VIE DE PASCAL
lui demanda co qui l'avoit guéri ; il lui dît que c'étoit la roulette, qu'il avoit cherchée et trouvée. M. de Roannez, surpris de cet effet et de la chose même, car il en savpit la difficulté, lui demanda ce qu'il avoit dessein de faire de cela. Mon oncle lui dit que la solution de ce problème lui avoit servi de remède, et qu'il n'en attendoit pas autre chose. M. de Roannez lui dit qu'il y avoit bien un meineur usage & en faire; que dans le dessein où il étoit de combattre les athées, il falloit leur montrer qu'il en savoit plus qu'eux tous, en ce qui regarde la géométrie et ce qui est sujet à démonstration, et qu'ainsi s'il se soumettoit à ce qui regarde la foi, c'est qu'il savoit jusques où devoit porter les démonstrations; et sur cela il lui conseilla de consigner 60 pistoles, et de faire une espèce de défi à tous les mathématiciens habiles qu'il connoissoit et de proposer le prix pour celui qui trouveroit la solution du problème. M. Pascal le crut et consigna les 60 pistoles entre les mains de M..., nomma des examuiateurs pour juger des ouvrages qui viendroient de toute l'Europe, et fixa le terme à 18 mois, au bout desquels personne n'ayant trouvé la solution suivant le jugement des examinateurs, M. Pascal retira ses 60 pistoles et les employa à faire imprimer son ouvrage, dont il ne fit tirer que lîO exemplaires.
a M. Pascal parloit peu de science; cependant, quand l'occasion s'en présentoit, il disoit son sentiment sur lès choses dont on lui parloit; par exemple sur la philosophie de M. Descartes, il disoit assez ce qu'il pensoit. 11 étoit de son sentiment sur lautomate, et n'en étoit point sur la matière subtile dont il se moquoit fort, mais il ne pouvoit soufl*rir la manière d'expliquer la formation de toutes choses, et il disoit très souvent : a Je ne puis pardonner à a ûescartes; il voudroit bien dans toute la philosophie se
« pouvoir passer de Dieu^ mais il n'a pu s'empêcher de « lui accorder * une chiquenaude^ pour mettre le monde a en mouvement : après cela il n'a plus que faire de a Dieu. »
Voici maintenant le seul témoignage authentique et contemporain qui nous soit connu sur Taventure du pont de Neuilly; il n'y en a pas d'autre trace dans tous les papiers de ce temps qui ont passé sous nos yeux.
a Page 6 : Monsieur Ârnoul, chanoine de Saint-Victor^ curé de Chamboursy^ dit qu'il a appris de M. le prieur de Barillon, ami de M. Périer^ que M. Pascal^ quelques années avant sa mort, étant allé^ selon sa coutume^ un jour de fête à la promenade au pont de Neuilly^ avec quelques-uns de ses amis dans un carrosse à quatre ou six chevaux^ les deux chevaux de volée prirent le mors aux dents à l'endroit du pont où il n'y avoit point de garde-fou^ et s'étant précipités dans l'eau^ les lesses qui les attachoient au train de derrière se rompii^nt; en sorte que le carrosse demeura sur le bord du précipice^ ce qui fit prendre à M. Pascal la résolution de rompre ses promenades et de vivre dans une entière solitude. »
Il est vraiment bien singulier que Jacqueline Pascal, dans la lettre où elle raconte à sa sœur les motifs et les détails de la conversion de leur frère ^, ne dise pas un seul mot d'un accident aussi terrible^ où^ si elle l'eût connu^ et comment aurait-elle pu l'ignorer, elle n'aurait pas manqué de voir et de faire paraître le doigt de Dieu.
Donnons encore quelques anecdotes sur Pascal, rappoiv
1. D'abord: faire donner; an-desBns aeaorder. Voyez plus haut,
«. Jacqdelire Pascal, chap. iv, p. 235, etc., lettre du 25 jauvier