‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 22 sur 139 · Inédite. — De la collection de M. de Lovenjoul · texte numérisé non relu

Inédite. — De la collection de M. de Lovenjoul

D'abord l'ouvrage manque d'unité : « Les souvenirs de voyage, les études d'art ^ les appréciations biographiques se croisent et se mêlent sans qu'on aperçoive les plus légères traces de classement » ; dans chacun dé ses portrai ts pris en lui-même comme dansl'ordre oîi ils se suivent, Michiels ne tient aucun compte de la chronologie ; ce n'est pas un livre : ce sont des « chapitres épars ».

Dans les récits de Voyage qui ouvrent les Études, on ne sait pas bien ce que Michiels a voulu faire : « Il hésite constamment entre la poésie et la prose ; il n'accepte avec franchise ni le rôle de peintre inspiré ni celui de simple observateur. Tantôt il rapporte sèchement des faits sans importance, tantôt il célèbre avec emphase les beautés pittoresques multipliées sur sa route. A l'accent ému de certaines pages, on doit croire que les splendeurs de la nature ont éveillé en lui un enthousiasme sincère; mais cet enthousiasme n'arrive à se traduire ni avec vigueur, ni avec netteté... Il fallait choisir entre l'observation et le paysage : une seule de ces tâches suffisait assurément à une ambition légitime. »

L'histoife de la peinture allemande est tirée, comme Michiels Findique « avec une franchise digne d'éloges », d'ouvrages allemands. Sans doute Michiels y a joint des observations personnelles parfois intéressantes; mais malgré tout '< ce n'est guère

qu'une nomenclature ; c'est le programme d'un livre qui reste à faire, et on a peine à s'expliquer la précipitation avec laquelle M. Michiels publie un travail qu'il déclare lui-même incomplet en le terminant. A-t-il compté su ries renseignements contenus dans cette notice pour racheter l'insuffisance des appréciations littéraires? Nous ne saurions le dire; mais au lieu de multiplier les ébauches, n'eûtil pas mieux valu n'aborder qu'une seule tâche et la finir? »

Quant aux dix portraits, ils sont très inégaux. Uhland, Heine, Chamisso n'ont obtenu que quelques pages insignifiantes; les études sur Schiller, Voss, Hœlty sont assez complètes, mais n'off'rent rien de nouveau ; « le talent rude et naïf de Hebel est le sujet de remarques pleines de justesse, complétées par des citations curieuses » ; mais « il est à regretter (et D. M. le démontre longuement) que Ruckert, Richter et Novalis n'aient pas été analysés avec le même soin, ni surtout avec la même bienveillance ))...« On ne s'explique pas bien, à vrai dire, le but qu'a voulu atteindre M. Michiels, en traçant ces dix portraits. Se proposait-il de nous faire connaître les diverses tendances de la poésie actuelle de l'Allemagne? Mais plusieurs de ces poètes ne sont que les représentants du passé, et des omissions aussi graves que celle de Gœthe et de' Louis Thieck ne permettent pas de supposer à l'auteur

cette intention. M. Michiels n'a-t-il voulu appeler notre attention que sur quelques figures isolées? Il devait alors apporter à l'exécution de chacun de ces portraits un soin particulier, et ce devoir n'a été qu'imparfaitement rempli. »

Et le rédacteur de la Revue de Paris conclut : « Le grand tort de M. Michiels a été certainement d'avoir abordé un sujet complexe, sans se préoccuper assez des difficultés de la mise en œuvre. Les récits de voyage ont nui à la critique littéraire, et celle-ci a été gênée par la critique d'art. L'auteur, partagé entre des tâches diff'érentes, n'a pu accorder à chacune l'attention qu'elle méritait. Au lieu d'un seul livre bien fait, il y a dans les Études sur r Allemagne trois livres ébauchés. Le style inégal, tantôt nuageux, tantôt négligé jusqu'à la vulgarité, reflète trop souvent l'indécision de la pensée. A côté de ces défauts, on peut signaler néanmoins des qualités remarquables, un sentiment élevé de la poésie, une faculté d'étude assez puissante et assez profonde, enfin beaucoup de germes et d'espérances. » Suivaient quelques phrases sur l'importance du sujet et l'intérêt que présentait alors la situation intellectuelle et morale de l'Allemagne.

A cette lecture, Michiels fut atterré. S'il trouvait légitimes toutes les violences qu'il se permettait contre autrui, il n'admettait pas qu'on fît sur son

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compte la moindre résenre. Il aTaît attaqué les critiqoes: les critîqnes se défendaient: il en resta abasourdi. L'article Ini parot *« effroyable ». «c On m'y déniait toote espèce de talent, de saToir, s'écrie-t-il : j'étais incapable de penser et d'écrire ; je ne derais même garder ancnne espérance!... C'était la première fois qne 1 on parlait au public de mes idées littéraires, la première fois que Ton joignait mon nom à la sentence. Et on Tairait promulguée en des termes si dnrs. on atait pris tant de soin de me peindre comme un bomtne saHa avenir, que je me crus perdu. Loin de moi toiltë idée de faire une comparaison ambitieuse; niais j'éprouvai ce que Biron ressentit, quand il lut le fameux article de la Revue d'Edimbourg^. »

11 écrivit à Sainte-Beuve une lettre désespérée 2 alors que d'autres, comme Sainte-Beuve lni~m6itiê^ avaient eu des débuts si favorables, lui, il était persécuté et écrasé: Buioz était son ennemi et exerçait contre lui une influence fatale; tout uii groupe d'écrivains hostiles, poussant contré lui des clameurs perfides, voulait lui défendre d'avoir et dé soutenir son opinion; il était perdu.

Sainte-Beuve, ému de son chagrin, tâcha de le consoler et lui envoya celte lettre paternelle :

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