‹ Études sur PascalChapitre 75 sur 155 · Jacquelike Pascal, ch. ui, p · texte numérisé non relu

Jacquelike Pascal, ch. ui, p

40S ETTRES DE PASCAL.

Teusses Tetenu humainement si tu n'avois oublié la person n' dont tu l'avois appris, pour ne te ressouvenir que de Dieu^ qui peut seul te l'avoir véritablement enseigné. Si tu t'en souviens comme d'une bonne chose^ tu ne sçaurois penser lé tenir d*aucun autre, puisque ni toi ni les autres ne le peuvent apprendre que de Dieu seul. Gar^ encore que dans cette sorte de reconnoissance, on ne s'arrête pas aux hommes à qui on s'adresse, comme s'ils étoient auteurs du bien qu'on a reçu par leur entremise; néanmoins cela ne laisse point de former une petite opposition à la vue de Dieu, et principalement dans les personnes qui ne sont pas entièrement épurées des impressions charnelles qui font considérer comme sources de bien les objets qui le communiquent. Ce n'est pas que nous ne devions reconnottreet nous ressouvenir des personnes dont nous tenons quelques instructions, quand ces personnes ont droit de les faire, comme les Pères, les évêques et les directeurs, parce qu'ils sont les maîtres dont les autres sont les disciples. Mais quant à nous, il n'en est pas de même; car comme l'ange refusa les adorations d'un saint, serviteur comme lui, nous te dirons, en te priant de n'user plus de ces termes d'une reconnoissance humaine, que tu te gardes de nous faire de pareils compliments, parce que nous sommes disciples comme toi.

Le second est sur ce que tu dis qu'il n'est pas nécessaire de nous répéter ces choses, parce que nous les savons déjà bien; ce qui nous fait craindre que tu ne mettes pas ici assez de différence entre les choses dont tu parles et celles dont le siècle parle, parce qu'il est sans doute qu'il suffit d'avoir appris une fois celles-ci, et de les avoir bien retenues, pour n'avoir plus besoin d'en être instruit^ au lieu qu'il ne suffit pas d*avoir une fois compris celles de l'auti-e

sorte^ et de les avoir connues de la bonne manière^ c'es^ à-dire par le mouvement intérieur de Dieu, pour en conserver la connoissance de la même sorte, quoiqu'on en conserve bien le souvenir. Ce n'est pas qu'on ne s'en puisse bien souvenir^ et qu'on ne retienne aussi facilement une épitre de saint Paul qu'un livre de Virgile ; mais les connoissances que nous acquérons de cette façon^ aussi bien que leur continuation, ne sont qu'un effet de cette mémoire; au lieu que pour y entendre le langage secret et étranger à ceux qui le sont du ciel S il faut que la même grâce qui peut seule en donner la première intelligence^ la continue et la rende toujours présente en la retraçant sans cesse dans le cœur des fidèles^ pour les faire toujours vivre. Ck)mme dans les bienheureux, Dieu renouvelle continuellement leur béatitude, qui est un effet et une suite de sa grâce; et comme aussi l'Église tient que le père produit continuellement le fils, et maintient Téternité de son essence par une effusion de sa substance^ qui est sans interruption aussi bien que sans fin; ainsi, la continuation de la justice des fidèles n'est autre chose que la continuation de l'infusion de la grâce^ et non pas une seule grâce qui subsiste toujours; et c'est ce qui nous apprend parfaitement la dépendance perpétuelle où nous sommes de la miséricorde de Dieu^ puisque, s'il en interrompt tant soit peu le cours^ la sécheresse survient nécessairement. Dans cette nécessité^ il est aisé de voir qu'il faut continuellement faire de nouveaux efforts pour acquérir cette nouveauté continuelle d'esprit, puisque on ne peut conserver la grâce ancienne que par l'acquisition d'une nouvelle grâce, et qu'autrement on perdra celle qu'on prétend retenu*^ comme ceux qui^

lé Sic. poui- : qui sont étrangers au cieL

voulant renfermer la lumière, n'enferment que des ténèbres. Ainsi nous cievons veiller à purifier sans cesse l'intérieur qui se salit toujours de nouvelles taches en retenant aussi les anciennes, puisque sans le renouvellement assidu on n'est pas capable de recevoir ce vin nouveau qui ne sera I point mis en vieux vaisseaux.

I C'est pourquoi tu ne dois pas craindre de nous remettre

I devant les yeux des choses, que nous avons dans la mé*

moire et qu'il faut foire rentrer dans le cœur, puisqu'il est sans doute que ton discours en peut mieux servir d'instrument à la grAce que non pas l'idée qui nous en reste en la mémoire, puisque la grAce est particulièrement accordée par la prière, et que cette charité que tu as eue pour nous est une prière du nombre de celles qu'on ne doit jamais interrompre. C'est ainsi qu'on ne doit jamais refuser de lire ni d'ouIr les choses saintes , si communes et si connues qu'elles soient; car notre mémoire, aussi bien que les instructions qu'elle retient, n'est qu'un corps inanimé et judafque sans l'esprit qui doit les vivifier ; et il arrive trèssouvent que Dieu se sert de ces moyens extérieurs plutôt que des intérieurs pour les faire comprendre, et pour laisser d'autant moins de matière à la vanité des hommes lorsqu'ils reçoivent ainsi la grâce en eux-mêmes. C'est ainsi qu'un livre et qu'un sermon, si conununs qu'ils soient, apportent bien plus de fruit à celui qui s'y applique avec plus de dispositions que non pas Texcellence des discours plus élevés qui apportent d'ordinaire plus de plaisir que d'instruction; et l'on voit quelquefois que ceux qui les écoutent comme il faut, quoique ignorants et presque stupides, sont touchés au seul nom de Dieu et par les seules paroles qui les menacent de Tenfer, quoique ce soit tout ce qu'ils y comprennent et qu'ils les scussent aus&i bien auparavant.

Le troisième est sur ce que tu dis que ta n'écris ces choses que pour nous faire entendre que tu es dans ce sentiment; nous ayons à te louer et à te remercier également sur ce sujet; nous te louons de ta persévérance et te re« mercions du témoignage que tu nous en donnes. Nous avions déjà tiré cet aveu de M. Périer^ et les choses que nous lui en avions fait dire nous en avoieht assurées. Nous ne pouvons te dire combien elles nous ont satisfaits qu'en te représentant la joye que tu recevrois si tu entendois dire de nous la même chose.

Nous n'avons rien de particulier à te dire sinon touchant le dessein de votre maison. Nous savons que M. Périer prend trop à cœur ce qu*il entreprend pour songer pleinement à deux choses à la fois^ et que ce dessein entier est si long que pour l'achever il faudroit qu'il fût longtemps sans penser à autre chose. Nous savons bien aussi que son projet n'est que pour une partie du bâtiment : mais outre qu'elle n'est que trop longue elle seule, elle l'engage à l'achèvement du reste, aussitôt qu'il n'y aura plus d'obstacle, de quelque résolution qu'on se fortifie pour s'en empêcher, principalement s'il emploie à bâtir le temps qu'il faudroit pour se détromper des charmes secrets qui s'y trouvent. Ainsi , nous l'avons conseillé de bâtir bien moins qu'il ne prétendoit, et rien que le simple nécessaire, quoique sur le même dessein, afin qu'il n'ait pas de quoi ;s'y engager, et qu'il ne s'ôte pas aussi le moyen de le faire. Nous te prions d'y penser sérieusement, de l'en résoudre et de l'en conseiller, de peur qu'il n'arrive quil ait bien plus de prudence et qu'il donne bien plus de soin et de peine au bâtiment d'une maison qu'il n'est pas obligé de faire, qu'à celui de cette tour mystique dont tu sais que saint Augustin parle dans une de ses lettres^ qu'il s'est engagé d'achever dans

ses entretiens. Adieu, fi. P. J. P. (Blaisb P. Jaoqdiuiib P.)

De la main de M. Pascal :

« Si tu sais quelque bonne ime, fais-la prier Dieu pcNir moi aussi. 2>

LBTTRB DB PASCAL

su SON NOM ET AU NOM DS SA SQBUl JAGQUKLINB

A IL ET Mme PÉIUISR, A GLERlCOirr, SUR LA MORT DE LEUR FÀBB ÉTiENIŒfASCIALi.

(Blanuscrit de l'Oratoire ayec cette remarque : v Copié sur roriginai, daté du 17 octobre 1651^ de la main de M. Pascal. » Recoeil de Ifargaerite Pérîer, p . 308, même date, et aussi arec cette lemarqpie : irofiscrit sur t original, )

Puisque vous êtes maintenant informés l'un et Tautre de notre malheur commun^ et que la lettre que nous avons commencée vous a donné quelque consolation par le récit des circonstances heureuses qui ont accompagné le sujet de notre affliction y je ne puis vous refuser celles qui me restent dans Tesprit, et que je prie Dieu de me donner^ et de me renouveler de plusieurs que nous avons autrefois reçues de sa grâce, et qui nous ont été nouvellement données par nos amis en cette occasion.

Je ne sçais par où finissoit la dernière lettre '• Ma soeur Ta envoyée sans prendre garde qu'elle n'étoit pas finie. Il me semble cependant qu'elle contenoit en substance quelques particularités de la conduite de Dieu sur la vie et la maladie que je voudrois vous répéter ici, tant je les ai gra-

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