‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 109 sur 139 · Cf. G, 148; L · texte numérisé non relu

Cf. G, 148; L

3. L'ordre du texte G est modiflé pour être mis en parallélisme avec le texte ultérieur.

b) Il comprit que Tenjambement d'un vers sur un autre était contradictoire avec la rime, et le proscrivit, bien que Ronsard l'eût toléré d'aprrs une fausse analogie tirée du grec et du latin.

se sont donc avec raison permis d'oublier quelquefois la règle trop exclusive de Malherbe.

2® Celui-ci est allé bien plus loin encore dans son aversion contre les enjambements ou < suspensions >... Pour nous, il n'y a rien là- dedans qui nous scandalise', et, bien au contraire, nous aimons mieux cette cadence souple et brisée des alexandrins que de les voir marcher au pas, alignés sur deux rangs, comme des fantassins en parade.

[Et dans une note, Sainte- Beuve allègue Tau ton té de M^^* de Goumay.]

3° Autant en dirons-nous au sujet de la césure à laquelle Malherbe donna force de loi.

Déjà Ton a vu combien sa critique était méticuleuse sur ce point... A quoi peuvent ^tre bonnes de telles formules, sinon à aider la médiocrité et à entraver le talent?

4° Malherbe a été un strict observateur de la rime,.. Nous ne saurions trop applaudir à la finesse et à la sagacité de ces remarques : elles avaient d'autant plus de mérite que Ronsard t;t son école avaient porté quelques atteintes à la rime autrefois si riche dans Villon et dans Marot. Il faut

d) Celui-ci a été mieux conseillé par son oreille, lorsqu'il a prescrit Télision de Ve muet final précédé d'une voyelle, comme dans les mots <? vie >, « joie >, qu'on faisait avant lui de deux svUabes.

reconnaître pourtant que sur cepoint, non plus que sur tant d'autres, Malherbe ne s'est pas abstenu de V ex ces... Le bon Régnier, tout négligé et incorrect qu'on a voulu le faire, demeure encore supérieur à son rival par la richesse, l'abondance, et la nouveauté de ses rimes.

5° De temps immémorial, les poètes français s'étaient arrogé quelques licences de langage, quelques privilèges d'élision que Malherbe a cru devoir abolir... Les poètes ^<?s autres nations modernes ont conservé quelques licences analogues, compensation bien légère de tant de gènes ; les nôtres en ont été dépossédés en vertu de l'arrêt porté par Malherbe et visé depuis par l'Académie. Puisque le réformateur était en si bon train, il a eu raison d'ordonner l'élision de Ve muet final précédé d'une voyelle, comme dans les mots «vie >, « joie >, qu'on pouvait faire avant lui de deux syllabes. Il a également bien été conseillé de son oreille, lorsqu'il a réduit à une syllabe les mots « voient », « croient >, « aient ».

6° Nous ne suivrons pas Malherbe dans tout ce qu'il a dit contre les inversions dures

Quant aux diverses formes de Vode, il n'en a inventé aucune, mais les a toutes empruntées à Ronsard et aux Autres poètes de la Pléiade.

et forcées, les cacophonies, les consonnances de l'hémistiche avec la fin du vers et de la fin d'un vers avec l'hémistiche du précédent ou du suivant, etc., etc.. Ces conseils fort judicieux et fort utiles n'ont dHnconvénient qu'autant qu^on les érige en règles générales et obligatoires. Mais ce qu'il écrit contre les * chevilles > ou « bourres > nous paraît tenir à nne conception du vers trop mesquine et trop fausse pour ne pas exiger réfutation,

[Suit une protestation contre ses règles mécaniques, au nom desquelles c de nos jours encore, il est loisible à un chacun de souligner des chevilles dans les « Méditations »

ou dans « Cromwell, » Et Sainte-Beuve y oppose cette théorie toute romantique que chez les vrais poètes, c le vers s'engendre au sein du génie par une création intime et obscure > : il est « inspiré > comme la pensée ou le sentiment eux-mêmes].

7° On attribue communément à Malherbe l'invention de plusieurs rythmes lyriques ; c'est une erreur : il n'a inventé aucune strophe nouvelle de Vode, et a emprunté toutes les siennes à Ronsard et aux autres poètes delà Pléiade...

On voit sans peine quelle différence il y a entre le premier et le second texte ; quelle ampleur nouvelle Sainte-Beuve a donnée à cette étude du chef des classiques ; comme il discute maintenant ses préceptes sur la forme poétique ; et comme ses éloges, aussi bien que ses critiques et ses réserves, s'expliquent uniquement par ses nouvelles idées romantiques.

Ces idées triomphent, on le sait, dans tout le reste du livre. La conclusion, les espérances que Sainte Beuve y exprime, le grand, le glorieux siècle qu'il croit entrevoir, tout y rappelle la Défense et illiistration et tout y trahit le romantique*. Mais tout ce qui suit les pages consacrées à Malherbe a paru pour la première fois dans le livre. Désormais il ne nous est plus possible de comparer le texte de la première édition à un texte qui lui soit antérieur. Il ne nous reste plus qu'à le comparer aux textes qui l'ont suivi.

1. Cf. la note insérée dès 1843 : « Dans notre première édition, nous avions pris soin de reproduire en entier, à la fin du volume, ce pamphlet spirituel et peu connu [Le jugement sur le Cid, par un bourgeois de Paris), auquel les questions débattues en 1838 rendaient une sorte d'à-pi^opos. » (Cf. L, l, 432, n. 1.)

Le romantisme de Sainte-Beuve n'était pas destiné à durer très longtemps ^ Cette doctrine littéraire (bien qu'il s'y soit pendant plusieurs années mépris) n'était pas en réalité faite pour lui. Homme de goût, il devait aisément être choqué des témérités qu'elle inspirait ou qu'elle excusait; esprit délicat et modéré, il devait bien vite reculer devant les violences, les exagérations, que son principe tout individualiste ne pouvait faire autrement que provoquer. Dès avant la Révolution de 1830, et bien qu'il fût l'auteur du Joseph Delorme romantique et des romantiques Consolations^ on le voit déjà qui s'affranchit peu à peu de l'École'-. Cette rup-

1. On se rappelle la page expressive des Cahiers. « En général, dans cette Ecole dont j'ai été, depuis la fin de 1827 jusqu'à juillet 1830, ils n'avaient de yM</e?/ien<, personne...; je fis un peu comme eux durant ce temps; je mis mon jugement dans ma

poche et me livrai à la fantaisie je sentais bien par moments

le faux (V alentour; aucun ridicule^ aucune exagération ne nCéchapvait^ etc. (p. 41).

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