le roi, faisaient à MM. de Port -Royal, éditeurs des Pensées de Pascal, non -^seulement une nécessité, mais un devoir de ne rien laisser paraître qui rappelât les querelles anciennes : de là, la suppression forcée de tous les passages contre les jésuites, 2® MM. de Port-Royal, voulant faire avant tout de Touvrage de leur illustre ami un livre édifiant, en retranchèrent naturellement les pensées qui devaient leur sembler à eux-mêmes fausses ou équivoques, et d'un effet médiocrement salutaire sur les esprits et sur les âmes.

Mais les omissions ne sont pas le genre le plus grave d'altération que puisse éprouver un ouvrage posthume. Un temps vient où de nouveaux éditeurs rétablissent les passages omis. Ainsi Bossut a donné les tirades contre les jésuites que MM. de Port-Royal avaient dû supprimer, et nous- même nous publions pour la première fois, avec plusieurs passages contre les jésuites que Bossut avait négligés, des pensées nouvelles sur la religion et sur la philosophie, qui achèvent de mettre en lumière le dessein de

Pascal. L^altération la plus dangereuse^ parce qu'elle ne peut être découverte et réparée que par une étude approfondie du manuscrit original^ c'est la supposition de passages^ conformes ou non conformes à la pensée de Tauteur^ mais qui ne sont pas sortis de sa plume; par exemple ici des propos de Pascal, recueillis plus ou moins exactement par ses amis et ses parents, et introduits par Bossut sans aucun avertissement dans le texte même; surtout ces additions incroyables que Port-Royal a faites de sa propre main, particulièrement dans le morceau célèbre sur ia règle des paris appliquée à la question de Texistence de Dieu, additions maintenues par Bossut et qui changent entièrement le caractère de ce fragment tant de fois cité.

Heureusement ces suppositions^ sans être rares, ne sont pas très-nombreuses ; l'altération la plus déplorable est celle qui tombe à chaque page et presque à chaque ligne sur le style de Pascal, c'est-à-dire assurément sur ce qu'il a laissé de plus durable et de plus grand; car le penseur dans Pascal a des supérieurs^ mais Técrivain n'en a pas.

Pascal est venu à cette heureuse époque de la littérature et de la langue où l'art se joignait à la nature dans une juste mesure pour produire des œuvres accomplies. Avant lui et après lui , cette parfaite harmonie, qui dure si peu dans la vie littéraire d'un peuple, ou n'est pas encore ou bientôt n'est plus. Avant Pascal, dans Descartes môme, la nature est puissante^ mais l'art manque un peu ; et quelque temps après Pascal^ dès les premières années du xvui« siècle^ l'art parait déjà trop ; la beauté de la forme commence à être recherchée pour elle-même, jusqu'à ce moment fatal, marqué avec tant d'éclat par J.-J. Rousseau % où commence

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