‹ Études sur Sainte-BeuveChapitre 30 sur 139 · volumes, Bruxelles · texte numérisé non relu

volumes, Bruxelles

criait à la persécution. La bande, disait-il en reprenant un mot d'Alexandre Dumas, porte « comme une paire de pistolets deux revues à sa ceinture », la Revue de Paris et la Revue des Deux Mondes. « Encore si ladite confrérie n'avait eu que ces armes ! Mais elle se ménage d'ordinaire dans chaque journal un affidé qui puisse la soutenir au besoin. Elle lui demande sa collaboration et lui donne le mot d'ordre. Il a donc été facile de me poursuivre avec acharnement. Pas an de «es livres n'a été épargné : on se hâtait de prendre l'avance sur les autres publications pour influeûcer toute la presse. Une seule fois on s'éloigna de ce système : ce fut à propos de mes Souvenirs d'Angleterre (1844). Gomme on savait que j'allais, quitter momentanément la France, on attendit que je fusse depuis un mois à Bruxelles. Alors les braves déployèrent tout leur courage, firent feu de toutes leurs batteries. Et non seulement ils m'attaquèrent par les plus étranges moyens, dénaturant des passages pour les citer, mais ils se tournèrent contre les hommes de talent qui m'avaient donné des éloges : les articles du Siècle^ de la Revv£ indépendante et de la Revue britaniiique excitèrent leur fureur. Ils ne ménagèrent personne et, me saehant bien loin, se posèrent en matamores. Ce soat décidément des héros! » D'autres fois, au contraire, ils se sont tu^ ils ont affecté de passer sous silence

ses idées et ses ouvrages : c'est une autre tactique, plus hypocrite encore, mais inspirée par la même haine ^

Mais le pauvre Michiels n'avait pas de chance. Tandis qu'il était tout occupé à guetter ce qui se passait en France, un Belge l'attaquait par derrière. Il publiait son Histoire de la peinture flamande et hollandaise ; et voici que, dans un pamphlet, André Van Hasselt l'accuse de plagiat. Michiels avait la rage de reprocher ce crime à tous ses adversaires successivement, et, par un inévitable retour, ses adversaires le lui reprochaient. Furieux, il lance contre « ce drôle abject » une brochure virulente : Un châtiment 2. « Je n'ai pas voulu, ditil, laisser planer sur ma tête le moindre doute et j'ai fait boire à mes accusateurs la honte et le poison préparés pour moi. La Belgique entière s'en est émue... » Et tout le monde, à l'entendre, lui a donné raison. A la deuxième Chambre du Parle-

Page 1