Histoire des Idées littéraires
« dort au sein du chaos. Après quelques tentatives « sérieuses qui annonçaient le désir de comprendre « les arts, la France, bientôt lasse de chercher le (( vrai, s'est empressée de bannir tous les soucis. « Elle se livre une seconde fois à sa joyeuse nonce chalance : les idées la remplissent de terreur. Une « incroyable frivolité prononce tous les jours ses « sentences du haut des tribunes littéraires... » Et plus loin, après avoir démontré aux critiques leur nullité, il ajoutait impérieusement : c Si les critiques ne veulent pas aider le lecteur à comprendre les arts, s'ils ne regardent point comme une obligation pour eux de lui dévoiler les lois secrètes de la poésie, qu'ils se taisent ; mieux vaut rien dire que de parler inutilement. »
Les Études sur r Allemagne, renfermant une histoire de la peinture allemande (2 vol. in 8°), parurent chez l'éditeur Coquebert, en décembre 1839, avec celte dédicace : A M. Alfred de Vigny, son admirateur et son ami, Alfred Michiels. Vers le 20, Michiels en fit remettre à Saint-Beuve des exemplaires pour la Revue des Deux Mondes et pour la Revue de Paris, alors placées toutes deux, comme on sait, sous la direction de Buloz. En même temps il rendait compte à son ami de démarches qu'il avait faites en sa faveur auprès de Coquebert pour je ne sais quelle publication. Sainte-Beuve répondit sur-le-champ et de confiance :
Cher Monsieur Mïchiels,
Mille remerciements pour votre parole à M. Coquebert; mais je ne recourrai pas à lui : l'affaire tardera. Soyez sans inquiétude pour X excellent livre à la Revue des Deux Mondes. Sî vous voyez Buloz, dites-lili que je l'ai en main. Nos querelles de théorie ne seront pas viVds, qiie ce soit moi ou Labitte qui fasse la note.
Amitiés ^
Et Michiels attendit avec patience, — avec autant de patience du moins que le lui permettaient et son tempérament inquiet et je ne sais quelle querelle qu'il avait alors au journal V Artiste.
Il n'eut pas longtemps à attendre. Dix jours après, le l^' janvier 1840, un long compte rendu, signé D. M., parut dans \di Revue de Pam. L'auteur commençait par relever l'outrecuidance de la préface : « L'intention est bonne; mais fallait-il proclamer en termes si dédaigneux et si peu mesurés l'impuissance de la critique actuelle, quand on offrait soimême h, l'analyse tant d'endroits vulnérables ?... » Les idées de M. Michiels sont-elles donc toujours si profondes et si nouvelles? Et trou ve-t-on « remplies dans l'ouvrage même les conditions prescrites si impérieusement par la préface » ?