Cf. C, 71 ;L
posés d'après un système, ils sont empreints d'une fastidieuse uniformité. Trop rarement^ on y entrevoit sous rimitation les sentiments et les pensées intimes de la poésie. L'élégie sur la coupe d'une forêt fait exception et se ressent d'un bout à l'autre de la mélancolie vraie qui l'a inspirée. Mais le croirait-on ? Ce qui nous plaît surtout et ce qu'on s'aviserait le moins de chercher dans Vauteur, c'est c'est l'ode épicurienne, anacréontique, la chanson en un mot, telle que Marot déjà la savait faire, telle que du Bellay la faisait tout en la déprisant. Ici, point de prétention ni d'enflure, une mélodie soutenue, des idées voluptueuses et de fraîches couleurs ; la langue de Marot est retrouvée, mais avec plus d'éclat.
jonctures plus opportunes, de cette langue savante inventée par Ronsard, et si Ton n'envisage de sa réforme que la portion plus humble et plus durable, il a bien asse\ fait de ce coté pour que son nom soit entouré de quelque estime et de quelque reconnaissance.
A ne le prendre que dans des genres de moyenne hauteur, dans l'élégie, dans Tode épicurienne, dans la chanson, il y excelle ; et le charme mêlé de surprise quHl nous fait éprouver, n y est presque pluSj comme ailleurs, gâté de regrets ; une mélodie soutenue, des idées voluptueuses et de fraîches couleurs. La langue de Marot est retrouvée, mais avec plus d'éclat; elle a déjà revêtu ces beautés vives qui plus tard n'appartiendront qu'à La Fontaine^
Pour le fond des choses, le jugement n'est guère changé : on voit pourtant comme Sainte-Beuve glisse sur les reproches et insiste sur les éloges. Il en est de même à la fin de ce passage.
Globe, sqq.
Que conclure de ces citations, qu'on pourrait aisément multiplier? Qu'il y eut vraiment deux poètes en Ronsard:
S, sqq.
On dirait vraiment qu'il y
eut deux poètes en Ronsard :
l'un...; l'autre encore naïf et
déjà brillant, qui continua^
perfectionna Marot, devança et surpassa de bien loin Malherbe dans Vode légère.
l'un... ; l'autre encore naïf, et déjà brillant, fidèle au génie de notre langue et à ses propres inspirations, qui perfectionna Marot et fut en quelque sorte le Malherbe de l'ode légère.
La différence est sensible. Mais les corrections n'ont pas seulement pour but de mettre Ronsard bien au-dessus de Malherbe. La petite addition continua^ qui paraît insignifiante, est en réalité de plus de portée : c'est un mot qui, pour parler comme Bélise, dit « plus de choses qu'il n'est gros ». Au passage où il Ta ainsi introduit, et pour l'expliquer, Sainte-Beuve ajoute cette note :
La Bruyère a dit : « Marot par son tour et son « style semble avoir écrit depuis Ronsard. »Oui,si l'on compare Marot avec Ronsard le pindarique^ non, si on le compare avec Ronsard Vanacréontique K
Et ceci répond à une phrase que Sainte-Beuve lui-même avait écrite dans le Globe, et que nous trouvons un peu plus loin, modifié comme suit.
Globe, 27 octobre Marot, suivant la remarque si Juste deha. Bruyère, Marot