‹ Études sur PascalChapitre 73 sur 155 · Sar ces rebufades, voyez Jacqubukb Pascal, ch. i. p · texte numérisé non relu

Sar ces rebufades, voyez Jacqubukb Pascal, ch. i. p

Nous te prions qu'il n'y ait point de jour où tu ne le repasses enta mémoire^ et de reconnottre souvent la conduite dont Dieu s'est servi en cette rencontre^ où il ne nous a pas seulement fait frères les uns des autres, mais encore enfants d'un même père, car tu sais que mon père nous a tous prévenus et comme conçus dans le dessein*. C'est en quoi nous devons admirer que Dieu nous ait donné et la figure et la réalité de cette alliance. Car, comme. nous avons souvent dit entre nous^ les choses corporelles ne sont qu'une image des spirituelles, et Dieu a représenté les choses invisibles dans les visibles. Cette pensée est si générale et si utile^ qu'on ne doit point laisser passer un espace notable de temps sans y songer avec attention. Nous avons discouru assez particulièrement du rapport de ces deux sortes de choses; c'est pourquoi nous n'en parlerons pas ici. Car cela est trop long pour l'écrire, et trop beau pour ne t'étre pas resté dans la mémoire, et, qui plus est, nécessaire absolument, suivant mon avis; car comme nos péchés nous tiennent enveloppés parmi les choses corporelles et terrestres, et qu'elles ne sont pas seulement la peine de nos péchés, mais encore Toecasion d'en faire de nouveaux et la cause des premiers, il faut que nous nous servions du lieu même où nous sommes tombés pour nous relever de notre chute. C'est pourquoi nous devons bien ménager l'avantage que la bonté de Dieu nous donne de nous laisser toujours devant les yeux une image des biens que nous avons perdus, et de nous environner dans la captivité même, où sa justice nous a réduits, de tant d'objets qui nous servent d'une leçon continuellement présente; de sorte que nous devons nous considérer comme des criminels dans une pri-

!• Cette phrase est maobevôe ou U &at lire ce desseiik

son toute remplie d'images de leur libérateur et des instructions nécessaires pour sortir de la servitude; mais il faut avouer qu'on ne peut appercevoir ces saints caractères sans une lumière surnaturelle. Car comme toutes choses parlent de Dieu à ceux qui le connoissent, et qu'elles le découvrent à ceux qui Taiment, ces mêmes choses le cachent à tous ceux qui ne le connoissent pas. Aussi Ton voit que dans les ténèbres du monde, on les suit par un aveuglement brutal^ que l'on s'y attache^ et qu'on en fait la dernière fin de ses désirs; ce qu'on ne peut faire sans sacrilège; car il n'y a que Dieu qui doive être la dernière fin comme lui seul est le principe. Quelque ressemblance que la nature créée ait avec son créateur^ et encore que les moindres choses et les plus petites et les plus viles parties du monde représentent au moins par leur unité la parfaite unité qui ne se trouve qu'en Dieu, on ne peut pas légitimement leur porter le souverain respect, parce qu'il n'y a rien de si abominable aux yeux de Dieu et des hommes que l'idolâtrie, à cause qu'on y rend à la créature l'honneur qui n'est dû qu'au créateur. L'Écriture est pleine des vengeances que Dieu a exercées sur ceux qui en ont été coupables, et le premier commandement du Décalogue, qui enferme tous les autres, défend sur toutes choses d'adorer les images; car comme il est beaucoup plus jaloux de nos affections que de nos respects, il est visible qu'il n'y a point de crime qui lui soit plus injurieux ni plus détestable que d'aimer souverainement les créatures, quoiqu'elles le repré* sentent.

C'est pourquoi ceux à qui Dieu fait connoltre ces grandes vérités, doivent user de ces images pour jouir de celui qu'elles représentent, et ne demeurer pas éternellement dans cet aveuglement charnel et judaïque qui fait prendre

la figure pour la réalité; et ceux que Dieu par la régénération a relevés gratuitement du péché, qui est le véritable néant parce qu'il est contraire à Dieu qui est le véritable étre^ pour leur donner une place dans son Église qui est son véritable temple, après les avoir retirés gratuitement du néant au jour de leur création pour leur donner une place dans Tunivers, ont une double obligation de le servir et de rhonorer, puisqu'en tant que créatures ils doivent se tenir dans Tordre des créatures et ne pas profaner le lieu qu'ils remplissent^ et qu'en tant que chrétiens ils doivent sans cesse aspirer à se rendre dignes de faire partie du corps de Jésus-Christ^ mais qu'au lieu que les créatures qui composent le monde s'acquittent de leurs obligations en se tenant dans une perfection bornée^ parce que la perfection du monde est aussi bornée^ les enfants de Dieu ne doivent point metti*e de limites à leur pureté et à leur perfection, parce qu'ils font partie d'un corps tout divin et infiniment parfait, comme on voit que Jésus-Christ ne limite point les commandements de la perfection, et qu'il nous en propose un modèle où elle se trouve infinie^ quand il dit : « Soyez donc parfaits comme votre père céleste est parfait. » Aussi c'est une erreur bien préjudiciable parmi les chrétiens, et parmi ceux-là mêmq qui font profession de piété, de se persuader qu'il y ait un certain degré de perfection dans lequel on soit en assurance^ et qu'il ne soit pas nécessaire de passer, puisqu'il n'y en a point qui ne soit mauvais si on s'y arrête, et dont on puisse éviter de tomber qu'en montant plus haut.

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