SUR PASCAL ET SUR SA FAMILLE
L'intérêt qui s'attache à Pascal se répand sur tous les siens, et nous enhardit à publier ici un mémoire inédit que Marguerite Périer a laissé sur les divers membres de cette îHustre famille. Nous nous servirons de trois manuscrits : le premier^ de la Bibliothèque royale, Svpplément français, 1485; le second, de la même Bibliothèque^ même fonds^ no 397; le troisième, qni est une copie du second. Bibliothèque Mazarine, n» 2199'.
COPtB d'un HÉNOmE ÉCIOT »B Lk HAIIf BB M^^ MARGDEIHTB PÉRIER SUR SA FAMILLE.
« M. Pascal, mon grand-père, s'appeloit Etienne Pascal. 11 étoit fils de Martin Pascal, trésorier de France, et de Marguerite Pascal de Mons qui étoit fille de M. Pascal à%
1. Toutes les pièces qui sniveot étaient ea effet inédites avant dos trayaux sur Pascal.
a. Noos avertissons qne nous ne donnerons pas les variantes innombrables et insignifiantes de nos trois raaooscrits^ car nous n entendons pas traiter le style de Ma;i^exite Périer comme celui de son oncle.
MonsS sénéchal de aermont^ dont la famille avoit été annoblie par le Roi Louis XI^ en considération des services rendus par Etienne Pascal^ maître des requêtes^.
«Etienne Pascal fut envoyé à Paris faire ses études de droit et fut recommandé par Martin Pascal, son père, à M. Arnauld, avocat^ père de M. d'Andilly et de M. Arnauld. Lorsqu'il eut achevé ses études, il revint à Glermont et acheta une charge d'Élu, et ensuite il fut président de la cour des aides.
« n épousa^ en 1618, Antoinette Bégon.
a n en eut, en 1619, un fils qui mourut aussitôt après son baptême. En 1620, il eut une fille nommée Gilberte Pascal, qui fut mariée, en 1641, avec Florin Perier, conseiller à la cour royale des aides, qui étoit son cousin issu de germain, sa mère étant cousine -germaine d'Etienne Pascal, mon grand-père.
«En 1623, Etienne Pascal eut un fils nommé Biaise Pascal, mon oncle.
«En 1625, il eut une fille nommée Jacqueline Pascal, qui est morte religieuse de Port-Royal.
«En 1628, Antoinette Bégon, femme d'Etienne Pascal, mourut âgée de vingt-huit ans.
« En 1630, Etienne Pascal vendit sa chaîne de secondprésident à la cour des aides à son frère Biaise Pascal', et
i. Voilà pourquoi Pascal se faisoit appeler quelquefois M. de Mous; par exemple^ quand il se retira dans une auberge de la rue des Poiriers, à renseigne du Roi David, pour écrire^ sans être distrait, les Provinciales, Voyez le Recueil d'Utrecht, p. Î78, et Jacqueuios Pascal, lettre du 26 octobre 1655.
2. Le ms. de la Bibl. R.^ n« 897, et celui de la Mazar., n» 2199^ ont cette note : « J'ai vu les lettres de noblesse qui fuient accordées à Etienne Pascal, père du maître des requêtes. C'est le cbef de la famille. Il étoit d'Ambert en Auvergne. »
8. Il est question de cet oncle de Pascal, Mémoires de Fléchier, p. 42»
la plus grande partie de ses biens qu^il imt en renies sur THôtel-de-Ville de Paris^ où il se retira pour vaquer à Téducation de ses enfants et surtout à celle de Biaise Pascal*
c Au mois de mars 1638 % il y eut beaucoup de bruit à Paris à Foccasion des retranchements que Ton faisoit des •rentes sur l'Hôtel-de-Ville. Les rentiers alloient souvent chez M. le chanceher Seguier pour lui faire leurs remontrances; il arriva un jour qu'il y eut beaucoup de bruit et de clameurs là-dessus; en sorte que le soir il y eut deux de ces messieurs qui furent conduits à la Bastille. Mon grand-père^ qui s'y étoit trouvé ce jour-là^ eut peur qu'il ne lui arrivât de même ; cela fut cause qu'il vint en Auvergne en attendant que ces troubles fussent passés. Il y demeura quelque temps^ durant lequel, par une occaaon extraordinaire^ il fut rappelé par M. le cardinal de Richelieu et par M. le ehancelier, qui reconnurent en lui du mérite et de la capacité. Sur la fin de 1639^, il fut envoyé intendant en Normandie^ où il y avoit des troubles trèsgrands. Les bureaux de recelte avoient été pillés et des receveurs tués. Le Parlement^ qui n'avoit pas fait son devoir^ fut interdit et on envoya des officiers du parlement de Paris^ pour exercer la justice. On y envoya aussi des troupes sous le commandement de M. le maréchal de Gassion^ qui partit avec mon grand-père. Le Roi mit alors deux intendants en Normandie : l'un pour les gens de guerre^ qui étoit M. de
1. Le ms. de la Bibl. R.^ n» 397 et celui de la Mazarme: « en 4636 cm 1687^ 9 avec cette note: a Le manuscrit de madame Périer la mère parte : au mois de mars 1638. » Voyez dans Jacquelimb Pascal^ ch. i«% p. 30^ etc., la vie de Jacqueline par M^^* Périer.
2. Les deux mss. : « en 1638 , » avec cette note : <c U manuscrit de madame Périer la mère parte: sur la fin de 1639.
Paris, muttee des oequôtes^ et f autre pwr les UMes^ qui fut moii grand *père. il trouva les <^08es dans an si grand dâordre^ qa^U fut «obligé de refonner ies rôles de toutes les paroisses de la généralité. H demeura en Normaiidis fieuf ou dix ans, il n'en sortit qu'em 1648^ lorsque te parlement de Paris, durant la ^^uerre des Princes, demanda la révocation de tous les intendants.
c M. Pascal faisoit son devoir avec toute la droiture et toute l'équité possible; il ne vouloit pas souffrir que ses domestiques reçussent des présents, jusque4à que le secrétaire qu'il avoit pris d'abord et qu'il avoit fait venir de Clermont, parce qu'il étoit son parent, ayant reçu une fois un louis d'or de quelqu'un, il le renvoya et ne voulut plus en ent^dre parier.
« 11 avoit de la piété ; mais elle n'étoit pas assez éclairée ; il ne connoissoit pas encore tous les devoirs de la vie cbiétienne. Semblable à ces honnêtes gens, selon le monde, il peosoit pouvoir allier des vues de fortune avec la pratique de rÉvai^gile ; mais Dieu, qui avoit sur lui et sa famille des desseins de miséricorde, permit qu'il lui arrivât un aed* dent qui fut l'occasion de sa conversion.
c Étant parti de chez lui pour une affidre de charité, il tomba et se démit une cuisse : il voulut se mettre entre ies mains de deux gentilshommes nommés MM. Des Landes et de la Bouteillerie, fort habiles pour ces choses-là, qui étoient des personnes d'une piété extraordinaire, fis se servirent de cette occasion pour appeler à Dieu, premièrement M. Pascal le fils, ensuite Mademoiseile Pascal la fille, qui étoit alors recherchée en mariage par un conseiller du Parlement de Rouen. Tous deux ensuite, quand mon grgndpère fut guéri, le portèrent aussi à se donner pleinemeni à Dieu, ce qu'il fit «vec joie «usai bien que ses deux enfants.
(Tétoit en 1646; et à la fin de cette même année, M. et M"^ Périer étant allés à Rouen poar le voir, et les trouvant tous à Dieu, s^y damnèrent aussi pleinement, et se mirent tous sous la conduite d'un prêtre nommé M. Guitlebert.
« Dès ce temps*là^ M. Pascal résolut d'idiandonaer le monde pour ne songer plus qu'à Dieu, et Jdademoiselle Pascal voulut se faire religieuse; mais elle ne put exécuter cette résolution que six ans après, aussitôt que son père fut mort^ parce qu'il ne vouioit point qu'elle le quittât.
< M. Pascal le père ayant quitté la Normandie en 1646, le Roi, pour récompense de ses services^ lui donna des lettves de conseiller d'État; elles sont datées du 27 décembre 1645. Il se relira à Paris, où il mena une vie si exemplaire, que M. Loisel, curé de Saint-Jean -en-Grève^ dans la paroisse duquel il étoit, fit son éloge esï chaire après sa mort^ ce qu'il n'avoit jamus fait d^aucun de ses paroissiens. Il mourut le 27 septembre 1651 ,. trois ans après qu'il eut quitté la Normandie.
« M. et M*"* Périer ne songèrent plus qu'à élever leur famille dans la piété. La première chose que Jt^ Périer fit^ fut d*ôter à ses filles les petites parures qu'on leur avoit données durant son absence, et les habiUa très modestement; et pour éviter de leur en conserver le goût, elle défendit à leur gouvernante de les laisser firéquenter des enfants de leur âge et de leur condition; ensuite^ M. et M*^ Pét\fiTf après la mort de mon grand-père qui avoit gardé avec lui Etienne Périer, mon frère alné^ le mirent à Port-Royal des -Champs pour y être élevé.
« Ils eurent cinq enfants r Etienne Périer, né en 1642; le ^deuxième, Jacqueline Périer, née en 1644 ; le troisième^ Marguerite Périer, née en 1648; le quatrième, Louis Périer, né en 1651 ; et Biaise Périer^ né en 1653. M. et M-* Pé-
lier s*attachant donc à Téducation de lears enfants^ et ayant mis Etienne Périer^ leur alné^ environ en 1653^ à Portr- Royal-des-Ghamps, ils mirent en janvier 4653 les deux filles à Port-Royal de Paris; ils attendoient que les deux cadets fussent en âge de pouvoir aussi aller à Port-Royal des Champs. Mais Dieu permit qu'avant ce temps-là^ il y eût défense par le Roi d'y en recevoir davantage^ et ordre de faire sortir ceux qui y étoient en i66i. Cela obligea M. et M"* Périer de garder chez eux leurs deux cadets qu'ils avoient déjà menés à Paris avant cet ordre; ils y demeurèrent jusqu'en 1664^ avec un ecclésiastique de Port- Royal* qui étoit un de ceux qui y élevoient les enfants. Il ne voulut pas venir en province où M. et M"* Périer vouloient s'en retourner; mais il leur procura un excellent précepteur' à qui ils donnèrent 400 fr. de gages. Il y demeura sept ans, et enseigna à ces deux enfants les humanités et la philosophie. Après qu'il les eut quittés, ils ne pensèrent plus qu'à continuer leurs études. L'année d'après, mon père mourut; ma mère les garda ensuite deux ou trois ans, après quoi elle les mena à Paris pour prendre quelque résolution sur les études qu'ils dévoient entreprendre, ou de droit ou de théologie. Pour cela, ma mère leur loua un appartement au faubourg Saint- Jacques, et elle obtint une permission du R. P. de Sainte-Marthe, gé- .néral de TOratoire, qu'ils pussent aller aux leçons de théologie qui se fûsoient à Sainte-Magloire. Le P. Morel enseignoit le matin la scolastique, et le P. Duguet, qu'on appelle aujourd'hui M. l'abbé Duguet, enseignoit Taprès-dlnée la positive. Ils y alloient toujours exactement, et durant trois ans ils ne perdoient pas une leçon, et comme c'étoit alors
1. M. Vallon de Beaupois, Recueil iTUtrecht, p. d4i* t. M. de Râ)ergae, ihid.
le temps de la paix de l'Église (de Clément IX )^ H. Àrnauld et M. Nicole étoient vus de tout le monde et demeuroient vis-à-vis Sainte-Magioire. Mes deux frères alloient tous les jours après souper passer la soirée avec eux, et leur rendoient compte de ce qui leur avoit été enseigné ce jourlà. Sur quoi ces deux messieurs leur donnoient de grands éclaircissements; en sorte que ces jeunes gens profitèrent beaucoup, rien n'étant plus capable de les avancer. Cela fut fort heureux pour eux, car ils commencèrent à étudier en octobre 1675, et achevèrent leurs trois ans en octobre 1678, et MM. Arnauld et Nicole furent obligés de quitter Paris en 1679, aussitôt après la mort de madame de Longueville, qui fut le temps où la persécution de Port* Royal recommença.
« Pour venir maintenant au détail des personnes dont j'ai parlé, il est inutile de rien dire de M. Pascal, mon oncle, puisque sa vie a été écrite par madame Périer, sa sœur et ma mère.
a Mademoiselle Pascal, nommée Jacqueline *, donna des marques d'un esprit extraordinaire dès son enfance, faisant des vers dès Tftge de huit ans, qui étoient admirés de tout le monde et même à la cour; car elle en faisoit pour la Reine qui prenoît plaisir à la voir et à lui parler. Étant à Rouen, on lui proposa un prix pour des pièces de poésies, elle le remporta à l'âge de treize ans. A Tâge de vingt ans, elle fut touchée de Dieu, et prit résolution de se faire reU-< gieuse à PorU-Royal; mais mon grand -père n'ayant pas voulu qu'elle le quittât, elle demeura chez lui vivant en religieuse, se conduisant par les avis de la mère Angélique et de la mèro Agnès, avec qui elle entretenoit un commerce