‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 111 sur 139 · Premiers Lundis^ II · texte numérisé non relu

Premiers Lundis^ II

3. Critiques et Portraits littéraireSyi. 1 (1832), préface. Cette préface n'a pas été recueillie dans les œuvres complètes de Sainte- Beuve. Elle est pourtant significative.

« Les divers morceaux dont se compose ce volume ont déjà été publiés séparément dans plusieurs revues ou recueils littéraires ; mais on a pensé qu'en les réunissant ici on pourrait offrir aux personnes curieuses de ces sortes d'essais une lecture commode et qui ne serait pas trop décousue. Les quinze écrivains, tant philosophes que poètes, dont on a cherché successivement à interpréter l'œuvre et à faire ressortir le caractère, se trouvent, il est vrai, rassemblés un peu au hasard et ne se suivent pas selon un ordre historique ou rationnel ; c'est la fantaisie et l'occasion surtout, qui, au fur et à mesure, dans l'existence involontairement dispersée de l'auteur, ont déterminé tel ou tel choix. Pourtant on n'aura pas de peine à saisir, dans les huit premiers articles, qui ont tous été écrits avant 1830 et qui forment comme une première série, une intention littéraire plus systématique, une investigation théorique sur divers points de l'art, beaucoup plus marquée que dans les suivants. Ceux-ci, à partir de George Farcy^ ont avant tout une signification morale et se rapportent à une littérature plus indifférente ou même légèrement désabusée. Malgré cette diversité assez sensible de nuance, qu'on croit pouvoir signaler entre les deux séries, il semble qu'il reste encore une espèce d'unité suffisante dans le procédé de peinture et d'analyse familière qui est appliqué à tous les personnages, aussi bien que dans le fonds de principes moraux et de sentiments auquel on s'est constamment appuyé. C'en est peut-être assez pour que le lecteur arrive sans trop de secousses et par une suite de transitions naturelles, de l'article Boileau, où l'art et la facture poétique sont principalement en jeu, à l'article sur VAbbé de Lamennais^ où la question humaine et religieuse se pose, s'entr'ouvre aux regards, autant que l'auteur l'a pu et osé faire, »

nouvelle. La Mennais, presque à la môme époque, l'entraîna à sa suite jusqu'au seuil du catholicisme ; et quand la défection de ce guide Teut laissé désemparé au milieu des ruines de ses espérances religieuses, longtemps encore il en resta préoccupé. Au milieu de tout cela, la littérature proprement dite et les théories des poètes furent singulièrement négligées ; il ne s'y intéressait plus qu'assez vaguement ; il n'en parlait plus qu'en termes peu précis, comme un homme qui a bien d'autres soucis et de plus graves.

C'est seulement après son retour de Lausanne, que, délivré désormais de toute inquiétude philosophique et religieuse, satisfait du scepticisme tranquille, il eut le loisir de revenir à ses anciennes recherches littéraires. Mais alors il était libéré de sa foi passée dans les théories. « Les principes écrivait-il en 1838, ne valent que pour ce qu'on y met de particulier et de correctif perpétuel dans Tapplication. Ce sont là des formes de passions et presque de maladies que les jeunes talents doivent presque nécessairement traverser ; ils deviennent d'autant plus mûrs qu'ils s'en dégagent plus complètement. On ne passe point indifféremment sans doute par ces divers systèmes ; on en garde des impressions, des teintes, un pli; mais enfin l'on en sort quand on a un talent capable de maturité K »

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